La SF passe souvent pour une littérature sérieuse, ce qui n’est pas faux. Mais elle recèle néanmoins une bonne quantité d’auteurs qui se sont bien marrés et ont bien fait rire leurs lecteurs. En les passant en revue, on se rend d’ailleurs compte de l’étendue insoupçonnée des champs de l’humour en SF : burlesque, pastiche, auto-parodie, satire sociale...

On rit beaucoup finallement au rayon SF !


AU DEPART FUT... FREDRIC

Fredric BROWN est souvent considéré comme le premier humoriste de la SF. BROWN est réputé pour ses nouvelles à chute, dont certaines sont réellement hilarantes. Mais on lui doit surtout deux romans qui ont impitoyablement dynamités les clichés du genre.

Avec « Martiens, go home ! », Fredric BROWN confronte un écrivain cherchant l’inspiration dans le désert, à une invasion surprenante. On frappe en effet à sa porte, et quelle n’est pas sa surprise de voir un petit homme vert lui demander si c’est bien la Terre ! Ce n’est que le début de l’invasion, car les Martiens sont partout, et surtout ils sont insupportables. Ils adorent ridiculiser les Humains, les surprendre et les espionner, pour étaler sur la place publique nos secrets les plus intimes : tout y passe, de l’alcôve aux plans militaires ultra-secrets. C’est alors que va se poser la question cruciale : comment s’en débarrasser ? Franchement très drôle, ce roman léger est l’un des plus poilants de la SF.

Son autre grand roman, « L’univers en folie », est d’une autre trempe d’humour. Nous suivons ici les aventures du rédac’chef d’une revue de SF, qui, [on vous passe les circonstances rocambolesques], se retrouve projeté sur une Terre parallèle directement sortie du meilleur des pulps à l’ancienne. On y croise donc, sur fond de guerre intergalactique, des Sélénites de deux mètres de haut, couverts de moquette rouge aussi bien que des pin-ups dénudées à la plastique de rêve...

La force du livre, c’est de nous faire découvrir ce monde hors-norme par les yeux du pauvre rédac’-chef, un monde dans lequel on découvrira, entre autre, que le voyage dans l’espace est possible grâce aux... machines à coudre ! Un très grand roman de SF, délirant et intelligent, à ne pas louper.

A la même époque que Fredric BROWN, à remarquer un couple d’humoristes, oeuvrant seuls ou en solo : Catherine MOORE et Henry KUTTNER, qui signeront notamment ensemble, sous le nom de Lewis PADGETT, « L’échiquier fabuleux », un roman complètement loufoque et délirant, assez représentatif de leur humour . Il existe également un très bon recueils de leurs nouvelles, dans la collection Livre d’Or chez Pocket.

LA HARD-SCIENCE A LA MOULINETTE !

Les fameuses lois de la robotique seront plusieurs fois l’objet de détournement rigolard : Rudy RUCKER, dans « Software », racontent comment les robots se sont révoltés en 2001 [!], avant de partir fonder une nation libertaire sur la Lune. Ils vont revenir sur Terre pour tenter de sauver celui qui a initié la révolte, un savant qui leur a permis d’évoluer, et ainsi de pouvoir se révolter. Un vrai bon gros délire, un monde complètement fou, avec clins d’œil obligés à divers classiques. Ce roman, qui n’est que le premier [et seul volet traduit] d’une tétralogie, a reçu le premier prix Philip K. DICK.

Le très sérieux et fort austère philosophe idéaliste allemand HEGEL aura sans doute été très loin de se douter que son arrière-arrière-petit-fils deviendrait l’un des auteurs les plus délirants de la sf ! Roland C. WAGNER [c’est bien de lui qu’il s’agit !]nous a, entre autres délires, donné les 3 lois... de la sexualité robotique. Il a également osé s’attaquer à ce sacré LOVECRAFT, puisque dans sa novella « Celui qui bave et qui glougloute », situé dans le Far West, les Indiens et les Cow-boys s’affrontent avec les alliances respectives des Vénusiens et des Martiens. Les combats feront rage jusqu’à l’arrivée en grande pompe de... Cthulhu, et bien sûr d’un Necronomicon hors norme ! Hors norme comme l’est d’ailleurs cette nouvelle, qui porte le délire à son Himalaya.

Quant à la hard-science, genre peu enclin à la franche rigolade, il a suffi que Terry BISSON la passe à la moulinette de son humour ravageur, pour une mise en équation poilante avec « Echecs et maths ».

PARODIE ET AUTOPARODIE EN FANTASY

La fantasy n’est pas non plus en reste, avec de bonnes grosses parodies, et aussi, il faut bien le dire, d’autres beaucoup plus... indigestes.

Pionnier de la parodie, Philip José FARMER a créé avec « Comme une bête » et sa suite « Gare à la bête », un genre nouveau : le polar-horrifique-n’importe quoi, avec vampires lubriques et détective privé façon hard-boiled, qui n’en préfère pas moins les joints au traditionnel bourbon, très en phase avec la société de son temps, les sémillantes années 60.

Dans un genre plus grinçant, Norman SPINRAD a fait scandale avec « Rêve de fer ». Il s’agit tout de même du seul roman de fantasy écrit par un émigré autrichien qui a quitté l’Europe au lendemain de la Première Guerre Mondiale ! Ce roman vaut d’ailleurs à son auteur un prix Hugo posthume, en 1954 [la seule année où aucun Hugo ne fut décerné]. Ce fameux roman, « Lord of the svastikas » est le chef-d’œuvre d’un certain Adolf Hitler. On y trouve de nombreux thèmes qui ont, dans un autre univers, fait des ravages sous le nom de nazisme.

« Rêve de fer » se clôt sur une admirable postface, qui démolit soigneusement tout le roman et ses idées délirantes. Interdit en Allemagne, épuisé depuis longtemps en France, ce roman suscite un malaise dû surtout à l’énormité de la provocation, encore rehaussée par le fait que SPINRAD soit juif. Mais en terme de parodie intelligente, on a rarement fait mieux.

Pierre PELOT nous fera aussi une bonne grosse parodie du papa de « Conan le Barbare », Mr. HOWARD, avec la série... « Konnar le barbant », qui doit bientôt ressortir chez Bragelonne. Soyons franc, c’est vraiment de la parodie énaurme, qui ne fait pas dans la finesse et tend à s’épuiser rapidement. A réserver donc aux vrais amateurs.

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Terry PRATCHETT

L’autoparodie de la fantasy connaît actuellement une sorte d’âge d’or, avec le succès de Terry PRATCHETT, créateur de « Discworld », un monde en forme de disque, reposant sur trois éléphants, eux-mêmes juchés sur une tortue au milieu du vide.

C’est un univers complètement délirant que propose Terry, avec intrigues burlesque et personnages récurrents [La mort qui est un homme, la sémillante Méméciredutemps...]. En V.O., le cycle doit approcher des trente titres, et le succès est au rendez-vous : Terry PRATCHETT représente à lui seul 1% des ventes de livres Outre-Manche ! Il a même été décoré par la Reine, pour services rendus à la littérature britannique.

Signalons également la parodie du « Seigneur des anneaux », baptisée « Lord of the ringards », dont l’humour très, mais vraiment très très TRES bas de plafond, risque d’en rebuter plus d’un. Certains jeux de mots sont franchement limites : par exemple les Hobbits deviennent les Grossbites... Bref, on atteint là le zéro absolu de la parodie, c’est à dire ce point de non-retour où la vulgarité et la lourdeur se sont substituées à l’humour.

Un bouquin franchement minable, à déconseiller aux fans comme aux détracteurs de l’œuvre maîtresse de J.R.R. TOLKIEN. Les éditions Bragelonne, qui ne reculerait pour rien au monde devant un succès de vente, a aussi publié récemment une parodie de Harry Potter, tout aussi craignos...


SATIRE SOCIALE : LE RIRE QUI FAIT...MAL

Les auteurs de SF vont vite s’intéresser à la société. Deux auteurs, écrivant seuls ou en collaboration, vont devenir des maîtres de la satire. Il s’agit de Frederik POHL et Cyril KORNBLUTH qui, chacun de leurs côtés mais aussi en duo, vont faire des ravages de leurs plumes impitoyables .

Le couple accède à la notoriété avec un roman écrit à quatre mains, "Planète à gogos", qui met en scène une Terre soumise au pouvoir absolu de la publicité, et régie par l’impératif consumériste.

L’idée de départ est de POHL, qui souhaitait écrire un roman sur la publicité. Déjà reconnu du milieu de la SF [il a fondé un pulp à 19 ans, où de jeunes inconnus comme ASIMOV, BRADBURY, KUTTNER, HEINLEIN publient leurs premiers écrits], il n’arrive à rien de bien satisfaisant. Il décide donc de faire appel à l’un de ses nouvellistes phares, qui est aussi un très bon ami : Cyril KORNBLUTH.

Doté d’un caractère d’ours mal léché, colérique et furieusement misanthrope, KORNBLUTH semble être l’homme de la situation. Il a certes commencé en publiant à la chaîne dans divers magazines sous de nombreux pseudonymes, avant de se tourner vers une littérature de qualité, nettement satirique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que POHL a vu juste : c’est de leur rencontre que naît le fameux roman qui va leur offrir une grande notoriété [traduction en 40 langues, plus de 10 millions d’exemplaires vendus].

L’autre grande réussite de nos deux auteurs est « L’ère des gladiateurs », qui réactualise le cirque romain sur fond d’univers hypertechnologique.

En solo, KORNBLUTH va persévérer dans la veine satirique, en publiant surtout de longues nouvelles, dont la fameuse "Crétins en marche" [L’Humanité y voit son QI moyen sombrer sous 45]. Son œuvre ne va pas plus loin, car il meurt à 35 ans, terrassé par une crise cardiaque. POHL a lui aussi écrit en solo un roman très intéressant, « L’avènement des chats quantiques », clin d’oeil au fameux thème du chat de Schrodinger. Les paradoxes de la physique quantique lui permet d’y étendre la satire impitoyablement. C’est en conteste le plus jubilatoire des romans de POHL, un très grand moment de lecture.


DES NOUVELLES DU PASTICHE

La SF a connu au moins deux grands pasticheurs : Andrew WEINER et John SLADEK.

Avec le recueil « Envahisseurs ! », Andrew WEINER rend hommage à de nombreux auteurs de SF. Certains textes sont très drôles, d’autres sont émouvants, tous sont magnifiques. La nouvelle titre dont le héros est le seul à voir des E.T. qui vont lui pourrir la vie, fait irrésistiblement penser à BROWN. Quant à « Un homme nouveau », on pense irrésistiblement au sarcastique SHECKLEY, qui se serait penché sur la vie conjugale : il s’agit de la quête éperdue du mari idéal, qui n’est pas forcément qui l’on croit, car il s’agit de votre vrai mari, mais étrangement différent, en mieux ! Les autres textes font penser au meilleur STURGEON [« Devenir indigène »] et au sublime « Vermillon sands »de BALLARD [« Les vagues »]. Ce recueil est un donc un indispensable condensé de SF, y compris humoristique, à emmener partout avec soi.

Quant à John T. SLADEK il pastiche tout azimut dans « Un garçon à vapeur », l’unique recueil de nouvelles : les précurseurs [ Edgar A. POE ] et les pères fondateurs [ H.G. WELLS, Hugo GERNSBACK ] en prennent pour leur grade, mais aussi les auteurs de l’âge d’or [ CLARKE, HEINLEIN, BRADBURY] et ceux de la new wave [ BALLARD et DICK ], sans oublier Cordwainer SMITH. Mais les pastiches ne constituent pas tout le recueil, qui regroupe aussi diverses nouvelles éparses de l’auteur, où son esprit délirant fait des merveilles. Comme en témoigne, au hasard, son fameux « Rapport sur la migration du matériel éducatif », sur un événement bien singulier : l’envol des livres de la bibliothèque à tire de reliure ! C’est le même John SLADEK qui, avec « Tik-Tok » nous conte la révolte d’un robot, esclave dans une plantation du Sud, et dont la vengeance contre l’humanité sera terrible et sanglante. Le roman est terriblement drôle.

Citons enfin l’humour intelligent et espiègle de Damon KNIGHT. Avec un art consommer du recyclages des poncifs, il nous met en garde contre des ET trop bien intentionnés, dans « Comment servir l’homme », l’une des nouvelles à chute les plus drôlatique de la SF.

Cet envol de livres nous mène donc tout droit dans l’espace, où deux auteurs ont trouvé toute la mesure de leur humour : Douglas ADAMS et Robert SHECKLEY


DOUGLAS ADAMS, LE MONTY PYTHON DE LA LITTERATURE

Véritable phénomène, disparu trop tôt en 2001, Douglas ADAMS est l’auteur le plus évident quand on évoque la SF humoristique. Père du célébrissime « Hitchiker’s guide to the galaxy », Douglas ADAMS s’est débattu toute sa vie avec ce chef d’œuvre encombrant. A noter qu’en français, le roman s’intitula « Le guide du routard galactique », puis « Le routard galactique » en réponse à la bêtise alors croissante de l’éditeur Hachette à cheval sur ses droits].

Anglais très méticuleux, notamment quant à la préparation du thé, écologiste convaincu, fan d’ordinateurs [il a écrit plusieurs chroniques dans des magazines spécialisés d’Apple], un temps garde du corps [l’animal pointe au dessus des 2 mètres], il a vendu plus de 15 millions d’exemplaires du guide. Le « routard galactique » est vraie mine, déclinée d’abord en feuilletons radiophoniques [pour la BBC], puis en livres [une trilogie en 5 volumes... sans doute la seule de toute l’histoire de la littérature], en pièces de théâtre, en téléfilms, en jeux vidéo, puis [enfin] en vrai film de vrai cinéma avec effets spéciaux [NDCC : pas vraiment à la hauteur du défi, mais il fallait s’y attendre].

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Douglas ADAMS

Beaucoup de bruit pour une idée qu’ADAMS a développé alors qu’il se baladait en Europe, sac au dos, un exemplaire de « Europe with less than 5 dollars a day  » en poche, et un budget bien moins conséquent que ça... Forcé de dormir à la belle étoile, il a alors imaginé [en contemplant le ciel, donc, pour ceux qui ne suivent pas] un guide galactique qui décrit planètes, us et coutumes extraterrestres et autres raretés culinaires à l’usage de l’autostoppeur spatial.

Paru en 1979, « Le guide galactique » est immédiatement un succès. Littéralement impossible à résumer, la trilogie raconte les aventures forcées d’Arthur Dent [Arthur Accroc, en français], chassé de sa maison par des bulldozers venus construire une autoroute. Il est sauvé de la catastrophe finale par son ami [et accessoirement extraterrestre] Ford Escort, alors que des vaisseaux alien [vogons, pour tout dire] s’occupent de détruire la Terre pour laisser la place à une autoroute hyperspatiale. C’est d’ailleurs dommage, le lecteur apprenant beaucoup plus tard que ladite Terre était en fait un super ordinateur vivant construit par l’espèce la plus intelligente de la galaxie [les souris], et presque arrivé à terme de son gigantesque calcul [après plusieurs millions d’années, tout de même] destiné à répondre enfin à la grande question sur la vie, l’univers et le reste, et dont une précédente version informatique avait donné la réponse, bien mal commode, il faut l’admettre, qui suit : 42.

Délire remarquable de flegme britannique, conte absurde [avec un humour que les Monthy Python appelleront non-sense], parodie déglinguée des space opera classiques, le Guide est un monument , peuplé de personnages inoubliables [dont Marvin, l’androïde parano, n’est pas le moindre] pour une lecture qui rend heureux. Souvent copié, jamais égalé, Douglas ADAMS possède pour lui cet humour particulier qui lui fait traiter avec le plus grand sérieux les sujets les plus délirants... Ou l’inverse.

En marge du Guide galactique, ADAMS a également écrit deux parodies de polars, « Beau comme un aéroport » et « Un cheval dans la salle de bain » [tous deux dispos en Folio SF], qui font intervenir des médiums, Odin [le Dieu nordique en personne], et des pingouins, l’ensemble dynamitant les règles du genre.

... un mot sur la traduction. Mine de calembours et de délires absolument intraduisibles, « The Hitchicker’s guide to the galaxy » fait partie de ces textes légitimement maudits par les traducteurs. Alors à l’apogée de sa gloire chez Présence du Futur, Jean Bonnefoy s’est attelé à ce difficile exercice, pour livrer au final un texte non pas traduit, mais « adapté ». Franchouillarde, parfois ridicule, souvent fausse, cette adaptation ne fait pas honneur à Douglas ADAMS, dont nous conseillons fortement la lecture des œuvres en anglais.


Bel exemple de SF humoristique française : la saga de Furax, par Pierre DAC et Francis BLANCHE. le feuilleton fit les beaux jours de la radio à la fin des années cinquante.

Mélange de littérature populaire à la Fantômas ou Arsène Lupin, mais aussi de SF aussi loufoque que bien ficelée : les héros voyagent dans l’espace grâce à des astronefs aussi variés qu’une soupière volante - ou une cuillère volante pour les équipages réduits - un atoll du Pacifique arraché à la pesanteur par les efforts conjugués de trois savants félons ; se baladent dans le temps à la suite d’un voyage à vitesse supraluminique ou des possibilités secondaires de l’extrapolateur de densité du professeur Hardy-Petit, réduisent les objets ou leur rendent leur taille première, par déshydratation industrielle ou réimpolation de densité, affrontent des invasions extraterrestres dissimulées avec fourberie dans du gruyère, et j’en passe].

L’ensemble est servi par une grande jubilation des dialogues et des comédiens qui les servent. Les deux premières années ont paru au début des années 70 dans des adaptations en éditions de poche chez Edition Spéciale.

La série radio elle-même eut tellement de succès que la France s’arrêtait littéralement tous les jours à 13h10 pour suivre les nouveaux épisodes. Une anecdote hyper célèbre raconte que Guy MOLLET déclara un jour au conseil des ministres qu’il présidait : "Messieurs, je vous laisse, c’est l’heure de Furax." Toutes les productions françaises de SF ne peuvent pas se vanter d’un aussi beau succès !


Retour dans l’espace avec Robert SHECKLEY. On ne peut bien sûr passer à coté des deux nigauds de AAA Ace, spécialistes de tout et de n’importe quoi. Et surtout de n’importe quoi.

Désespérement humains dans un univers ET, ils restent un peu comme deux Français à l’étranger : désespérement français ! !L’humour vient donc de leur confrontation face à des artefacts ET qui les dépassent. On pourrait penser à CLARKE et son fameux « Rama », avec une solide dose d’humour, comme prisme à travers lequel on voit les tribulations des humains dans Rama.

On trouve leurs aventures à la fois dans « Le livre d’or de Robert SHECKLEY », mais aussi dans « Le prix du danger », nouvelle qui donnera l’un des meilleurs films de SF français. A noter que l’on trouve aussi dans le recueil « La clé laxiale », un condensé de l’humour de SHECKLEY et la meilleure de ses nouvelles reste « Pélérinage à la Terre ».

Sa plus grande réussite romanesque est sans aucun doute « La dimension des miracles », où le paisible terrien Carmody reçoit la visite d’un ET, venu sur la Terre, soit la planète 73 C, système BB454C252, quadrant gauche, corrdonnés au système galactique local LK par CD [ouf !], avait une chance sur deux milliards de gagner le gros lot au tiercé intergalactique, ce qui lui arriva. Il doit donc venir au centre de la galaxie pour retirer son prix. Or, une fois sur place, il se rend compte qu’aucun retour n’a été prévu !

Commence alors une série d’aventure comparable à un mix entre Jack VANCE et Fredric BROWN, à travers des planètes toutes plus improbables les unes que les autres.

Grande réussite de l’auteur, ce roman souffre malgré tout de son aspect décousu, qui fait d’avantage penser à un fix-up novel qu’à un véritable roman.

« L’homme, selon SHECKLEY, semble-t-il, devrait moins faire appel à son intelligence qu’à son humilité. Et cette morale prendrait toute sa valeur si M. SHECKLEY lui-même se montrait plus honnête vis-à-vis de l’intelligence. » . Voici ce qu’écrivait Damon KNIGHT, et force est de reconnaître qu’il n’a pas tort, même s’il a la dent un peu dure.


Damon KNIGHT sera aussi le défenseur, via sa revue Orbit, de deux grands humoristes qui ont fait délirer la SF : John VARLEY et R. A. LAFFERTY.

Outre ses brillantes nouvelles [à commencer par Persistance de la vision et Champagne bleu] on doit à John VARLEY l’un des sumums du délire : « La trilogie de Gaïa », complètement irracontable. Cela commence comme du CLARKE, avec un mystérieux corps spatial, pour finir dans un délire digne de Tex AVERY.

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Mais son plus grand roman reste aussurément celui où il nous narre les pérégrinations d’un acteur shakespearien à travers le système solaire, avec au cul la terrible mafia charonaise, dans « Le système Valentine », qui reçut le prestigieux prix de Cafard cosmique. Pavé à la narration et au délire maîtrisé de bout en bout, jusqu’à l’improbable rebondissement, ce roman reste le meilleur de VARLEY et l’un des meilleurs pour aborder l’humour déjanté dans la SF.

Le cas LAFFERTY est lui plus complexe. Car il est impossible, comme l’écrit Jacques SADOUL « d’en résumer le thème en moins de mots que n’en compte le roman. » Si le délire peut paraître longuet dans ses romans [essayez quand même « Tous à Estrevin » aussi traduit sous le titre « Autobiographie d’une machine ktistèque » ou son autre grand roman « Les annales de Klepsis »], il fait mouche dans ses nouvelles : son Livre d’or est un régal, tout comme « Lieux secrets et vilains messieurs » : essayez au moins pour votre culture SF !

J’en profite aussi au passage pour saluer le travail de réédition de FOLIO SF, qui a eu la riche idée de nous ressortit « La cybériade » de Stanislaw LEM, pérégrinations tragi-comiques de deux robots, qui volent au secours de tous les tyrans de la galaxie, pour les sortir du pétrin, avant... de les mettre dans un pétrin pire encore. Satire véritablement swiftienne, ces nouvelles nous montrent que l’auteur de « Solaris » savait aussi être un humoriste hors-pair.

Parler de satire swiftienne me conduit à parler brièvement de Kurt VONNEGUT Jr.. Auteur de SF malgré lui [il prétendait la détester], il n’en a pas moins écrit de la SF, avec E.T. et tout le toutim, allant jusqu’à inventer K. TROUT, l’écrivain de SF le plus nul qui n’ait jamais existé. [P.J. FARMER a d’ailleurs écrit un roman - assez moyen - qu’il a signé sous ce pseudonyme ! ]

Pour en revenir à Kurt, il faut saluer la réédition de « Abattoir 5 », virulente satire antimilitariste. Hélas, peu de ses romans sont réédités, et c’est bien dommage, à commencer par l’exceptionnel « Le berceau du chat », très bon exemple de l’humour de l’auteur.


Enfin, je ne saurai conclure sans parler de James MORROW, humoriste sarcastique et iconoclaste, que ce soit avec la « Trilogie de Jéovah », variations anticléricales autour du cadavre de Dieu. On retrouve un peu le même thème avec le très blasphématoire « Notre mère qui êtes aux cieux » : Jésus donne de la morphine aux damnés, tandis que sa soeur, née d’un don d’une banque du sperme, finit crucifiée.

L’un de mes favoris reste cependant "Ainsi finit le monde", satire acerbe de la guerre froide et du nucléaire, où ceux qui ne sont pas nés, à cause de la guerre nucléaire, se mettent à réclamer des comptes en entamant une action en justice. Je recommande aussi sa brillante novella « Cité de vérité », dystopie satirique d’une ville où tout mensonge est banni. Les romans y sont donc brûlés, comme les livres religieux ou ceux de Ron HUBBARD. Dès lors, comment peut faire un père pour annoncer à son fils qu’il va mourir ? Drôle au début mais tragique à la fin, ce court texte est une réflexion passionnante sur la nature humaine, qui montre que les textes les plus drôles et les plus courts n’en recèlent pas moins nombre de richesses...


Olivier