C’est inévitable : un beau jour nous découvrirons le moyen de créer des machines pensantes, des consciences nées de nos mains : ces intelligences artificielles : seront capable de parler avec nous, de tenir des raisonnement, d’avoir le sens de l’humour...

Et pourquoi d’ailleurs ne seraient elles pas + intelligentes que nous ? Et dans ce cas, comment se comporteront-elles si nous leur donnons le pouvoir - ou si elles le prennent ?


« On ne pourra dire qu’on a créé une intelligence artificielle ou une conscience artificielle que le jour où elle sera capable de faire le mal. C’est aussi simple que ça... »

Maurice G. DANTEC


intelligence : n. fém. : Faculté de connaître, de comprendre


Etre intelligent, c’est être capable de raisonner. Pour le moment, nous ne savons créer que des machines qui donnent l’impression de raisonner parce qu’elles savent s’adapter à la situation.

Par exemple on ne peut pas dire que l’ordinateur Deep Blue est intelligent, même s’il a battu Kasparov aux échecs, le 11 mai 1997. Il possédait simplement une capacité de calcul surpuissante et un logiciel d’analyse du jeu performant. Mais il était incapable de jouer à quoi que ce soit d’autre. Il ne savait même pas qu’il jouait aux échecs. Et il a été reconverti, après coup, dans l’exploration et le tri de données.

Une machine intelligente, elle, sera capable de tenir une conversation, de faire des plans, d’élaborer une démonstration et surtout d’apprendre.

L’intelligence artificielle, terme créé par John McCARTHY, a été ainsi définie par l’un de ses spécialistes, Marvin Lee MINSKY, « Il s’agit de la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critique ».

Le concept évolue donc avec le temps au fur et à mesure que les IA rattrapent l’intelligence humaine.


imiter l’Homme ?

Pendant longtemps, les chercheurs ont tenté d’imiter l’intelligence humaine. Cela a donné des robots anthropomorphes, à notre image, avec une tête, des bras et des jambes, comme le robot Honda, capable de se déplacer en marchant et en évitant les obstacles. les robots industriels eux-mêmes imitent nos mouvements. Mais leur "intelligence" est très limitée : ils ont deux ou trois gestes en mémoire, qui sont programmés et qu’ils ne comprennent pas. L’ennui c’est qu’une véritable intelligence artificielle ne peut pas se résumer à un cerveau : il lui faut des moyens de saisir l’information, des sens.

D’où les travaux actuels sur la compréhension de l’écriture, la reconnaissance vocale, et l’analyse de l’image. Une intelligence ne peut pas s’exercer sans contact avec le monde.

LE TEST DE TURING a été imaginé pour tester les I.A. : un homme communique en aveugle [par écran et clavier] avec d’un côté un autre homme et de l’autre côté la machine. Si l’homme n’arrive pas à déterminer qui est qui, la machine est considérée comme intelligente...

Aujourd’hui les chercheurs ont compris qu’il ne fallait plus chercher à imiter l’Homme : l’intelligence artificielle naîtra en apprenant, avec une base de départ mais surtout la capacité d’enrichir sa réflexion et de retenir la leçon de ses échecs ou de ses réussites.

Quant à la conscience, elle naîtra peut-être spontanément lorsque les cerveaux artificiels auront atteint une complexité suffisamment importante.


« Supposons qu’existe une machine surpassant en intelligence tout ce dont est capable un homme, aussi brillant soit-il. La conception de telles machines faisant partie des activités intellectuelles, cette machine pourrait à son tour créer des machines meilleures qu’elle-même ; cela aurait sans nul doute pour effet une réaction en chaîne de développement de l’intelligence, pendant que l’intelligence humaine resterait presque sur place. Il en résulte que la machine ultra intelligente sera la dernière invention que l’homme aura besoin de faire, à condition que ladite machine soit assez docile pour constamment lui obéir. »

Le mathématicien Irving John GOOD


JOUETS MALINS

Etonnament, c’est l’industrie du jouet qui aujourd’hui met sur le marché le plus rapidement les premiers balbutiements concrets de l’intelligence artificielle. Brian ALDISS aura finalement vu juste avec ses « Super Toys ».

On se souvient de la folie Tamagochis, ces jouets électroniques imitant le comportement d’un animal de compagnie. Le premier robot ayant un soupçon d’intelligence artificielle en fut une déclinaison élaborée : les AIBOs.

Le 1er Juin 1999, Sony lance la commercialisation du premier chien artificiel. AIBO, c’est son nom, de ai pour artificial intelligence et bo pour robot. Créé par le Digital Creature Laoratory du constructeur japonais, AIBO sait aboyer, reconnaître les sons et les commandes vocales, se déplacer tout seul car il voit son environnement. Il donne la patte, remue la queue, et peut apprendre des tours via un ordinateur et une télécommande... Il peut aussi refuser d’obéir, une ruse de programmation qui lui donne une apparence plus « naturelle ».

Mais si, au démarrage, AIBO a connu un sacré succès commercial [vendus environ 13 000 F., ses 3000 exemplaires réservés au marché japonais se sont écoulés en 20 minutes ] le projet n’a jamais été rentable. Et le 26 janvier 2006, Sony a annoncé l’abandon de tout développement des AIBOs...

De la même façon, le projet de robot de compagnie Qrio, développé en 2003, a lui aussi été abandonné faute de rentabilité. Capable de reconnaissance vocale et faciale, de parler de chanter et de soutenir une conversation en anglais ou en japonais, capable de marcher, de monter les escaliers, d’enjamber des obstacles, il était sans doute l’un des robots les plus élaborés jamais construits... mais son coût, approchant les 40 000 $, rendait toute commercialisation impossible.

Asimo

C’est un autre constructeur japonais, Honda, qui a développé le robot le plus efficace et à l’intelligence artificielle la plus aboutie : Asimo [1]

Asimo, tout comme Qrio, est capable de se déplacer en identifiant son environnement, de reconnaître visages et voix, de comprendre la parole humaine. Il a connu trois versions depuis 1986, et a toujours été davantage orienté vers l’utilitaire que son collègue de chez Sony. La troisième génération d’Asimo, née en décembre 2005, sait également courir, et possède une intelligence artificielle qui le met à la hauteur d’un enfant de trois ans. Haut de 130 cm, il n’est pas en vente, mais peut-être loué pour accomplir des tâches de réceptionnistes ou de manutention. Honda et Disney ont passé un contrat visant à utiliser Asimo dans les parcs d’attractions : les robots donneront des conseils aux visiteurs.

De nombreux autres constructeurs développent actuellement des robots de compagnie ou d’assistance, cherchant à rendre enfin ce genre de produits rentable. Un projet français mené par un start-up baptisée Aldebaran Robotics travaille sur un robot humanoïde autonome de petite taille. Nom de code Nao. Il pourrait être vendu autour de 2000 euros, et présenté au salon du jouet en 2007.


« Je me suis toujours demandé si la conscience et le libre-arbitre n’apparaissent pas automatiquement au sein des systèmes à traitement de l’information, sitôt que ces derniers atteignent un certain seuil de complexité »

Jean-Arcady MEYER directeur d’AnimatLab à l’Université Paris VI


 ? d a n g e r ?

Plusieurs chercheurs ont fait connaître leur inquiétude vis à vis du développement à venir des intelligences artificielles. Hugo de Garis, qui mène le projet Robokoneko du laboratoire ATR de Kyoto, a fait savoir qu’il jugeait extrêmement dangereux l’absence complète de réglementation dans ce domaine.

Il estime que d’ici 50 ans apparaîtront des i.a. qu’ils nomment des artilects, et qui seront si supérieures à nous qu’elles pourraient bien nous considérer comme des animaux stupides voire nuisibles.

Des chercheurs ont donc demandé l’établissement de conventions internationales limitant la puissance des intelligences artilects à naître. Pour le moment, ils n’ont pas été entendus...Et le développement des nanotechnologies laisse prévoir aujourd’hui l’éclosion de ces nouvelles intelligences à brève échéance.

Le ministère Japonais de l’économie, du commerce et de l’industrie a en tous cas dors et déjà émis des directives sur la sécurité robotique visant les fabriquants de robots. Il pousse les fabriquants à appliquer, dès la conception de leurs projets robotiques, la première des trois lois de la robotique édictée par Isaac ASIMOV : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ».


« La grande question est de savoir si nous sommes en train de créer des Dieux ou nos exterminateurs potentiels"

Hugo de Garis - Laboratoire ATR de Kyoto - Japon


Les intelligences artificielles dans la SF

Qui n’a gardé en mémoire HAL, l’ordinateur intelligent de 2001, Odyssée de l’Espace ? Stanley KUBRICK et Arthur C.CLARKE avaient imaginé un cerveau de bord conscient pour piloter la mission spatiale. Son nom, HAL, est un décalque, avec une lettre de décalage dans l’alphabet, du logo IBM. Et cette IA réputée infaillible au début du récit perd sa raison artificielle et fait peser une menace bien réelle sur la vie de l’équipage...

  • « Destination vide » de Frank HERBERT
  • Le Cycle d’Ender de Orson Scott CARD, en particulier les deux derniers tomes, où Ender permet involontairement la naissance d’une entité raisonnante sur un réseau comparable à la toile.
  • Les Chants d’Hyperion de Dan SIMMONS, qui finalement sont l’histoire de la lutte, à travers de temps et la galaxie, de deux déités, l’une humaine et l’autre artificielle.
  • « Les Racines du Mal » de Maurice G.DANTEC
  • « Le problème de Turing » de Harry HARRISON et Marvin MINSKY [spécialiste de l’intelligence artificielle] au Livre de Poche.

Ce dossier s’appuie sur plusieurs articles de presse [en particulier Sciences & Vie Magazine, Libération, le Monde], ainsi que sur les travaux du laboratoire ATR de Kyoto et de l’AnimatLab de Paris VI - Merci à l’AFIA et à l’Institute for Information Technology - D.R. pour les documents photographiques. Les graphismes sont propriétés du Cafard cosmique - 01/05/99 maj 27/07/06


Mr.C


NOTES

[1] La ressemblance avec le nom d’Isaac ASIMOV, auteur des fameuses lois de la robotique, est un hasard.