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Publié le 05/04/2009

Il est parmi nous de Norman Spinrad

[He walked among us, 2003]

ED. FAYARD, MARS 2009

Par Ubik

Il est de retour ! Il est parmi nous ! Après bien des tergiversations dans l’Hexagone et une histoire éditoriale compliquée outre-Atlantique, le nouveau roman de l’enfant terrible de la S-F étasunienne est paru finalement chez Fayard.

C’est donc en dehors des collections habituelles consacrées au genre que l’on pourra renouer avec Norman Spinrad.
Des retrouvailles fort réjouissantes...


Qui est exactement Ralf ?
Cette question lancinante hante le roman de Norman Spinrad. Elle taraude le lecteur et les divers protagonistes du récit sans qu’aucune réponse définitive ne soit apportée.
A vrai dire, libre à chacun de formuler sa propre réponse en son for intérieur. Libre à chacun d’y lire sa prophétie auto-réalisatrice personnelle. Ralf est, tout simplement et le reste s’avère secondaire. Qu’il soit l’ultime avatar du Zeitgeist ; un prophète clownesque (ou un Messie comique) projeté sur Terre, comme une tarte à la crème en pleine face, par une puissance transcendante désabusée. Peut-être. Qu’il soit venu d’un futur en forme d’enfer afin de botter nos fesses de macaques et de nous mettre face à nos responsabilités dans ce désastre. Pourquoi pas. A moins qu’il ne soit finalement un acteur particulièrement doué, habité par son personnage et évoluant sur le fil du rasoir, entre déraison rigolarde et folie furieuse.

Pour l’écrivain frustré de S-F, Dexter D. Lampkin, adulé par un fandom plutôt pathétique, Ralf est le moyen de s’offrir une Porsche et de payer à son épouse la maison de ses rêves. Pour Amanda Robin, la grande prêtresse des cercles new age de Los Angeles, Ralf apparaît comme le faire valoir miraculeux de sa quête spirituelle personnelle. Enfin pour Texas Jimmy Balaban, Ralf s’annonce comme un sacré bon plan qui, s’il trouve le bon format télévisuel, lui permettra d’amasser un max de pognon. En quelque sorte, Ralf est leur création à tous. Ils ont contribué ensemble à le sortir du cul de sac où il végétait, puis ont établi le script de son existence télévisuelle et ont littéralement façonné son personnage. Et pourtant, malgré tous leurs efforts, il demeure pour eux trois un mystère.

On peut sans doute faire beaucoup de reproches à Norman Spinrad mais pas celui de ne pas être sincère dans sa réflexion et ses provocations. Avec Il est parmi nous, l’auteur étatsunien a écrit un roman de S-F dans l’acception la plus percutante du terme. Car avant d’être le genre popularisé par le cinéma, les séries télévisées, leurs produits dérivés et l’imagerie kitsch qui lui colle à la peau comme une toxine de surface, la S-F est une contre-culture. Avant d’être poudre aux yeux, réservoir pour dérives sectaires, voire plus simplement miroirs aux alouettes, la S-F est une littérature qui réfléchit à son présent en le mettant en images.

Il est parmi nous se révèle être de la trempe de ces romans qui agacent, bousculent les routines et suscitent le vertige. Une S-F ancrée de plain-pied dans son époque et qui regarde par-delà l’horizon des apparences, plongeant le lecteur dans un abîme de réflexion.
Avec une verve irrésistible et un humour vachard, Norman Spinrad nous embarque dans la nef des dingues, autrement dit notre monde, pour un voyage qui n’évite pas les détours et quelques longueurs.
Le ton est outrancier, familier, mais jamais à côté de la plaque. On se régale des vannes adressées au fandom étatsuniens [les globuloïdes], au show-biz, au star-système, à la spiritualité de pacotille, aux mundanes [les gens « normaux »] dont l’inconscient collectif est façonné par le spectacle d’archétypes formatés par les mass-médias. Toute cette navrante bande de macaques que l’on nomme plus banalement l’humanité.

Fort heureusement, rien n’est gratuit dans le jeu de massacre puisque la satire est au service d’un faisceau d’idées stimulantes comme seule la S-F peut en produire.
Le cœur et l’ossature du roman s’appuient en effet sur le concept de « crise de transformation ». Autrement dit, l’humanité va-t-elle réussir à utiliser la science et la technologie, non pour s’autodétruire, mais afin d’atteindre le niveau suivant de son développement ?
Ce concept nourrit un propos lucide et sans concession que l’on pourrait même qualifier de libertaire. Celui-ci n’offre d’autre solution que la plus évidente. L’avenir n’est rien d’autre que le produit des actes présents des uns et des autres. Un avenir indéterminé, ni radieux, ni apocalyptique, qui apparaît comme une multitude de virtualités qui ne demandent qu’à se réaliser pour le meilleur, mais aussi pour le pire.
Reste à l’humanité à adopter le format approprié pour que le spectacle de l’évolution, qui a débuté il y a bien longtemps, puisse se poursuivre une saison historique de plus.
The show must go on ?


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Avec l’ironie mordante qui lui est coutumière, Norman Spinrad réussit donc un roman au propos incisif et d’une rare intelligence. Il est parmi nous se révèle une lecture diablement stimulante.

Assurément, une piste à suivre pour la S-F. Assertion non négociable.