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Première publication le 01/01/2004
Publié le 14/09/2007

Ilium de Dan Simmons

[Ilium, 2004]

ED. R. LAFFONT / A&D, 2004 - REED. POCKET SF, 13 SEPT. 2007

Par PAT

Planète Mars, robots philosophes, Dieux de l’Olympe et Terre abandonnée... Pour son grand retour à la SF, dix ans après le mega-succés des Chants d’Hypérion dans lesquels il rendait hommage au poète John Keat, Simmons convoque cette fois les oeuvres d’Homère lui-même, mais aussi de Marcel Proust et Robert Browning, avec révérence... et impertinence.


Écrivain talentueux et polymorphe, Simmons a eu l’intelligence de laisser passer quelques années entre son texte fétiche [Hyperion] et son retour à la SF. Tous guettaient donc son retour à un univers SF au sens propre, et c’est ce qu’il nous offre avec Ilium, premier opus d’un diptyque dont la suite s’intitulera Olympos.

Ilium reprend et développe quelques-uns des thèmes explorés par plus d’un auteur [cf. notamment l’Écossais Ken MacLeod et sa Division Cassini chez J’ai Lu, sans oublier Bruce Sterling et Schismatrice chez Folio SF], dont Simmons lui-même : l’évolution humaine à long terme vers une post-humanité difficile à concevoir aujourd’hui, mais cruellement crédible.

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L’édition française brochée
[Robert LAffont / Ailleurs & Demain, 2004]

En l’occurrence, Simmons prévoit trois grands axes : les « post » partis on ne sait où, qui ont d’abord quitté la terre pour des stations orbitales aujourd’hui désertes ; les « Moravec », entités robotiques semi organiques depuis longtemps livrées à elles-mêmes sur les lunes de Jupiter, et les « old style humans », terriens à moitié débiles qui ne sont pas sans rappeler les « Eloi » de [H.G. Wells->56] [peuple de La Machine a voyager dans le temps, auquel Simmons fait explicitement référence]. Ces humains, dont le comportement est proche de celui des vaches, vivent dans une société de pur loisir, sous la bienveillante surveillance des « Voynix » (créatures métalliques extra-terrestres dont l’origine n’est pas claire). Ils ne se déplacent que via des portails [« Faxnods »], globalement identiques aux farcasters qu’on avait déjà pu voir dans Hyperion, et n’ont pas la moindre notion historique, technique, ni évidemment de velléité rebelle ou contestataire.

Avec un sens théâtral dont on ne doute plus, Dan Simmons propose un récit à trois voix, les alternant judicieusement aux moments extrêmes. Une technique narrative qui n’a évidemment rien d’original, mais qui reste toujours aussi efficace. Ainsi, le lecteur suit d’abord les péripéties de Thomas Hockenberry, érudit spécialiste d’Homère, mystérieusement ressuscité par Zeus lui-même pour assister au siège de Troie et vérifier que les faits correspondent à ce qu’en a raconté le célèbre poète aveugle.

L’action se situe pourtant principalement sur une Mars terraformée, et plus particulièrement sur le Mont Olympe [le martien, pas le terrestre].
Le panthéon grec y est au complet, avec intrigues salaces, coups bas innombrables et interventions systématiques dans les affaires humaines à Troie. C’est là que Thomas Hockenberry doit faire ses rapports à sa muse [autant dire son patron], avant d’être pris dans un engrenage infernal de trahisons et de révoltes.

SIMMONS réussit l’incroyable en nous décrivant la vie quotidienne des dieux grecs avec humour et sérieux, tout en exposant leurs méthodes très scientifiques de déplacement [téléportation quantique, chars célestes aux chevaux holographiques, nanotechnologie envahissante...]. Kitsch ? Sans nul doute, mais un kitsch crédible, et presque inquiétant. Impossible de ne pas penser au vieil adage troublant qui veut que notre achèvement scientifique moderne nous fasse immanquablement passer pour des dieux aux yeux des tribus anthropophages de la dernière ère glaciaire.

En parallèle, une partie du roman concerne les Moravec décrits plus haut. Créatures pacifiques et industrieuses, les Moravecs ne peuvent s’empêcher de constater la présence d’anomalies [et plus particulièrement d’anomalies quantiques] sur Mars. Ils décident donc de monter une expédition, dont les membres apprécient autant Proust que Shakespeare, histoire de tirer tout ça au clair [on ne fricote pas avec l’espace-temps sans en assumer les conséquences].

Enfin, le troisième axe du récit est situé sur Terre, ou un jeune homme a priori comme les autres va se trouver mêlé à un autre genre d’expédition. Celle d’un vieillard proche des fatidiques cent ans [âge auquel les humains « meurent » officiellement, mais deviennent des « post » selon la légende], qui vient de redécouvrir l’écriture et dont l’idée fixe reste de dénicher un vaisseau spatial pour atteindre les anneaux orbitaux dans lesquels il est censé grapiller quelques années supplémentaires.

Les histoires se rejoignent sur la fin, mais toutes possèdent suffisamment de souffle et d’originalité pour être de véritables romans dans le roman.

La bonne nouvelle, c’est que Simmons s’essaie à l’humour avec beaucoup de réussite. Les dialogues entre Dieux grecs et Hockenberry sont particulièrement savoureux, tout comme les échanges poético-structuralistes sur les vers à 9 pieds entre les deux Moravecs échoués sur Mars. La mauvaise nouvelle, c’est que les situations manquent parfois de crédibilité. L’action « terrestre » est d’ailleurs la plus faible [on y rencontre une sorte de juif errant et d’Ulysse 31 au redoutable sabre-presque-laser], et on sent bien qu’il manque encore quelque chose au texte.

Ces défauts s’oublient toutefois assez vite, tant la partie « martienne » est excellente. On y découvre un SIMMONS en grande forme, à la plume aiguisée. À ce titre, les scènes de bataille entre achéens et troyens sont littéralement hallucinantes, violentes et furieuses, très loin de l’héroïsme chic et photogénique qui enrobe habituellement la guerre. On y est, ça saigne, ça pue et ça crie. Autant le savoir.


A VOIR AUSSI : LA CRITIQUE DE LA SUITE DE CE ROMAN, OLYMPOS de DAN SIMMONS


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Epique et visionnaire, comme à l’accoutumé, Dan Simmons se montre d’une finesse d’esprit, d’une culture et d’une inventivité sans faille.

L’intrigue est millimétrée, le rythme soutenu, impossible de décrocher, et pourtant vous en prenez pour 600 pages ! On est toute de même bien en dessous du niveau de Hyperion, dont le souvenir envahissant risque de hanter éternellement Simmons... Et ses lecteurs.


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