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Publié le 12/11/2007

« Infabula » de Emmanuel WERNER

ED. L’ATALANTE, 2007

Par Ubik

Il arrive aux éditions de l’Atalante, entre un cycle de fantasy conformiste et un épisode supplémentaire des Annales du Disque-monde, de proposer des expériences littéraires sortant des sentiers battus. Le lecteur est alors agréablement surpris, à condition d’aimer vraiment se laisser surprendre. En leur temps, on a ainsi pu lire Lord Gamma de Michael MARRAK ou encore - pas plus tard que l’année dernière - Aquaforte de K. J. BISHOP. Que les choses soient claires d’entrée, Infabula se rapproche davantage de Fabrice COLIN - époque Kathleen - que de ces deux précédents auteurs. Vous êtes avertis, pas la peine de vous plaindre par la suite.


Emmanuel, le narrateur, a perdu sa femme.
Sa femme ?
En « réalité », il s’avère peu à peu [c’est Emmanuel lui-même qui nous le révèle] que celle-ci n’était pas sa femme au regard de l’Etat-civil. Juste sa compagne, voire une amie, à qui il a accordé sa confiance.
Est-elle morte ? Disparue ? Peut-être est-elle partie avec un autre ? Le voilà donc trahi ? Pas sûr car finalement, explication plus rassurante, « le monde a avalé sa femme ».
Depuis, Emmanuel erre déprimé entre France et Etats-Unis ; entre rêve et réalité. Il erre et demeure en panne d’idées. Ses divers travaux littéraires restent en friche. Pas bon ça car, comme il l’apprend ensuite, « la complétion est dans l’action ».

Dans l’espoir de se remettre en mouvement, Emmanuel accepte donc l’invitation de son bon ami, Clayton Burkhart. Le bonhomme est lui-même un personnage réel qui fournit la photographie illustrant l’ouvrage écrit par l’auteur - je n’ai pas dit le narrateur quoique -, Emmanuel WERNER, roman dont je tente de dresser ici le compte-rendu.

Commencez-vous à saisir l’enjeu ? Oui ? Non ? Tant pis, je continue.

Clayton se comporte comme attendu. Il offre au narrateur ou peut-être à l’auteur - les faits deviennent flous - un pied à terre - le temps de surmonter sa neurasthénie - puis, le met sur la piste d’une copie de Kolberg, le film du réalisateur Veit Harlan, son obsession du moment. Au cours de la projection qui s’improvise dans un sous-sol à New York, la réalité et la fiction s’inversent et Emmanuel passe de l’autre côté du miroir... je veux dire de l’écran.

Regarde, le monde est fait de fables : vivre, c’est conter une histoire. N’oublie jamais ça. Je veux que tu t’appliques à faire de ta vie une œuvre toujours en mouvement.

Infabula est un miroir dans lequel Emmanuel WERNER se regarde se raconter. Il affabule beaucoup et il questionne par ce biais le sens de la vie et le rôle des histoires, des contes, des fables dans tout cela. Ce miroir, il l’offre au lecteur afin que celui-ci puisse contempler le fruit de sa réflexion, JE de mots compris.

Mais attention ! Si un miroir est un objet qui inverse les perspectives, il peut aussi, à l’occasion, déformer l’image reflétée et susciter des illusions optiques. Et puis avec plusieurs miroirs, on peut générer une mise en abyme... Toutes ces possibilités sont évidemment mises en œuvre afin d’alimenter le dispositif narratif de Infabula.

Le résultat : un court roman nonchalant et elliptique, au propos très cérébral, mais qui n’exploite pas à fond toutes les pistes qu’il ouvre et reste finalement très froid, pour ne pas dire glacial.

En effet, Infabula est blindé de références [une liste des sources d’inspiration de WERNER est jointe en fin d’ouvrage], de symboles et de métaphores à déchiffrer et sans doute à surinterpréter.
De quoi réjouir l’agrégé moyen en philosophie, tout en lui permettant de mirer son ego en boucle. Mais franchement, le roman ne décolle pas vraiment. On se trouve devant une succession de faux départs, une juxtaposition de scènes introspectives - pour ne pas dire auto-fictives - et de voyages vaguement oniriques, surréalistes, voire fantastiques.
L’ensemble est de surcroît alourdit par des passages didactiques qui cassent l’ersatz de rythme qui tend à se mettre mollement en place. Et puis, Infabula manque désespérément d’êtres de chair et de sang pour faire vivre l’histoire et transmettre des émotions. Au mieux, se trouve-t-on devant des silhouettes puisées dans l’imaginaire et l’environnement personnel de l’auteur, au pire devant des animaux anthropomorphisés - les lions de Daumesnil et un chat emprunté à Lewis CARROLL - qui servent à appuyer sa démonstration intellectuelle (la force versus l’intelligence, l’action créatrice plutôt que l’atonie). Dans tous les cas, des personnages qui servent de faire-valoir à l’errance intérieure d’Emmanuel WERNER.

Et pourtant en dépit de ces sujets d’agacement, on n’arrive pas à détester totalement ce roman. On s’ennuie poliment et, de manière fugace, on admire les quelques trouvailles qui parsèment le récit.


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Bref, si j’étais méchant - ce que je ne suis pas, voyons ! -, je dirais qu’au lieu d’impulser un mouvement réflexif et d’ouvrir les perspectives, Infabula m’a laissé planté sur place dans mon coin avec des bribes d’histoires.
Etant de nature débonnaire, je me contente d’affirmer que ce roman pourra combler le narcissisme de certaines cérébralités, désireuses de disserter, des heures durant, sur la possibilité de donner substance au monde et à l’existence en parlant uniquement de soi...