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Voir son roman adapter au cinéma, c’est souvent pour un écrivain, une opportunité difficile à refuser : l’exposition médiatique d’un film, et l’ampleur du public potentiellement touché sont sans commune mesure avec le lectorat atteint par la majorité des livres. A fortiori pour un auteur de science-fiction, genre qui cartonne souvent sur les écrans mais paient bien mal sur le papier.

Christopher Priest, auteur britannique reconnu, se voit ce mois-ci adapté par Hollywood, avec Le Prestige. Résultat : beaucoup de déconvenues...


A priori, voici un film qui part avec toutes les chances de son côté : le casting est costaud, opposant Hugh-Wolverine-Jackman à Christian-Batman-Bale, et alignant également la jolie Scarlett Johansson, Michael Caine et David Bowie dans un cameo étonnant ; le budget de 40 millions de $ est confortable ; aux manettes, un réalisateur qui monte, Christopher Nolan, dont le réversible Memento marqua les esprits, même si depuis il commit un regrettable Batman Begins. Le Prestige, qui sort en France le 15 novembre, a réalisé aux Etats-Unis la meilleure recette du week-end de sa sortie [le 20 octobre] avec 14,8 millions de $.

Le pari semble donc réussi d’un strict point de vue commercial. Mais qu’en est-il du pari artistique ? Le Prestige étant l’un des meilleurs romans de l’un de nos auteurs préférés, nous avons voulu savoir comment il avait, de son côté, vécu l’adaptation pour l’écran et ce quil en pensait aujourd’hui...


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Christopher PRIEST

- Christopher Priest : Après la parution du Prestige aux Etats-Unis, en 1995, des gens d’Hollywood en ont entendu parler et au bout de deux ou trois années mon agent à été contacté à propos d’une adaptation au cinéma. Il y en a eu de plus en plus, jusqu’à une douzaine de prises de contact... mais finalement on nous a fait trois propositions fermes.

- CC : Avez-vous réfléchi longtemps avant d’accepter ?

- C.P. : Les trois offres présentaient chacune leurs avantages : l’une était plus généreuse que les autres, une autre souhaitait commencer le tournage quasiment tout de suite, etc. Mais j’ai aimé l’idée de confier le projet à un jeune réalisateur prometteur comme Christopher Nolan [NDCC : il n’avait pas encore réalisé à l’époque Memento ni Batman Begins]. J’ai toujours essayé d’encourager les jeunes talents autant que possible, et j’ai eu envie de miser sur lui. Avec le recul, je pense que ce fut le bon choix, à 100%.

- CC : Connaissiez-vous Christopher Nolan ?

- C.P. : Non, je ne le connaissais pas. Et je ne l’ai jamais rencontré.

- CC : Quelle a été votre implication dans l’adaptation de votre roman pour l’écran ?

- C.P. : Nulle. J’ai laissé sans états d’âmes Christopher Nolan et son frère Jonathan faire leur boulot. Ma position à l’époque c’était : cela ne me dérange pas qu’il change toute l’intrigue, en partie parce que c’est ainsi que procède le cinéma, et en partie parce que, de toutes façons, j’aurais toujours mon roman, intact.

J’ai eu très peu de contact avec la production : de temps en temps, le producteur m’envoyait un e-mail et me signalait que certaines informations que j’avais mise sur mon site internet [des infos que j’avais glanées sur le web, vu que personne ne m’en donnait] devaient être effacées...

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"Le Prestige", l’édition originale française

- CC : Avez-vous au moins été consulté sur le scénario avant le tournage ?

- C.P. : J’ai vu une ébauche environ deux ans avant qu’ils ne commencent à tourner. Depuis j’ai vu le film, et j’ai remarqué que ce scénario avait été remanié, mais à la marge. La lecture du script était une expérience intéressante et encourageante : l’intrigue était tournée de toute autre façon que dans le roman, mais les mêmes éléments étaient là, bien identifiables, utilisés parfois différemment, avec un souci certain d’économie et aussi de belles trouvailles visuelles.

Globalement, j’ai trouvé ça bon, même si certains dialogues étaient guindés et peu naturels. Quand j’ai vu le film achevé, j’ai compris qu’ils avaient amélioré une bonne part des dialogues, mais il reste une scène assez faible. Quand Angier envoie Olivia espionner Borden : il s’ensuit une scène entre Scarlett Johannson et Christian Bale pas du tout convaincante, la pire du film. Les frères Nolan se sont créé des problèmes de cohérence en changeant les motivations de certains personnages. Dans le livre, Olivia a l’idée elle-même d’espionner Borden - les Nolan auraient du conserver cela - mais dans le film, c’est Angier qui l’envoie en mission et du coup le plan n’est pas très crédible.

Au final, ce n’est jamais qu’une scène et cela n’affecte pas le reste du film.

- CC : La fin du film est différente de celle du livre ?

- C.P. : Ma fin est meilleure ! Mais ils en ont décidé autrement, je n’ai pas de commentaire à faire.

- CC : Le site officiel du film ne fait aucune mention de votre nom. Comment cela se fait-il ?

- C.P. : Les publicités du film doivent incorporer des mentions légales, telles que le nom du réalisateur, du producteur, des acteurs principaux, etc. - pour certaines raisons, les distributeurs ajoutent habituellement ces informations en bas de page, en tous petits caractères, il faut souvent une loupe pour les voir. Ces infos apparaissent sur le site internet, en petits voire en flous. En revanche, ni mon nom ni le fait que le film soit une adaptation de mon roman, ne sont mentionnés nulle part. Je trouve cela très ennuyeux et ça me met en colère. Je ne pense pas que Christopher Nolan en soit personnellement responsable mais j’imagine qu’il a vu le site internet et je trouve qu’il aurait du intervenir en ma faveur pour que les choses soit faites correctement.

Il m’a semblé qu’à un moment la rumeur a couru qu’ils avaient, lui et son frère, complètement réécrit le roman et abouti à une intrigue méconnaissable, et dans ce cas, en effet, le film serait bien plus leur bébé que le mien. Peut-être que le responsable du site internet a cru cette histoire. La réalité c’est qu’il n’y aurait pas de film sans mon roman, et que, tout en étant une adaptation, l’intrigue du film est aisément reconnaissable, avec les thèmes, les personnages, les événements du livre...

- CC : Quand avez-vous vu les premières images du film ?

- C.P. : Deux ou trois images ont fait leur apparition sur le net, mais pour l’essentiel ils ont conservé les images du tournages secrètes pendant longtemps. « No stills leaked out ». Mon premier aperçu du film, je l’ai eu avec le trailer sur le net. J’ai trouvé que c’était un très bon trailer, l’un des meilleurs que j’ai vu.

- CC : Comment se fait-il qu’aux Etats-Unis, contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne ou en France, le roman n’est pas été réédité sous une couverture « cinéma » ?

- C.P. : Quelqu’un chez Disney a décidé qu’il ne fallait pas que le livre aux Etats-Unis puisse être relié au film. Ils étaient obsédé par la crainte que le livre ne dévoilent tous les secrets du film [ignorant le fait que Nolan disait dans toutes ses interviews qu’il avait adapté mon livre, et ignorant le fait que le livre était en vente dans le monde entier depuis dix ans.]

Alors ils ont refusé que l’éditeur utilise les affiches du film. This struck me as petty and perverse. Est-ce qu’un livre reprenant l’affiche d’un film n’est pas une bonne et peu coûteuse forme de publicité pour un film ? Les livres se vendent dans beaucoup d’endroits, y compris des endroits où les films ne font pas de publicité : les supermarchés, les gares, les aéroports, etc. Quoi qu’il en soit, un génie de chez Disney a décidé qu’il en savait davantage que tout le monde, et cela a donc été interdit par contrat.

Je n’ai pas gagné des millions avec ce film [au moment où j’ai vendu les droits, l’accord s’est conclu avec un petit producteur indépendant et concernait un réalisateur inconnu], et du coup la seule chance pour moi de bénéficier du film, c’est de vendre plus de livres. Leur décision est égoïste et a un impact direct sur mes revenus.

- CC : Malgré tout, cela ne vaut-il pas la peine de vendre un roman à Hollywood ? Il y a l’argent mais aussi la notoriété...

- C.P. : Il est trop tôt pour en juger. J’ai touché une somme forfaitaire quand ils ont attaqué la production du film et en théorie je suis intéressé aux bénéfices. [Mais la réalité et la théorie sont deux choses que les écrivains apprennent à distinguer]. Ma vie continue comme avant. Les effets annexes [la gloire, le succès...] demeurent ... intangibles.
Ceci dit, je dois avouer que lorsque je me suis assis dans un cinéma à Londres l’autre jour, et que j’ai vu la salle se remplir de monde, j’avais envie de me pincer pour y croire.

- CC : Y-a-t-il d’autres de vos romans qui connaissent des projets d’adaptation ?

- C.P. : Pour le moment, l’un de mes premiers romans, Le rat blanc [Fugue for a Darkening Island] est en projet chez des producteurs australiens, mais nous n’en sommes qu’au stade du projet, donc wait and see. Rien d’autre, même s’il y a eu des prises de contacts sur à peu près tous mes livres dans le passé. J’ai une longue carrière derrière moi, j’ai appris à ne plus rien attendre et à me surprendre de tout. Alors je continue mon bonhomme de chemin.


> La critique du roman de Christopher Priest, Le Prestige


[propos recueillis en octobre 2006]


A LIRE AUSSI :

> La fiche bio / biblio de Priest Christopher [et d'autres critiques]

Mr.C