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Publié le 03/09/2010

Invention des autres jours de Jean-Daniel Dupuy

ED. ATTILA, MAI 2009

Par Tallis

Quatrième ouvrage de Jean-Daniel Dupuy après trois romans publiés successivement aux éditions La Mauvaise Graine, Invention des autres jours fait partie de ces livres-concepts difficile à cataloguer. Et ce d’autant plus que l’habillage choisi par les éditions Attila a de quoi étonner et susciter la curiosité.


Tout à la fois roman lacunaire et recueil de nouvelles aux thématiques récurrentes, parsemé qui plus est de documents étranges (tels ces protocoles insérés au beau milieu des récits ou cette règle du jeu de l’oie imprimée sur une page volante), Invention des autres jours brouille d’emblée les pistes. Au lecteur de recoller lui-même les morceaux.

Le découpage de la succession de récits en cinq parties bien distinctes n’éclaire l’ensemble que de façon parcellaire : les regroupements thématiques (hélices, ponts, orgues et autre objets étranges) n’offrent aucune garantie de continuité chronologique.
Tout au plus note-t-on au fil de la lecture l’omniprésence de certains personnages tels le mystérieux Décembre – dont l’importance croît de texte en texte – ou l’orang-outang mythique Gom Golopür. Le lecteur comprend toutefois assez vite que tous les récits tournent autour de la Catastrophe, mystérieux conflit armé qui déchira le monde. L’auteur prend malgré tout bien soin de perdre les éventuelles balises qui pourraient éclairer le parcours, mélangeant la chronologie des événements ou omettant d’éventuels repères datés.

Jean-Daniel Dupuy choisit de donner la parole aux marginaux pour donner vie à l’ensemble : clochards, voleurs, anarchistes, ouvriers… jusqu’au chien des rues évoquent les temps anciens ou les séquelles du conflit. Un conflit qu’on devine forcément absurde (« La Roulette russe ») et qui fait éclore une vague de rébellion prompte à s’opposer aux autorités incarnées de manière anonyme par une administration médicale (omniprésente dans toute la première partie), policière ou politique.
À la tête de ces marginaux – qu’ils soient hommes ou bêtes – on devine très vite des figures mythiques : le Marchand de Sable, le Roi des rues (et son redoutable fils) et surtout l’omniprésent Décembre. Tellement présent d’ailleurs que l’on ne sait plus bien lequel de ses multiples visages est le bon. Tour à tour vagabond, terroriste (« Le Système d’alarme des trains »), démiurge (« Le Jeu de l’oie »), prisonnier libéré sur parole, il incarne à lui tout seul les aspirations et les fantasmes du petit peuple.
Cette renaissance perpétuelle donne à la fois le vertige au lecteur et aux autorités chargées de retrouver sa trace. La dernière partie du roman, collecte de témoignages, coupures de presse ou extraits de dossiers, achève de peindre le bonhomme comme un croisement d’Arsène Lupin, de Chéri-Bibi et de vulgaire homme du peuple.

Le lecteur cartésien, adepte de voyages balisés et de chronologies détaillées, risque fort de perdre son chemin (et sa patience) en route. Les autres recolleront les morceaux comme bon leur semble en bâtissant leur propre chronologie et en interprétant les contradictions apparentes du récit. Ils seront bien aidés en cela par une écriture d’une grande fluidité qui n’hésite pas à multiplier les effets narratifs. L’auteur se révèle capable de croquer des paysages étonnants (la ville en hauteur du « Périscope ») ou d’instiller de brefs instants d’émotion dans la grisaille globale (le père et le fils ouvriers de « l’acide désoxyribonucléique »).
Les partis-pris ludiques via les illustrations et la maquette participent également au jeu : numéros de page habillés différemment dans chacune des sections, étranges protocoles disséminés ça et là, travail sur le lettrage… tout ceci renforce à la fois la crédibilité de l’univers décrit par l’auteur et son atmosphère inquiétante. Seul petit regret, le texte se révèle parfois trop tassé, nuisant un peu à la fluidité de la lecture.


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Sur un thème post-apocalyptique fort classique, Jean-Daniel Dupuy parvient à imposer sa patte. Il bâtit un récit à la fois lacunaire dans sa construction et très explicite dans les opinions qu’il porte.
Le lecteur en sort comme d’un mauvais sommeil, tous ses repères bousculés et groggy d’avoir parcouru d’inquiétants paysages…