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Publié le 19/11/2006

"It’s Superman !" de Tom de HAVEN

ED. HARPER COLLINS, SEP. 2006 (paperback)

Par Daylon

Inutile de mentir : si les super-héros traînent tous un passif vestimentaire calamiteux [pensez au costume jaune canari du Wolverine des X-Men], la palme revient haut la main à Superman, l’indestructible homme au slip rouge et collants de danseuse, tendance lycra. Le seul être capable de cacher son identité derrière des lunettes et un peu de gomina.

Ne riez pas. Ne riez plus. Après l’extraordinaire essai, coté comics, d’ "Identité Secrète" [Ed. Semic / Panini ; lisez-le] par le duo Kurt BUSIEK et Stuart IMMONEN, voici le roman « It’s Superman », de Tom de HAVEN. Les auteurs aiment les challenges.


« Clark has put on the Saucer-Man costume, the blue tights with the red trunks [...]. “Fits good”, he says. “Like a glove. You could get arrested for indecent exposure. »

Totalement inconnu en France, Tom de HAVEN peut se targuer d’un copieux curriculum dans lequel on retiendra surtout deux cycles et quelques one-shots reconnus par la critique anglo-saxonne [« Funny Papers » ]. Il est d’ailleurs peu probable que nous puissions apprécier un jour une traduction de présent roman. Oui ? Mais, alors ? Quel intérêt d’en parler ? Simple : il s’agit quand même de réinventer l’un des plus grands mythes du XXème siècle. Débroussailler l’imaginaire collectif en récupérant les symboles et les pistes les plus intéressantes, au-delà des continuités multiples et des arcs sans avenir. Trier puis reconstruire l’icône, sans la trahir.

« She’s never been “in love” [...]. At least she hopes not. Because if that was love, all she can say is there are far too many beautiful songs touching such a measly emotion. »

Là où le biais de BUSIEK était de partir de notre monde [c’est à dire : un univers où Superman est bel et bien un personnage de comics], de HAVEN repart de zéro : l’origine du « vrai » Superman.

Son arrivée sur Terre [laissée en pointillés par l’auteur,c’est un territoire casse-gueule que de HAVEN n’a pas cherché à arpenter] ; son enfance ; la découverte de ses pouvoirs. Ses amitiés et son départ de Smallville pour une métropole, ici New-York ; Metropolis est évoqué par une référence lointaine ; une imagerie collective.

Mieux : là où Superman était un personnage évoluant avec son époque [tout comme les Iron-man, Spiderman et consorts], Tom de HAVEN décide de l’ancrer dans un temps. Des lieux et des dates. Certains fans hurleront [à ce que vous voulez, d’ailleurs, le fan ayant tendance à hurler de manière totalement incompréhensible], mais il est clair que l’idée paie. Là où le contexte demeurait flou, jusqu’ici, « It’s Superman » se trouve totalement intégré dans l’Amérique des années 30, en pleine crise économique, en pleine course à l’armement et racisme rampant. Par les yeux de ce nouveau Clark Kent, on découvre [nous, comme le personnage] ce monde instable, empreint d’une certaine patine, mais riche et quasi préhensible.

« A normal person would’ve been blow to bits.” “I didn’t say I was normal, I said I was human.” »

Et coté personnages, le lifting donne une nouvelle vigueur à Superman. On rencontre un Clark Kent respectant à la fois ses codes de dualité [maladresse/charisme] et s’étoffant d’une innocence nouvelle. Une Loïs Lane, arriviste et conquérante, prototype inconscient du symbolisme qu’elle véhicule. Un Lex Luthor, enfin, incontournable, traînant derrière lui des tourments et des contradictions qui déstabiliseront le lecteur, capable de juxtaposer d’un instant à l’autre, fulgurance humanisme et nihilisme psychotique. Ce sont les origines des liens ambigus qui les lieront les uns aux autres que nous content Tom de HAVEN.

« And here, at last, is the point where our version of the story merges with all the others [...] »

Alors, oui, certes. La réécriture fonctionne parfaitement. L’ancrage historique, en particulier. L’auteur a apporté un soin maniaque [que des auteurs comme MAUMÉJEAN ne renieraient pas] à doter l’univers décris d’une crédibilité à toute épreuve, et ce, malgré les exploits extraordinaires du jeune redneck du Kansas. On regrettera certainement quelques effets un peu faciles [le coté un chouya trop pulp de certaines « machines infernales »] et un style sacrifié au prix d’une efficacité maximale.


Tom de HAVEN signe ici le second acte de la réhabilitation de l’homme aux collants bleus. Cohérent, bien mené et parfaitement ancré dans une chronologie historique, « It’s Superman » aura mérité le coup d’œil et l’excellente couverture de Chris WARE.

Le regret ? L’écriture très lisse. Très très lisse. Si lisse qu’elle ne laisse transparaître aucune réelle émotion. On ne se laisse pas conquérir. On reste distant, malgré les efforts de l’auteur et sa réelle performance : réécrire le mythe de Superman, sans même effleurer le ridicule.