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Publié le 22/02/2011

Itinéraires Nocturnes de Tim Powers

ED. DENOËL / LUNES D’ENCRE, FEVRIER 2011

Par Ubik

Réputé dans l’Hexagone pour ses romans, en particulier Les Voies d’Anubis, Tim Powers jouit d’une aura d’auteur fantasque et imaginatif aimant s’amuser des mythes populaires, historiques ou littéraires. Un plaisir l’ayant poussé à jouer au démiurge lui-même, dans un registre canularesque, comme en témoigne William Ashbless, créature et création livresque qu’il partage avec son compère James P. Blaylock.
Avec Itinéraires Nocturnes, on découvre son travail de nouvelliste, certes moins prolifique, mais hélas soporifique, ce qui convient idéalement au titre du recueil.


Sans équivalent outre-Atlantique, Itinéraires Nocturnes rassemble l’intégrale (provisoire) des nouvelles écrites par Tim Powers entre 1982 et 2008, soit douze textes relevant d’une veine plus personnelle et fantastique. On signalera cependant la participation de James P. Blaylock pour trois nouvelles : « La Better Boy », « Par Longs chemins » et « Cinquante cents », des textes un tantinet farfelus et comportant quelques caractères grotesques.

À la lecture du recueil, un fait saute immédiatement aux yeux. Tim Powers fait montre d’un grand talent pour poser une atmosphère. Convoquant une multitude de détails prosaïques – sons, textures, odeurs, souvenirs –, il brode des histoires empreintes de mélancolie, d’un spleen lourd, tenace ; tropisme parfois trompeur qu’il retourne de manière totalement inattendue. À ce propos, c’est à se demander s’il ne joue pas autant avec les impressions des lecteurs qu’avec les personnages de ses nouvelles, ballottant ceux-ci d’un sentiment vers un autre.
Le cadre des nouvelles d’Itinéraires Nocturnes rappelle celui des romans fantastiques de K. W. Jeter. L’Amérique des classes moyennes flirtant à la lisière du déclassement. Des personnages solitaires hantés par leurs souvenirs, les regrets ou l’échec de leurs rêves de réussite. Le paysage morne des suburbs ou celui plus emblématique de quelques hauts lieux de la Californie, mais dépouillés de leurs dorures, se déploie en toile de fond. Bref, les histoires de Powers jouent sur des ressorts plus intimes, abandonnant la maestria de la fantaisie picaresque.

Comme on l’a déjà dit, Itinéraires Nocturnes relève du fantastique. Afin d’éviter tout malentendu, précisons que l’auteur américain use des procédés du genre à dose homéopathique. Point d’effets gores ou de surenchère angoissante dans ce recueil. Plutôt une utilisation subtile, pointilliste du fantastique afin de provoquer un sentiment de désorientation, une confusion des sens remettant en cause la nature de la réalité et des certitudes.
Le recueil permet aussi à Tim Powers d’aborder des thèmes plus personnels. La foi – catholique –, l’immortalité, le deuil, le Bien, le Mal, l’amour, une suite thématique somme toute très morale qu’il met en scène dans des récits peuplés de revenants, de déplacements temporels, d’illusions, de doppelgangers égarés... L’existence humaine est absurde, semble dire Powers, pour peu qu’on ne lui donne pas un sens moral.

Si les textes d’Itinéraires Nocturnes affichent une certaine unité – une qualité pour un recueil, a fortiori avec des nouvelles écrites sur plus de deux décades –, ils ne suscitent pas non plus l’enthousiasme. La monotonie l’emporte, même si l’alchimie opère dans quelques nouvelles. On pense en particulier à « Turbulences », récit figurant également au sommaire du Bifrost n° 50 consacré à Tim Powers. Un texte joliment troussé, un peu à la manière d’un conte moderne, mêlant humour et tendresse. Dans un registre plus abracadabrant, « La Better Boy » s’amuse d’un plant de tomate et d’un pantalon fugueur. Parmi les histoires écrites en collaboration, on retient aussi « Cinquante cents », où chaque élément bizarre, chaque pièce du récit, entre en résonance et s’imbrique en une suite logique ne prenant sens qu’à la toute fin. Pour terminer, on reste longtemps sous le charme de ce récit d’amour entre un vivant et un revenant, histoire de pacte faustien. À se demander finalement si « Une âme dans une bouteille » ne s’avère pas la nouvelle la plus touchante du recueil.


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Arrivé au terme de cette chronique, on se doit de reconnaître avoir trouvé Itinéraires Nocturnes un peu terne. On ressort même de cette lecture avec une impression d’ennui tenace. Ainsi, une fois l’ouvrage remisé dans la bibliothèque, à quatre exceptions près, par manque d’empathie, on peine à se rappeler les textes le composant. Reste juste quelques réminiscences fugaces, entre deux assoupissements.