EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 03/05/2009

Jumper de Steven Gould

Ed. Mango, Janvier 2009

Par Goldeneyes

L’année dernière, un film avait fait parler de lui bien avant sa sortie : Jumper, l’histoire d’un mec qui « poc », comme ça, peut se téléporter n’importe où, quand il veut. Le thème avait soulevé chez les fans de SF un certain intérêt, qui s’était définitivement évaporé dans les salles de ciné.
Alors quand le roman éponyme déboule sur les rayonnages des libraires quelques mois plus tard, arborant vaillamment comme outil de marketing la silhouette rebelle de l’acteur Hayden Christensen, on se montre forcément méfiant.
Pourtant, il y a mieux derrière cette couverture qu’un mauvais scénario pour film à effets spéciaux.


La lecture ne démarre pas facilement. On se heurte tout d’abord au style. Ou, plus exactement, à l’absence de style : trois métaphores en tout et pour tout sur la somme des quatre cent pages ; quelques dialogues à la limite de l’insipide et un vocabulaire très peu étoffé. Mais c’est là un choix de l’auteur : le récit est écrit à la première personne : le narrateur est David Rice, jeune homme de dix-sept ans. Il s’exprime avec le vocabulaire de sa sphère sociale L’identification n’en est que plus aisée. Et une fois passé les dix premières pages, force est d’avouer qu’il devient très difficile de lâcher le bouquin.

David vit une existence miséreuse, encaissant la violence quotidienne d’un père alcoolique, souffrant de l’absence d’une mère qui a quitté le foyer familial alors qu’il n’avait que six ans. Il découvre, lors d’une scène critique, qu’il possède le pouvoir de « jumper » - comprenez, de se téléporter - dans l’un des innombrables lieux qu’il a visité par le passé et dont sa mémoire s’est imprégnée.
Le pauvre gamin battu passe immédiatement au statu de jeune friqué indépendant, ayant le monde à sa disposition. Changement d’échelle aussi vertigineux que grisant, que le lecteur s’approprie avec jubilation. Le thème n’a rien de bien nouveau ceci dit : un gamin paumé qui se voit coiffé de pouvoirs parapsychiques chamboulant son existence, on pense à quelques romans de Stephen KING notamment. Le thème de la téléportation n’a rien de novateur non plus : l’écrivain a d’ailleurs le bon goût, en fin d’ouvrage, d’énumérer les divers romans ayant par le passé exploité ce filon.
Mais ici, pas d’explication scientifique, pas d’appareillage, pas de pseudo-lexique hard-science : David jump, un point c’est tout. L’intérêt du récit est dans les conséquences de ce soudain pouvoir.

L’identification avec le héros fonctionne. Un gamin que l’auteur croque avec une justesse rare : sous le verni de la fortune et de la liberté que lui confère son pouvoir, David Rice porte les stigmates d’une enfance brisée, et c’est en claudiquant qu’il avance sur le sentier de sa nouvelle existence.
Il se montre égoïste, capricieux, lâche parfois, souffrant d’un terrible manque de confiance en soi ; ses faiblesses amènent à considérer son pouvoir sous biens des aspects, et lui ouvrent des perspectives qui l’amèneront à quelques choix cruciaux.

Bien au-delà du roman facile pour ado que laissait présager l’adaptation filmée, Jumper étonne par la justesse et l’humanité de son personnage central. Il est aussi l’occasion pour son auteur d’aborder quelques thématiques fortes : celle de la relation aux autres [qu’elle soient familiale, sociale ou amoureuse], celle des travers du « pouvoir » au sens large du terme, celle de la vengeance et de l’interrogation de sa légitimité morale, celle du parcours initiatique de l’enfant qui se construit, de l’ado s’acheminant, boitillant, vers la maturité de l’âge adulte.
En reflet des préoccupations d’une époque, Steven Gould appuie aussi une bonne partie de son roman sur les actes terroristes. A ce titre, l’évocation du World Trade Center [au cours d’une scène mémorable totalement absente du film] se pose comme un sursaut prémonitoire qui n’est pas sans laisser les lecteurs post 11 septembre que nous sommes avec un certain malaise...

Le roman ne souffre finalement que d’un défaut : celui de pâtir du mauvais goût qu’a abandonné chez ses lecteurs potentiels le visionnage de son adaptation cinématographique épileptique complètement ratée.


COMMANDER

Le roman ne s’épargne pas quelques grosses ficelles et n’est pas dépourvu d’incohérences. Ce n’est pas non plus son style qui marquera le lecteur. Mais au final, l’alchimie opère. Parce que le sujet du gamin paumé et ordinaire se voyant attribuer un pouvoir extraordinaire continue d’exercer sur le lecteur une éternelle fascination ; parce que le tout est traité avec justesse...

Jumper est aussi l’occasion de faire le triste constat du massacre ahurissant auquel peut se livrer l’industrie du cinéma hollywoodien : la dénaturalisation radicale d’une œuvre. Et rien que pour ça, Jumper, le roman, vaut le détour.