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Publié le 09/01/2010

Jakabok : le Démon de Gutenberg de Clive Barker

[Mister B. Gone, 2007]

ÉD. DENOËL / LUNES D’ENCRE, JANV. 2010

Par Tallis

On restait sans nouvelles du Clive Barker écrivain depuis maintenant plusieurs années. Son dernier roman pour adultes remontait à 2004 avec le très contrasté Coldheart Canyon. La même année paraissait le deuxième tome de sa série pour enfants Abarat. Depuis, l’auteur culte des Livres de sang et d’Imajica se faisait rare voire absent…
Ce qui rendait la curiosité d’autant plus grande à l’annonce de la parution de ce Mister B-Gone (titre VO fort éloigné de celui choisi par Lunes d’Encre), court roman de 200 pages.


Le jeune Jakabok vit une véritable enfance à la Dickens. Élevé à la dure entre un père brutal et une mère exigeante qui supporte les violences de son mari, obligé d’échapper sans cesse aux bandes qui parcourent la cité, il n’a pour unique refuge que l’écriture. Véritable exutoire, celle-ci lui permet de coucher sur le papier ses colères, ses fantasmes et de tuer symboliquement autant que bon lui semble son insupportable géniteur.
Si on ajoute à cela que Jakabok est en fait un jeune démon tout ce qu’il y a de plus laid et que sa ville natale occupe – littéralement – le Neuvième Cercle des Enfers, le tableau peut difficilement se présenter sous un jour plus sombre.
Son destin bascule le jour où son père met la main sur des fragments de son journal. Fou de rage, il immole ces écrits blasphématoires et défigure Jakabok par la même occasion. La haine entre père et fils atteint des proportions insoutenables et ce dernier doit prendre la fuite pour échapper à la mort.
C’est là qu’il tombe dans un piège tendu par des humains partis à la pêche aux démons et qu’il finit par arriver à la surface...

Jakabok : le Démon de Gutenberg confirme dès les premières pages que son créateur conserve tout son talent malgré ces années d’absence. Style flamboyant, rythme échevelé, rebondissements inattendus, final apocalyptique rendent la lecture proprement jouissive et le voyage avec notre compagnon démon extrêmement court.
D’autant plus que Clive Barker conjugue au mieux certains de ses thèmes récurrents : opposition entre monstruosité physique et morale, affres liées à la création littéraire, amours contre nature… Difficile de savoir au gré des rencontres qui, du démon atrocement laid ou des humains qui l’entourent, se montre le plus diabolique. Et la relation qui se noue entre Jakabok et le mystérieux Quitoon prend des directions pour le moins inattendues.
Le cœur du récit réside toutefois dans la véritable fascination que l’auteur avoue pour la littérature : les pages consacrées au journal intime de Jakabok ou les enjeux contenus dans la partie finale du récit en constituent les véritables points d’orgue.

L’auteur enveloppe le tout dans une aventure baroque et pleine d’humour noir (à ce titre, la rencontre du héros avec son premier amour se révèle assez inoubliable) où sa science du récit fait merveille : Barker se permet même le luxe d’escamoter proprement certains « passages obligés » pour mieux développer d’autres rebondissements a priori secondaires, comme un pied de nez élégant à ses lecteurs.

Quelques imperfections se glissent toutefois dans cet ensemble. Le procédé narratif, pour original et pertinent qu’il soit, provoque sur la longueur un agaçant effet de redite. De plus, malgré sa courte taille, le roman souffre d’un déséquilibre assez flagrant : les véritables enjeux apparaissent uniquement dans la seconde moitié du récit – la première partie étant uniquement consacrée aux tribulations du héros – ce qui a pour effet de donner aux cents premières pages un sentiment de virtuosité littéraire un peu gratuite. Un peu comme si l’auteur avait longtemps hésité entre la nouvelle ou le roman plus conséquent.


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Mais pour hybride qu’il soit, Jakabok n’en reste pas moins une œuvre percutante et maîtrisée. Une œuvre qui laisse apparaître en filigrane toute la foi de Clive Barker en la puissance de la littérature et qui marque – on l’espère – la renaissance d’un auteur majeur de l’imaginaire.
Après deux autres années blanches, ce dernier annonce en effet rien moins en 2010 que la parution du troisième tome du cycle d’Abarat, d’un recueil de nouvelles et d’une collection d’articles et d’essais.