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James MORROW, c’est bien sûr l’inoubliable Trilogie de Jehova, qui voit Dieu choir, couler, exploser puis tourner sur orbite, mais c’est aussi « Le dernier chasseur de sorcières », passionnante plongée au coeur des superstitions occidentales du XIXème siècle... et bien d’autres projets aussi érudits que loufoques... Interview.



Ceci est la transcription française de l’interview réalisée en novembre 2006 et diffusée sur la SALLE 101.
La version audio anglaise est disponible sur www.salle101.org ]
Traduction et adaptation à l’écrit, Raoul ABDALOFF.


Question : Votre dernier roman, « Le dernier chasseur de sorcières » a été publié en France au Diable Vauvert et pourrait se définir comme un livre féministe écrit par un homme... Êtes-vous d’accord ?

James MORROW : Tout à fait. Je suis féministe, du moins autant qu’un homme peut l’être, et j’ai fait d’une femme le centre de ce roman, au beau milieu du chaudron bouillonnant qu’étaient l’Europe et les Etats-Unis à l’époque des Lumières.
C’est vraiment un roman sur la transition entre une vision très “Renaissance” d’une nature dominée par des démons (dont quelques uns très désagréables) et l’âge de raison. L’histoire tourne autour de mon héroïne, Janet, qui tente de faire abolir les lois qui autorisent la persécution des sorcières. Je me suis dit qu’une femme seule face à ce défi serait plus “dramatique” qu’un homme, que ce serait beaucoup plus difficile pour une femme de convaincre quiconque qu’elle possède des preuves irréfutables contre l’existence des démons. Et comme les femmes ont été les principales victimes des chasses aux sorcières, il m’a semblé que ce n’était finalement que justice qu’une femme détruise ces institutions.

Q : Mais ça n’est pas seulement un roman féministe... Il s’agit aussi d’un livre politique, très engagé... ?

J.M. : Oui, en fait ça répond de manière assez inattendue à la politique actuelle, toute cette histoire de théocratie, tous ces discours irrationnels sur la révélation... Tout ça ne tient pas debout. vous ne pouvez pas dire aux autres “mon point de vue est meilleur que le votre, parce qu’on me l’a révélé divinement”, on ne peut tout simplement pas faire de politique de cette façon. C’est pourtant ce que fait l’administration Bush... Je trouve ça affreusement ironique que nous autres américains ayons maintenant un président qui ne décolle pas d’arguments théocratiques de bas étage, qu’on vote des lois pour que l’état finance encore un peu plus les différentes églises sous prétexte d’actions caritatives(ce qui est clairement illégal), tout en espérant mettre en place un gouvernement strictement laïque en Irak qui n’oppresse pas les femmes, qui respecte les opposants etc... Je trouverai ça hilarant si ce n’était pas aussi triste.
Par ailleurs, dans mon roman, vers le dernier tiers, il y a beaucoup de descriptions concernant les tortures auxquelles les sorcières étaient soumises, tortures qui les faisaient avouer n’importe quoi pour faire cesser la douleur. Ca aussi, c’est à mettre en rapport avec Bush qui balance à la poubelle toutes les conventions internationales et déclare que lui, Georges Bush, a le droit de décider ce qu’est ou ce que n’est pas la torture.

Q : Ecrire de la SF, ou du mainstream, c’est une façon de critiquer la réalité ? ?

J.M. : Oui. Je resterai toujours un écrivain de SF parce que pour moi, c’est une littérature du présent. A mon sens, la SF n’a rien à voir avec la prospective ou le futur. C’est plutôt ce que Bruce STERLING en dit : “prédire le présent”. L’écrivain de SF essaie de se sortir de son monde immédiat et utilise les outils disponibles (voyage dans le temps, voyage spatial, robots, IA) pour en revenir à ce qui se passe ici et maintenant. Et dans ma « Trilogie de Jehovah » comme dans « Le dernier chasseur de sorcières » , ou comme le roman sur lequel je travaille en ce moment [un genre d’hommage à « Frankenstein »], il y a des idées complètement délirantes d’accord, mais je parle avant tout d’aspects sociaux, religieux ou politiques qui nous posent de graves problèmes aujourd’hui.

Q : La religion est un thème central dans votre oeuvre, mais plutôt orientée blasphème... ?

J.M. : Je crois que Dieu apprécie le blasphème... Un des arguments que sortent souvent les athées comme moi pour se défendre, c’est qu’on pense beaucoup plus souvent à Dieu que les croyants. J’adore cette citation d’un philosophe britannique qui dit “Dieu adore les athées, parce que ce sont ceux qui le prennent le plus au sérieux”. Donc, oui, je crois que ça doit plaire à Dieu qu’on discute de son existence...
L’essentiel reste de critiquer les Eglises. L’objet de ma satire, ce n’est pas de critiquer Dieu, mais les hommes qui utilisent mal son enseignement et qui ont la présomption de savoir ce que Dieu veut, tout l’appareil politique qui est censé avoir une origine divine, et je ne parle même pas des salauds qui ont présidé les procès en sorcellerie...

Q : Parlons d’avenir, vous venez de finir un roman qui sera “votre” Frankenstein, vous pouvez nous en dire un peu plus ? ?

J.M. : Oui, c’est une sorte d’hommage, comme je le disais plus haut intitulé pour l’instant “Les larmes de Prométhée”. Le livre est déjà vendu à l’éditeur américain qui a publié “Le dernier chasseur de sorcières”, j’espère que le Diable Vauvert l’achètera aussi.

C’est l’histoire d’une femme, une brillante biologiste, à qui il ne reste plus qu’une seule année à vivre et qui décide d’élever trois clone d’elle-même pour combler un désir de maternité insatisfait. Trois clones au développement accéléré qui correspondent à trois âges différents. Elle les considère comme ses propres enfants et ne fait pas vraiment de différence entre eux. Elle parcourt son île avec ses trois filles, expérimente les joies d’avoir une petite gamine encore bébé, une pré-ado qui découvre sa féminité et une fille un peu plus vieille qui se débat avec sa vie d’adulte.
C’est une idée complètement folle et les trois filles sont totalement barrées. L’histoire est racontée par un étudiant en philosophie raté, engagé comme précepteur pour les clones et qui se rend compte rapidement qu’elles n’ont aucune conscience, aucune expérience, aucune moral, aucune référence éthique, aucune vertu...

La seconde partie du roman démarre après la mort de la “mère” et raconte la vie des trois filles qui découvrent le monde et essaient de le refaçonner à leur image. C’est un peu comme « Frankenstein », mais avec des monstres immoraux, des monstres qui ont des ego hypertrophiés, qui tentent de plier le monde à leur volonté, ce qui ne peut finir que de manière désastreuse...

Q : Et pour finir en parlant encore plus d’avenir, vous êtes déjà sur quelque chose d’autre ? ?

J.M. : Oui, j’ai quelques idées, il faut que je fasse un pitch à mon éditeur très prochainement. Ca parle d’une relation secrète entre le Dalaï Lama [le prochain Dalai Lama, pas celui que nous connaissons] et le Yeti. J’ai imaginé que l’abominable homme des neiges tombait sur un alpiniste qui n’a vraiment rien à faire en plein Himalaya, un de ces types qui meurent régulièrement en croyant pouvoir grimper l’Everest sans en avoir réellement les capacités, qu’il lui bouffait la cervelle et ingérait par la même sa conscience et la façon dont on voit les choses en occident...
Et voilà notre Yeti qui va voir le Dalai Lama pour lui raconter tout ça, le Dalai Lama étant bien entendu très intéressé par tout ce qui touche à la psyché humaine sous toutes ses formes. Ils ont donc un débat religieux sur la nature humaine et s’arrêtent de temps en temps pour aller secourir quelques alpinistes imprudents...

Q : C’est une histoire de dingue, mais je me demande si vous n’êtes pas malade vous-même. ?

J.M. : Je suis très malade, c’est ce qui me pousse à continuer...


La photo de James MORROW est de Raoul ABDALOFF.


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