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Après Vurt et Pollen, Pixel Juice et NymphoRmation débarquent à La Volte. Deux livres d’une rare beauté formelle et littéraire. De quoi éclairer et préciser l’oeuvre d’un auteur culte outre-manche, mais finalement peu connu en France.
Nous avons rencontré Jeff Noon aux Utopiales 2008, pour un entretien audio jamais diffusé.
Press play.


Anti-entretien avec un auteur culte


Mes livres tirent leur essence de la musique. C’est principalement ça qui m’intéresse. Depuis maintenant plusieurs décennies, les musiciens mélangent des sons qui me ramènent à la vague punk. C’est là que j’ai découvert le Dub, le reggae, cette extraordinaire musique made in Jamaica. Ces types étaient capable de reprendre complètement un morceau finalisé, ils en tiraient autre chose et, à la fin, en donnait une lecture complètement différente. Cette technique sonore m’a toujours impressionné. Je me suis demandé comment l’appliquer aux mots, au langage, à la littérature.

Quelques années plus tard, l’Acid House a débarqué dans les Raves anglaises, et j’ai vraiment commencé à travailler sur ce concept. Je lisais mes pièces de théâtre dans les night club londoniens, et dans la salle d’à côté, on entendait parfaitement la musique... Qui se mélangeait à ce que je disais... Un soir, en rentrant chez moi, je me suis dit qu’il fallait essayer de mixer des mots. J’étais en plein dans l’écriture de NymphoRmation, et je me suis fait la main dessus. J’ai d’abord essayé de changer les mots en suivant la technique musicale habituelle, puis j’ai poursuivi mes expérimentations un peu plus loin, et au fur et à mesure que le roman avançait, je m’y suis totalement immergé. En gros, j’utilise une technique qui rappelle le sample, le remix, le scratch, tout ce qu’on associe en général à la Dance Music. J’ai passé énormément de temps à jouer avec les mots, avec le langage.
Dans Pixel Juice, par exemple, j’ai appliqué les mêmes techniques qu’avec NymphoRmation, mais de façon différente, parce que c’est un recueil de nouvelles, avec des histoires parfois très courtes. J’ai découvert qu’on pouvait utiliser le même procédé, mais dans des cadres radicalement différents, ce qui donnait quelque chose de... Différent, justement, quelque chose de presque avant-gardiste.

J’ai écrit les nouvelles au fur et à mesure, au fil du temps. J’avais l’idée de composer une histoire plus vaste qui engloberait tous les textes, une histoire qu’on pourrait lire différemment. Plusieurs personnages réapparaissent, certaines nouvelles se ressemblent, les structures sont voisines, beaucoup d’éléments de décor sont récurrents...
C’est peut-être de la science-fiction, au final. D’ailleurs, à mon sens, la science fiction est intéressante parce qu’il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire, de raconter un futur possible. Il s’agit aussi d’appliquer des techniques futuristes à l’écriture, au langage. Dans les deux cas, on obtient de la science-fiction.

Je fais partie de ces écrivains qui passent d’un genre à l’autre, qui "glissent", plutôt, d’un type d’univers à un autre. Je m’intéresse aux marges. Se limiter à une seul genre, c’est trop... Limité justement, ça n’a pas la même saveur. Si on appréhende la culture dans sa globalité, le plus intéressant se situe en périphérie, pas au centre.
Dans NymphoRmation, je m’intéresse aussi à la diversité propre aux société cosmopolites, aux différences. C’est le cas en Angleterre. Différents groupes, différentes tribus, différentes ethnies. Qui se mélangent, dans la pratique. Je voulais que le livre reflète cet aspect social.

C’est incroyablement difficile de parler de littérature anglaise comme un tout. Comment la définir ? Il y a tout un débat sur le sujet. Qu’est ce que la littérature anglaise ? Quelle en est l’identité culturelle ? Je n’ai pas de réponse. J’apprécie le fait que la culture anglaise abrite justement plusieurs identités distinctes, et j’espère que mes livres témoignent de cet aspect particulier. Vous voyez où je veux en venir ? Des techniques différentes, des idées différentes, qui se mélangent, se confrontent, se mixent, en un mot. Je reviens toujours à la même idée.

Quand j’étais gamin, j’ai lu Alice aux pays des merveilles, comme tout le monde. J’avais bien aimé, d’ailleurs, sans vraiment tout saisir. Adolescent, je l’ai relu, et là, j’ai enfin compris ce que ce livre contenait, notamment tout le travail sur la musicalité du texte, sur les jeux de mots. Le livre a été conçu par Lewis Carroll comme un échappatoire à la répression victorienne, à l’ambiance ultraconservatrice de l’époque. J’aimais particulièrement l’idée d’innocence réprimée, et le principe des deux mondes qui cohabitent. Le rêve et la réalité. Les gens voyagent sans cesse d’un monde à l’autre. Cette notion de passage, c’est ça qui m’intéresse. D’où Vurt et Pollen. Je me suis aussi beaucoup inspiré de Jabberwocky, là encore en appliquant les mêmes techniques d’écriture. Alice est toujours présente dans mes livres. Elle ne les dirige pas, non, mais elle est là, indéniablement. Diffuse.

J’écris des pièces radiophoniques, j’ai écrit des pièces de théâtre, j’en écrit encore d’ailleurs. Sans oublier mes projets cinématographiques et mes scénarios. Tout ça prend beaucoup de place, et je manque de temps pour m’atteler à un nouveau roman. Mais j’ai publié d’autres livres en Angleterre. Needle in the groove raconte l’histoire d’un groupe dont la vie bascule suite à la découverte d’une nouvelle technologie d’enregistrement. Le héros revient en arrière et redécouvre l’histoire de la musique des quarante dernières années, en plus de la sienne, bien entendu. Avec David TOOP, nous avons conçu un CD qui peut fonctionner comme une sorte de bande originale du livre. Falling out of cars est un roman situé dans un futur proche, dans lequel la société de l’information se décompose. On y suit deux personnages dans un voyage à travers l’Angleterre, alors que leur perception de la réalité se disloque, et qu’il devient de plus en plus difficile de faire la différence entre hallucination et réalité, justement. On y retrouve certaines idées développées dans Pollen et Vurt.

J’adore le bizarre, nous avons besoin du bizarre, d’une littérature bizarre, qui s’affranchit des limites, des frontières, mais je ne lis pas assez de science-fiction pour la déceler aujourd’hui, dans ce qui se fait maintenant. Je ne suis pas le mieux placé pour en parler.

Le genre est de toute façon très segmenté. C’est très facile de se faire piéger dans un truc et de ne plus pouvoir s’en échapper. Je me répète, mais c’est la marge qui m’intéresse. Je voudrais la fondre au sens propre. J’aime la culture liquide, quand elle coule comme une rivière. Quand on écrit en suivant ce principe, les mots dérivent tout seul et débouchent sur des significations différentes. Pour moi, ce qui compte, c’est de ne pas être bloqué dans une position où l’on croit fermement quelque chose, où l’existence se fige, sans mouvement.

On me parle souvent de William Burroughs. C’est amusant, car je n’ai pas lu grand chose de lui. Je pense que je suis arrivé à peu près aux même conclusions que lui en ce qui concerne l’expérimentation littéraire. Mais pour moi, ça vient vraiment de la musique, tout part de là. Nous sommes arrivés au même endroit. Par des voix différentes, sans doute.
J’ai toujours fait de la musique, je jouais de la basse dans des groupes punk. Maintenant, je travaille seul. Je m’amuse sur l’ordinateur. Je fais ma propre musique. Tranquillement.


A LIRE : Les critiques de Pixel Juice et NymphoRmation


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