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aux Ed. Moutons Électriques

 

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Première publication le 09/12/2006
Publié le 26/09/2009

Jennifer Morgue de Charles Stross

[The Jennifer Morgue, 2006]

REED. LIVRE DE POCHE, SEPT. 09
1ERE ED. AU ED. LE CHERCHE MIDI, 2006

Par K2R2

Nouveau chouchou de la SF découvert avec l’excellent Bureau des atrocités, Charles Stross ne cesse d’en promettre, mais tarde à confirmer tous les espoirs dont on ne cesse de l’accabler. Débordant d’imagination et initiateur d’une sorte de cocktail molotov délirant entre fantastique, espionnage et geekerie prononcée, Stross n’a pas toujours le talent d’écrivain à la hauteur de sa vitalité d’esprit, surtout lorsque la traduction n’est pas au rendez-vous.
Jennifer Morgue, suite du Bureau des atrocités, prouvera-t-il le contraire ?

(Note : cette chronique a été publiée lors de la parution initiale du roman, en grand format)


Bob Howard est un agent un peu spécial employé auprès de la Laverie, une agence gouvernementale ultra secrète qui ferait passer les gars du MI5 pour de gentils organisateurs de kermesses. La mission de la Laverie : protéger la Grande Bretagne des intrusions de puissantes entités métaphysiques qui ne rêvent que d’envahir notre monde. Et pour cela, il faut surveiller tous les joyeux félés prêts à utiliser le moindre théorème ou rite magique qui leur ouvrira la porte.
Les courses poursuites en voiture, les combats à main nue, les fusillades à coup de beretta, c’est pas vraiment le truc de Bob. Bob c’est le roi de la bidouille, le pape de la clé USB, l’as du PDA qui vous élabore un diagramme de protection occulte en trois coups de stylet. Confiez lui votre téléphone portable et il vous invoque dans la minute un basilic, à moins que vous ne préfériez taper la causette avec un démon de niveau 2.

L'édition française originaleCette fois, Bob joue dans la cour des grands, les services de la laverie l’envoient dans les Caraïbes afin de contrecarrer les plans machiévéliques d’un dangereux magnat de l’industrie informatique. Ce dernier n’a d’autre objectif que de s’emparer d’une arme occulte enfermée dans un sous-marin soviétique gisant par plusieurs milliers de mètres sous les eaux de l’océan. Bob devra infiltrer le yacht de ce dangereux mégalomane et trouver une solution pour faire échouer ses funestes desseins.

L’ennui, c’est que Bob n’est pas seul ; les services de la Chambre noire [l’équivalent américain de la Laverie] lui imposent une équipière, la très délicieuse Ramona Random, à laquelle il est très très difficile de ne pas succomber en raison d’un glamour à tomber raide [comprendre un enchantement de séduction extrêmement puissant]. Les choses se compliquent sérieusement lorsque les deux coéquipiers se retrouvent liés par un sort d’intrication qui ne pourra être levé qu’à l’accomplissement de leur mission.

"Tiens. (Il me lance un Zippo en Inox).
C’est une pièce d’antiquité, ne le perds pas. La Branche Prophétique dit que ça te rendra service.
Je ne fume pas. Quoi d’autre ?

Le truc habituel : il y a un lecteur de clé USB préchargé avec un kit d’intrusion réseau et d’analyse forensique aux deux bouts de ton noeud pap, un détecteur Wi-Fi, un clavier pliable dan ta ceinture de smoking, le stylo Bluetooth qui sert aussi de souris, et il y a un résonateur Tillinghast miniaturisé dans ton talon gauche."



Sea, sex and ..... téléphone portable

Ainsi pourrait-on résumer les ingrédients de ce « Jennifer Morgue ». Un sous-James Bond pour geek définitivement atteint, auquel il manque pourtant ce petit supplément d’âme qui rendait le premier volet des aventures de Bob Howard tellement sympathique.

Car le problème est bien là : la recette est sensiblement la même, mais l’alchimie ne fonctionne plus. Le petit fonctionnaire rebelle englué dans une administration ubuesque, où le pointage horaire est une religion et les notes de frais une affaire d’Etat frisant la paranoïa aigüe, ce petit fonctionnaire n’est plus ; remplacé par une sorte d’agent secret à la manque, incapable de tenir un flingue à l’endroit, aussi énergique qu’une moule après un week-end de braderie lilloise et aussi adroit qu’un parkinsonien en phase avancée de la maladie. Bob en agent de terrain affecté au service action est à peu près ausi crédible que George W. Bush en prix Nobel de la paix, ce qui aurait pu être drôle si Stross n’avait pas usé et abusé de facilités qu’on a un peu de peine à lui pardonner.
Heureusement, de l’humour, du recul et de la distanciation par rapport à ses personnages, Stross n’en manque pas , ce qui sauve ce roman d’un complet naufrage. Encore faut-il être un geek au stade avancé pour saisir l’humour de certaines situations.

"C’est une grande salle et comme il convient au quartier général d’un méchant, un mur est occupé par un grand écran inutilement démesuré montrant une carte des fonds marins sous l’Explorer. Il y a une multitude de consoles aux lumières clignotantes et une demi-douzaine de bérets noirs assis derrière des bureaux où ils déplacent un pointeur autour de schémas de principe sur une espèce d’appareil de dessin industriel géré par ordinateur. [...] Pour parfaire le tableau, il y a un méchant vêtu de l’immuable costume à col Nehru, qui pavoise à l’entrée et tient dans ses bras un félin excessivement languissant."


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Un roman bien trop long, à l’intrigue élastique et inutilement compliquée, aux personnages stéréotypés et aux qualités d’écriture toute relatives.

Un conseil, si vous n’avez pas encore lu Le bureau des atrocités courez chez votre libraire l’acheter...

...et laissez Jennifer Morgue moisir encore un peu dans les abîmes de l’océan littéraire.