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Prolifique Mojo

Né dans une famille modeste, Joe R. Lansdale embrasse le métier d’écrivain conformément à une tradition enracinée chez bon nombre d’auteurs américains : en exerçant une multitude de petits boulots – chercheur d’or, charpentier, plombier, fermier, employé dans une usine de chaises en aluminium, dans une autre de mobile home… La parution de son premier roman Act of Love inaugure en 1981 sa carrière littéraire à plein temps. Trente ans plus tard, Lansdale est devenu l’auteur fertile, sous son nom ou sous divers pseudonymes (Ray Slater, Brad W. Foster, Jack Buchanan), de plusieurs centaines de short stories, de novellas, de scénarii de comics (il est crédité pour trois épisodes de la série Batman : The Animated Series), et de plus de vingt-cinq romans dont si peu ont été traduits par chez nous. Enfant de la culture populaire américaine, il s’illustre dans ce que l’on appelle communément les mauvais genres : western, fantastique, science-fiction, épouvante à tendance gore, porno et roman noir. Si les parutions françaises de ses romans suivent les modes (ses premiers romans traduits, au début des années 1990, relèvent de l’horreur, alors que les suivants, à partir des années 2000, appartiennent quasi-exclusivement à la famille du roman noir), Lansdale n’a cessé d’aller d’un genre à l’autre, créant comme il le dit lui-même son propre genre.


Au cœur de l’inspiration de Joe R. Lansdale, on trouve sa patrie texane (l’East Texas plus précisément). Un État au climat chaud et poisseux, loin des clichés poussiéreux peuplés de cow-boys et de riches pétroliers. Le romancier en donne une version plus déjantée et moins joyeuse. Paupérisation, racisme et misère culturelle y sont le lot quotidien. Il dépeint ainsi le Texas comme une terre déshéritée, en s’attachant, non sans un certain idéalisme, à décrire la grandeur des petites gens attachées à leurs valeurs, tout en laissant s’exprimer la violence latente, celle des zones obscures, des angles morts de la culture américaine.
Bannissant tout préjugé, tout en incarnant une certaine idée des valeurs terriennes américaines, Lansdale cultive une ambivalence constante, à l’instar des deux héros de sa série fétiche, Hap Collins le démocrate généreux (mais bagarreur) et Leonard Pine le républicain bagarreur (mais généreux).
À cet héritage de la culture littéraire américaine, Lansdale associe dans ses histoires des ressorts de série B, de sous-culture : humour, étrangeté et absurde. Ses récits d’Horreur brillent par leurs déviances baroques : freaks, zombies, monstres bizarres, cannibalisme, sacrifices humains, sectes nazies, prédicateurs violents ; Lansdale ne semble jamais à cours d’idées fantasques.

Comme le veut la coutume actuelle, plusieurs des récits de cet aficionado des drive-in ont fait l’objet d’adaptations ou de projets d’adaptations cinématographiques et télévisuelles. Les deux plus notables, signées Don Coscarelli et auxquelles Joe R. Lansdale a fortement participé, ont tout simplement scotché leur auditoire, en transcendant leur condition de « série B ». D’abord, dans le film Bubba Ho-Tep, qui raconte l’affrontement dans une maison de retraite entre un toujours vivant et fringant Elvis Presley et une momie maléfique, Lansdale aborde la nostalgie du rêve américain, nostalgie qu’il met en perspective avec celle du cinéma de genre – un sentiment assez voisin en substance à celui des Marécages. Ensuite, dans Incident On and Off a Mountain Road, l’épisode d’ouverture de la série Masters of Horror et sans conteste l’un des meilleurs, Lansdale renouvelle avec un sens de la poésie inattendue le genre du survival pour en faire une critique et une contre-critique de l’auto-défense – une pratique qu’il enseigne dans son dojo [1].br br Lauréat du British Fantasy Award, de l’American Horror Award, de l’Edgar Award, du Bram Stoker Award (à six reprises) et du Grand Master Award en 2007 pour ses diverses contributions dans la fiction d’Horreur, Joe R. Lansdale appartient désormais à cette catégorie d’auteurs multi-primés qui n’ont plus rien à prouver et dont pourtant on guette avec impatience la parution du prochain roman.

Il vit actuellement avec son épouse Karen à Nacogdoches au Texas tandis que sa fille œuvre aussi dans la culture populaire américaine, comme chanteuse country…


Bibliographie sélective


Les premiers romans

Une fraction forcément impartiale des premiers romans de Joe R. Lansdale nous est parvenue. La Mort dans l’Ouest, Les Enfants du rasoir et Drive-in ne convainquent guère. On préfère recommander le recueil Texas Trip, publié dans une défunte maison d’édition dont on ne soupçonnait même pas l’existence : L’Incertain. Ce recueil de dix nouvelles, bien qu’inégales, vaut pour le panorama de l’œuvre de Lansdale qu’il propose, tant dans les genres (la poésie burlesque, le thriller ultra-violent, le roman noir… on y trouve même un western uchronique : Les Trains qu’on n’a pas pris) que dans les thématiques (les armes, la religion, le racisme, le sexe, les drive-in et le Texas). Quatre textes sortent du lot :

- « L’Éducation sentimentale » s’intéresse à l’alchimie de la rencontre entre deux mauvais garçons – de celle-ci découle une réflexion sur la violence : sur la fascination qu’elle exerce, sur le manque social qu’elle comble, sur sa capacité à s’auto-alimenter.

- « Derrière le pare-brise, l’enfer » dépeint une page de l’histoire américaine : celle des drive-in. Hommage instructif et amusant, où Lansdale conclut son texte en imaginant le sort des spectateurs d’un drive-in qui, soudainement coupés du monde, se retrouvent dans un univers parallèle en huis-clos où leur comportement « survivaliste » finit par plagier celui des séries B sanguinaires qu’ils regardaient.

- « Le soir qu’on a loupé le film d’horreur », en plus d’être drôle comme un bon bouquin de Lansdale peut l’être, décrit la soirée merdique de deux adolescents entre lynchages de nègres et snuff movies. Un texte annonciateur des romans noirs à venir.

- « Gare aux bonnes sœurs en petites culottes au fin fond du désert » est un western d’horreur apocalyptique où une épidémie foudroyante a transformé la quasi totalité de la population en morts-vivants, et où un chasseur de primes trouve maille à partir avec une secte baroque qui élève des zombies dans la foi sexuée de Jésus et de Marie-Madeleine, dans les ruines d’un Disneyland rebaptisé Jesusland et gardé par des bonnes sœurs en petites culottes armées de mitraillettes peu regardantes. Avouez que vous avez toujours eu envie de lire ça.

À côté, les autres romans ne valent donc pas la peine de chiner chez les bouquinistes.
Les Enfants du rasoir est une rallonge de la nouvelle « L’Éducation sentimentale », rallonge qui laisse dubitative, puisque, à ses bad boys, Lansdale oppose un jeune couple bienveillant qui triomphera vaillamment dans ce thriller pour femmes enceintes à la Koontz. Dommage, car les archétypes de la violence décrits dans le roman sont à point.
Drive-in est quant à lui une rallonge de « Derrière le pare-brise, l’enfer ». Lansdale délaye sa nouvelle sans conviction, en ajoutant cependant un ennemi mémorable : le dieu du pop-corn. Si l’ensemble est plaisant et assez délectable, le roman manque d’une réelle finalité. Notons que Lansdale a développé l’aventure du Drive-in dans deux séquelles dont le peuple français est injustement privé : The Drive-in 2 : Not Just One of Them Sequels et The Drive-in : The Bus Tour. L’occasion de rappeler que Lansdale est le meilleur créateur de titres du monde.
Pour finir, on déconseille carrément La Mort dans l’Ouest qui, à partir d’un pitch pourtant prometteur (un révérend pistolero face à une armée de morts-vivants éveillés suite à une malédiction indienne), ne génère qu’un vague ennui tant l’intrigue est convenue et poussive, et même pas drôle. À réserver aux amateurs de Christopher Moore, peut-être…


Les Nouvelles

Si la traduction de l’œuvre romanesque de Lansdale reste parcellaire, sa production de nouvelles est quant à elle réduite à la portion congrue. En effet, seules huit d’entre elles ont fait l’objet d’une édition française, qui plus est au sein d’ouvrages pour la plupart épuisés à l’heure actuelle…

  • « Le Dieu du rasoir » (publiée dans le n°13 de la revue Ténèbres) est un exercice de style classique mais très efficace sur le thème de la possession et de la maison hantée. Rien de très original mais un beau moment d’atmosphère.
  • « À tombeau ouvert » (publiée dans le troisième volume des Territoires de l’inquiétude) confronte un vieux couple qui souhaite en finir, à la mort venue chercher l’un des deux au volant de sa rutilante voiture. Une nouvelle très touchante, à la fois romantique et résolument optimiste malgré son thème.
  • « Rencard au drive-in » (publiée dans Au seuil des ténèbres) voit deux potes discuter de leurs conquêtes féminines respectives. Le texte démarre a priori dans la banalité la plus totale pour basculer dans l’ignoble dès que le lecteur a saisi toute l’horreur de la situation. Une magnifique réussite.
  • « Petits points de suture dans le dos d’un mort » (publié dans Ombres portées) reste probablement à ce jour la plus belle nouvelle de l’auteur publiée en français. Dans un futur post-apocalyptique, un couple s’aime et s’affronte sur fond de paysage nucléaire et de mutations. Les remords et la culpabilité de l’un et la vengeance de l’autre vont précipiter leur fin. Ce superbe mélange de poésie, d’esthétique et d’horreur est un véritable chef d’œuvre et mériterait grandement une réédition. Superbe mais éprouvant.
  • « Un été de chien » (publié dans 999) est le seul texte traduit ayant reçu un prix relevant de l’imaginaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce prix est plus que mérité. Pourtant, l’anthologie d’Al Sarantonio ne manque pas de perles. Le synopsis rappellera immédiatement aux habitués de Lansdale quelques souvenirs : le texte est à l’origine du roman Les Marécages. Un homme en fin de vie dans un hospice se souvient des terribles événements qui ont bouleversé sa vie. Nous replongeons dans les années 1930, dans un Texas trop pauvre pour être ravagé par la Dépression. Notre héros peut être fier de son père. Outre que l’homme se démène dans plusieurs boulots pour faire vivoter sa famille, il est le seul à ne pas être raciste, considérant les Noirs comme des êtres humains et non comme des criminels qu’il convient de lyncher préventivement. Un soir, perdu dans les bois avec sa sœur, ils trouvent un cadavre atrocement mutilé. Il en parle à son père, le seul à s’intéresser à cette affaire : qui d’autre peut donc se soucier du cadavre d’une prostituée noire ? Le problème, ce n’est pas que les victimes s’accumulent, mais que leur peau s’éclaircisse. Quand une blanche est retrouvée mutilée et assassinée, rien ne va plus, sauf les bons vieux lynchages sudistes. Et ce n’est pas le folklore local, parlant d’un homme-bouc vivant dans les bois, qui détournera la haine meurtrière de la populace...
    Lansdale, une fois encore, règle son compte au Texas. Mais il va bien au-delà. Son histoire est empreinte d’une nostalgie poignante, celle d’un homme qui sait sa fin proche, et revient sur cet événement capital de sa vie. Le retour dans le passé n’est donc pas seulement l’occasion de taper sur un État pauvre, étriqué et raciste. C’est avant tout l’exutoire d’un homme qui, pour oublier la peur de la mort, redécouvre ses peurs d’enfant. Comme toujours, l’ambiance est moite à souhait, l’histoire est glauque et touchante, avec un petit quelque chose de Bradbury et de Sturgeon. Le texte justifie pleinement l’achat du livre, mais il est loin d’être le seul, et bien d’autres auraient mérité un prix, tels ceux de Thomas Disch ou Joyce Carol Oates.


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Tape-cul de Joe. R. Lansdale

[Rumble Tumble, 1998]

Série fétiche de Joe R. Lansdale et locomotive de ses parutions françaises, les aventures de Hap Collins & Leonard Pine sont désormais raisonnablement accessibles en poche ; l’occasion de dire tout le bien que l’on pense de cette saga et de son auteur.

 

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Les Enfants du Rasoir de Joe R. Lansdale

[The Nightrunners, 1987]

Becky et Monty formaient un petit couple sans histoire. Des bourgeois libéraux, altruistes et pétris de principes progressistes. Jusqu’au jour où leur existence tranquille croisa la trajectoire nihiliste de la bande à Clyde ; un groupe de jeunes délinquants obsédés par la barbarie et appliquant sans vergogne une version fascisante du surhomme nietzschéen.

De quoi pourrir sévèrement un week-end à la campagne. De quoi aussi broder un honnête roman de gare comme le démontre Joe R. Lansdale.

 

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Sur la ligne noire de Joe R. Lansdale

[A fine dark line, 2003]

Du haut de ses treize ans, Stanley Mitchel reste encore bien ignorant de la complexité et des perversités de l’existence. Les vacances d’été, en plein cœur de son Texas natal, font brusquement basculer le gamin dans le monde des adultes et l’initient à bien des secrets.
Au cœur de cette révolution, un paquet de vieilles lettres d’amour découvertes au cours d’un jeu par son chien Nub. Des lettres écrites des années plus tôt par une jeune fille de quinze ans, Margret, découverte sauvagement assassinée au cours d’une nuit tragique dans la ville de Dewmont.
Le jeune Stanley et sa grande sœur Callie se mettent alors en tête de résoudre ce crime et déclenchent bien malgré eux une cascade d’événements sanglants.

 

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Un froid d’enfer de Joe R. Lansdale

[Freezer burn, 1999]

Bill Roberts est dans la merde : sa vieille mère, qui pourvoyait à ses besoins, vient de décéder. Pour éviter de se retrouver sans le sou, il cache le fait - et le corps par la même occasion.
Mais voilà, un cadavre (fut-il celui de sa mère), au bout de quelques jours, ça commence à puer sévère. Que faire ? Réaliser un petit braquage sans danger avec un pote, histoire de récupérer un peu de blé ? L’ennui, c’est que pote en question se révèle un cinglé de la pire espèce…

 

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Juillet de sang de Joe R. Lansdale

[Cold in July, 1989]

Abattre un homme en pleine nuit dans sa maison, même en état de légitime défense, a de quoi secouer franchement n’importe quel chef de famille débonnaire.
Conformément au cliché couramment répandu, Richard Dane est un bon père et un mari aimant. Citoyen respectueux de la loi, il n’a jamais franchi cette ligne blanche mentale, séparant le bon grain de l’ivraie ; l’individu intègre de la canaille dépourvue de toute moralité. La secousse qui ébranle sa paisible existence a donc de quoi le marquer profondément. Mais rien que le temps ne puisse estomper peu à peu. On s’habitue à tout, aux mauvaises habitudes comme aux souvenirs traumatisants. Et puis, on oublie. Mais, la victime de Dane a elle aussi un père. Un truand notoire qui vient justement de sortir de prison, résolu à renouer avec son fils…

 

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Les Marécages de Joe R. Lansdale

[The Bottoms, 2000]

Dans une maison de retraite, Harry survit, un tuyau dans la queue, dans l’attente du prochain repas ou de ce qu’on lui servira. Le temps passe lentement et dévore le peu d’énergie vitale animant son corps décati. Ne lui reste plus que les souvenirs d’une vie bien remplie.
À plus de 80 ans, Harry n’a pas à rougir d’une existence entière passée dans le respect des principes inculqués par ses parents. Et comme bien souvent en ces circonstances, lorsque la fatigue se fait inexorable et que le poids de l’âge s’abat sur sa carcasse comme un cheval mort, des bouffées de son enfance lui reviennent en mémoire, en particulier un épisode déterminant vécu durant les années 1930.

 

Olivier Tallis Ubik Arkady Knight


NOTES

[1] Il a créé son propre art martial le Shen Chuan, un système d’auto-défense qui emprunte à l’Aikido, à l’Hapkido, au Ju-Jitsu et au Kenpo.