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Installé depuis une bonne dizaine d’années dans le paysage de l’imaginaire francophone, Johan Heliot s’offre une fin d’année chargée. L’occasion de revenir avec lui sur son parcours d’auteur exemplaire.


Deux romans jeunesse, un roman adulte, le tout en quelques semaines, vous vous lâchez ?

Quelques semaines séparent ces trois parutions, certes, mais le tout représente environ un an d’écriture. Il se trouve ensuite que les éditeurs aiment bien la période printanière pour sortir leurs bouquins, d’où cet effet d’accumulation – qu’on me reproche parfois d’ailleurs. Et ça ne risque pas de s’arranger à la prochaine rentrée, puisqu’arriveront alors pas moins de quatre nouveaux titres, entre septembre et novembre tout de même, tous en jeunesse par ailleurs... C’est je crois l’illustration de la formidable liberté du moment qui autorise les plus prolifiques d’entre nous à se disperser entre projets et maisons supposément concurrentes, cela durera ce que ça durera, mais pour lors, donc, oui, on se lâche, et vous savez quoi, ça fait plutôt du bien !

Ordre Noir s’intéresse à l’uchronie, à la falsification historique, deux thèmes qui vous sont chers ?

Dans la mesure où près de la moitié des mes bouquins y sont consacrés, je crois que la réponse est évidente. Je suis venu à l’Histoire en poursuivant des études pour retarder le plus possible mon entrée dans le monde merveilleux du travail, et j’ai attrapé le virus. J’ai peu à peu compris que la façon dont on écrit l’Histoire officielle est elle-même une falsification dans le sens où elle correspond à l’idéologie dominante du moment, et ne demande qu’à être révisée par la génération suivante de chercheurs et historiens. Je considère l’uchronie, outre son évident aspect ludique, comme l’exercice fictionnel équivalent parfaitement à cette pratique. De plus, il permet de s’affranchir de la rigueur du roman historique, un peu pesante à mon goût. Je citerai ici, quitte à passer pour pédant, notre bon Dumas, quand il disait qu’on peut se permettre de violer l’Histoire pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants !

Au Cafard, on est très mauvais, on vous avait découvert avec Obsidio (chez « Lunes d’Encre »), et pas du tout avec votre désormais classique La lune seule le sait (chez Mnémos). Comment jugez-vous vos premiers écrits, aujourd’hui ?

J’aime quand vous battez votre coulpe ! Mais en réalité, Obsidio réunissait les deux premiers courts romans que j’aie jamais écrits, et qui lorgnaient du côté du polar et du fantastique, avant de me réorienter vers la SF et l’uchronie. Les hasards de l’édition ont fait qu’ils sont parus chez Denoël après mes deux premiers titres chez Mnémos, au moment où ma réputation d’auteur uchronique était faite. Je conserve une grande tendresse pour le drôle d’objet en forme de recueil qu’est Obsidio, dont une partie de la noirceur se retrouve aujourd’hui dans Ordre Noir. Quant à mon « classique », il me colle à la peau un peu comme le sparadrap du capitaine Haddock, et il m’arrive parfois d’en avoir marre d’être toujours, dix ans plus tard, considéré comme un auteur spécialiste du steampunk pour l’avoir produit. De façon plus pragmatique, je le trouve un peu boursouflé ici et là et je l’écrirais aujourd’hui de façon plus nerveuse sans doute. Mais c’est, parmi ma production adulte, l’ouvrage qui s’est le mieux défendu et continue encore de le faire, au bout de quatre éditions différentes (deux en grand format, deux en poche) – une cinquième en omnibus du cycle complet de la lune étant en préparation par ailleurs...

Vous faites partie de cette éternelle (et plus si jeune) jeune génération d’auteurs francophones. C’est un peu fatigant, non ?

Je vais fêter mes quarante ans cet été, et mes dix ans de publication (je parle seulement des romans), donc je souscris tout à fait à cette vision des choses ! Non qu’il me déplaise d’être encore et toujours présenté comme un « jeune auteur », mais après trente-six ou sept bouquins, je ne prendrais pas mal de n’être plus qu’un auteur parmi d’autres. Je crois cela dit que les choses sont enfin en train d’évoluer avec l’arrivée de la nouvelle génération (Niogret, Beauverger, Gessler, Rozenfeld et les autres) qui va hériter de l’étiquette pour les prochains dix ans à venir...

Parlons jeunesse, justement (mort aux vieux). Comment se passe la transition du Heliot adulte vers le Heliot jeunesse, et vice-versa ?

Je résiste pour l’instant à la schizophrénie, mais pour combien de temps encore ? En fait, chaque projet d’écriture implique une approche qui lui est propre au niveau du traitement (disons le style pour faire simple), pas tant en fonction du public visé (ça, c’est l’affaire de l’éditeur, libre à lui d’indiquer des tranches d’âge ou pas) que du thème abordé. Je me suis très vite rendu compte que mes bouquins adultes sont lus par certains ados et vice-versa (« Autres Mondes » est l’exemple type de la collection jeunesse aussi lue par nombre d’adultes). Alors je ne me pose surtout pas la question de savoir qui sera mon lecteur. Les directeurs / trices de collection sont payé(e)s (peu) pour éventuellement corriger le tir.

Un point revient dans tous vos livres (ceux qu’on a lus, avouons-le) : les références littéraires, ciné, historiques... Par exemple, dans Ados sous contrôle, vous proposez dans la postface une passerelle vers Dick (Minority Report, en l’occurrence). Quant au robot qui gère la maison de l’héroïne, il s’appelle HAL... Un commentaire ?

J’avoue céder à cette facilité du clin d’oeil quand ce n’est pas de la private joke... Mais jamais au détriment de l’intrigue, du moins je n’ai pas l’impression. Je crois qu’en science-fiction, plus que dans tout autre genre, on construit ses histoires à partir des pièces usinées par ceux qui nous ont précédés. Alors on leur rend la monnaie des dites pièces dès que l’occasion se présente ! J’ai été fortement influencé par la télé et le ciné dans ma prime jeunesse et cela rejaillit aujourd’hui dans mes textes. Pour rester sur l’exemple de Ados..., le bad guy s’appelle Patrick (désolé) Drake et retient l’héroïne prisonnière d’un drôle de village... Ca devrait rappeler quelque chose aux plus vieux d’entre nous (car je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans, etc) !

Même principe pour La lune n’est pas pour nous (celui-là, on l’a lu, mais plus tard), où l’on trouve quantité de références et de clins d’oeil. Vous avez un truc pour réussir à tout sortir avec verve, sans tomber dans le travers de l’auteur-pénible-qui-fatigue-avec-ses-références-ultra-ciblées ?

Là, on parle d’une uchronie, sous-genre par excellence ultra-référencé. Je me suis vraiment lâché dans celle-ci, puisque j’y ai fourgué aussi bien mon admiration du cinéma français d’avant-guerre (certains scènes sont tirées de La Grande Illusion) que mon intérêt pour l’histoire des sciences plus ou moins déviantes (les projets fous de certains nazis) et tout un tas d’autres choses encore. Le projet imposait à la base l’accumulation, et je peux comprendre que cela ait généré un effet de trop-plein. C’est le risque, et la limite, de l’exercice, s’il n’est pas sous-tendu par une intrigue maîtrisée. Mais le cycle de la lune est à part de mes autres uchronies plus sérieuses, comme Ordre Noir...

Parlez-nous un peu plus de cette rentrée chargée que vous évoquiez plus haut. Qu’est-ce qui s’annonce ?

D’abord le tome 2 de la série Le Tempestaire, chez Baam !, dès septembre, qui s’intitule Les Flibustiers du vent – c’est toujours de la fantasy plus ou moins historique. Puis le premier volet des aventures de Nada Solstice, L’avaleur de talent, destiné aux plus jeunes, chez Gründ – une sorte de fantastique steampunk ? Ensuite une fantaisie uchronique en forme de variation martienne, La guerre des mondes n’aura pas lieu !, chez Mango, et enfin le dernier tome de la trilogie La Quête d’Espérance chez l’Atalante, là c’est de la pure SF. Et en 2011, je reviens à nouveau vers la littérature adulte et de science-fiction, mais je n’en dirai pas plus...

Question bête en passant, que pensez-vous de la littérature « à message » ? On sent que vous vous y ralliez parfois, mais ce n’est pas systématique. C’est un procédé plutôt orienté jeunesse, non ?

Plutôt que de message, je préfère parler de convictions. Certains de mes textes sont en effet orientés, politiquement, écologiquement, on comprend assez facilement quelles sont mes opinions, mais j’essaie d’éviter la leçon de morale. Je crois que toute littérature est engagée à plus ou moins haut degré, en jeunesse comme ailleurs. Toutefois, le message ne précède pas l’intrigue, l’histoire doit toujours primer – sinon, autant rédiger un pamphlet ou un manifeste. Les personnages ont des opinions, qu’ils expriment ou qu’ils démontrent dans leurs actes, mais elles ne sont pas systématiquement celles de l’auteur non plus. On m’a collé l’étiquette « anarchiste » ou « libertaire » après La lune seule..., dont je n’ai pas honte, mais ce n’est pas la réalité : la confusion a joué entre les aspirations de mes héros et les miennes, moins caricaturales j’ose l’espérer ! Enfin, je ne crois pas qu’un texte jeunesse nécessite par nature la diffusion d’un message, c’est même une forme de condescendance envers le jeune public que de le penser, à mon avis. Informer sur certaines réalités du monde, même par le prisme de l’anticipation, oui, mais dire quoi penser, les jeunes lecteurs n’en ont pas besoin.

Revenons aux références. On sent Herbert, Dick, Verne (bien sûr), mais quid de la littérature de l’imaginaire contemporaine ? Vous lisez quoi, de vos collègues ?

Bon, alors profitons-en pour quelques révélations fracassantes : je n’ai jamais lu Herbert, et très peu Verne (et pas ses romans les plus célèbres, que je connais surtout pour leurs adaptations ciné et télé !). Dick, oui, en revanche. Je lis essentiellement des romans noirs (en gros, je suis fan de la nouvelle orientation de la « Série Noire » depuis l’arrivée d’A. Masson aux commandes – je me réjouis à ce titre de la parution prochaine d’un nouveau Di Rollo, auteur que j’admire, voilà c’est dit !), des ouvrages historiques autour de la Seconde guerre mondiale et des romans jeunesse (Colin, Noirez et quelques autres – Christophe Lambert, en jeunesse comme pour adulte). Pour la SF, je papillonne d’une collection l’autre (« Lunes d’Encre », « Interstices », « Ailleurs & Demain »...). Mes auteurs favoris ces derniers temps sont du genre Joe Lansdale, Don Winslow, Ken Bruen, Jason Starr, Stephen Hunter, David Peace, Carl Hiaasen... donc pas vraiment SF/F.

Vous ne vous êtes jamais positionné (à notre connaissance) sur l’éternel débat de la SF, sous-genre, étiquette, non-SF, méta-SF etc. On voit en vous un écrivain de genre qui s’assume. On a raison ? Avez-vous vu évoluer la SF (au sens large) depuis que vous avez pris la plume ? Que signifie le genre pour vous ? C’est vrai que ça fait beaucoup de questions...

Oui, hein ? Bon, je vais essayer de me dépatouiller avec ça ! Je ne suis pas un connaisseur, encore moins un historien ou un exégète de la SF. Donc, je me fous de savoir comment elle évolue, ce qu’elle est ou ce qu’elle sera demain. Je me présente comme un auteur de genre qui a trouvé avec la SF mais aussi la fantasy ou le fantastique les moyens les plus efficaces et amusants d’écrire ses histoires. Cela dit, je ne peux m’empêcher de faire certains constats, dont celui-ci : étiqueter un bouquin SF a plutôt tendance à faire fuir le lecteur, alors que le grand public ingurgite pas mal de SF sans le savoir (ou vouloir le savoir ?) quand il lit Houellebecq ou même certains Nothomb. Il y a donc un problème dans le positionnement des collections de genre et pas dans le genre lui-même. Mais je sais que les responsables de collections, du moins certains, réfléchissent à la question et tentent d’apporter des solutions – je pense à ce que fait Gilles Dumay en publiant hors « Lunes d’Encre » quelques titres récents, qui gagnent du coup en visibilité publique et critique. L’avenir dira s’il a eu raison, mais en tout cas la démarche est la bonne. Il n’y aucune raison pour que la SF ne puisse accéder à la reconnaissance dont a bénéficié le polar par exemple. Mais c’est le boulot des éditeurs d’aller chercher le public, pas celui des auteurs.


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