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D'AUTRES AUTEURS


Jeune prodige de la sf des années 80, répéré alors qu’il n’a pas encore 25 ans, primé et salué par la critique, Emmanuel JOUANNE n’aimait pas la facilité. Engagé, attiré par l’expérimentation, caractériel, il a conquis un public qu’il a ensuite délaissé, s’est fait beaucoup d’ennemis et autant d’admirateurs, avant de s’effacer du paysage éditorial.
Il a eu la très mauvaise idée de nous quitter en février 2008, juste avant son 48ème anniversaire, et nous avons une pensée pour lui au moment de publier cette fiche auteur, en espérant donner envie aux lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux de découvrir son œuvre étonnante et enragée.


Né en Normandie, il part vivre dans le Var suite au remariage de sa mère. Ses relations difficiles avec son beau-père l’envoient en pensionnat... puis il retourne au Havre pour se lancer dans des études de maths et de philo. Tout en prenant la plume, bien décidé à en vivre.
Marqué par le surréalisme et la science-fiction, il s’oriente naturellement vers la SF, mais va rapidement s’imposer comme un auteur radicalement anticonformiste.
Il publie des nouvelles dans diverses revues, comme Univers et Fiction. On le remarque notamment pour la longueur délirante des titres de ses nouvelles, tels que : Quand le cancer fera de toi une forteresse, voisin, sauras-tu retrouver la douceur de tes paysages et la naïveté des dessins de ton enfance ? ou Si vous balbutiez encore dans votre tombe de pierres, pensez et priez, et peut-être les vivants découvriront-ils des limites au camp !

En 1982, à 22 ans, il publie son premier roman, Damiers imaginaires [Présence du futur] et remporte le Prix Rosny ainé. L’année suivante, il publie Nuage chez Ailleurs & demain, et devient ainsi le plus jeune auteur publié par Gérard KLEIN. Il remporte cette fois le prix Galaxie. Puis il enchaîne avec Ici-bas, et remporte le Prix Rosny. Il fait figure d’étoile montante de la SF française.

Qu’il s’agisse de roman ou de recueil, de SF ou de polar, il publie alors au moins un livre par an, jusqu’à la fin de la décennie. Il développe un style toujours en recherche de nouveautés formelles, et évolue dans le surréalisme autant voire davantage que dans la SF. Ceux qui aiment appelle ça de l’audace, mais tout le monde n’aime pas. Il exerce également ses talent de critique dans Fiction et entame une carrière de traducteur.

Son premier polar, Tuez un salaud [1986] et écrit en collaboration avec Yves FREMION, sous le pseudonyme sans équivoque de Colonel DURRUTI [1]. Le roman, dédié à Jacques MESRINE, inaugure le cycle du Soviet, qui comptera en tout quatre romans. La tonalité profondément libertaire et totalement subversive l’inscrit dans la filiation de Jean-Patrick MANCHETTE, Jean AMILA et Pierre SINIAC.

Les années LIMITE

Membre fondateur du groupe Limite, à il en devient l’un des théoriciens majeurs. Outre JOUANNE, Limite compte aussi dans ses rangs Francis BERTHELOT, Antoine VOLODINE, Jacques BARBERI, Frédéric SERVAT, Jean-Pierre VERNAY et Lionel EVRARD.
Il participe à la rédaction de l’anthologie manifeste : « Malgré le monde », qui parait en 1987. Ils veulent en finir avec la sf de papa. Ni space opera, ni sf politique. C’est à la forme elle-même qu’il faut s’en prendre ! Il faut ouvrir de nouveaux horizons à la littérature, qui feront les belles heures des transfictions. Le recueil se singularise par le fait qu’aucun texte ne soit signé. On ne sait donc pas qui a écrit quoi. La polémique éclate aussitôt dans le landernau de la SF française. Le groupe est accusé d’être trop littéraire, au point d’être illisible, trop formaliste pour être intéressant. Francis BERTHELOT en profite néanmoins pour remporter le GPI pour sa nouvelle Le parc Zoonirique. Malgré un certain succès critique, notamment auprès de Philippe CURVAL, le groupe se sépare l’année suivante.

En même temps que Malgré le monde, Emmanuel JOUANNE publie son premier - et unique - recueil solo, Cruautés.

Malgré la séparation de LIMITE, l’année 1988 est un peu l’année prodigieuse pour Emmanuel JOUANNE. Il publie en effet 3 romans ! Le rêveur de chats, qui inaugure le cycle Terre en phases, et dont l’accueil critique est dithyrambique. Rêve de chair, un roman gore qui est une sympathique pochade coécrite avec le bouillonnant Jacques BARBERI. Et enfin L’âge de fer, publié dans une éphémère collection dirigée par Joël HOUSSIN. Ce dernier sera intégralement repris sept ans plus tard dans L’hiver, aller et retour, dont il constituera la première partie.

Après la publication du deuxième volume de Terre en phases, l’année suivante, JOUANNE s’enferme dans un long silence. Suite à des difficultés personnelles, il se retrouvera un temps SDF à Paris, ce qui lui inspirera un de ses derniers livres publiés, L’inconnu dans la ruelle [1999].
Les années 90 sont donc assez dures pour le jeune prodige, qui publie néanmoins quelques textes, dont le dernier Colonel DURRUTI, et surtout pas mal de traductions [de Philip K. DICK, de WOMACK, ainsi que des titres de la mythique Série noire].

JOUANNE publie son dernier texte en 2006, dans la nouvelle anthologie de LIMITE, Aux limites du son. C’est également en 2006 que parait le numéro 43 de Bifrost, qui lui est en bonne partie consacré.

Fatigué par un cancer dont il était sorti guéri, Emmanuel JOUANNE est mort assez soudainement en février 2008, de complications diabétiques.


BIBLIOGRAPHIE CHOISIE


Du coté de l’œuvre...
Signalons tout d’abord qu’elle est peu rééditée, et qu’elle gagnerait énormément à l’être ! Membre de LIMITE, féru de surréalisme, Emmanuel JOUANNE est certainement avec Jacques BARBERI et Antoine VOLODINE l’un des auteurs français de SF qui aura été le plus loin dans l’expérimentation.
Il a malgré tout su rester accessible au grand public. Si on devait oser une comparaison, on le rapprocherait plutôt de René CREVEL, et de son génial Etes-vous fou ? en particulier. On retrouve cette même volonté d’en finir définitivement avec le roman à l’ancienne, avec un début, un milieu et une fin. Tout est fou, délirant, foisonnant, explosif même.
Chaque livre d’Emmanuel JOUANNE est un voyage. Certains le trouveront ennuyeux, d’autres formidables. Essayez, histoire de vous faire un avis.


Damiers imaginaires
[1982, Prix Rosny Aîné]
Les deux héros sont amis et voisins. Ils habitent chacun un paisible pavillon en banlieue. Sauf qu’ils sont aussi les pions d’un jeu qui leur échappe totalement.
Aussi, quand le jeu va devoir les séparer, ils ne l’entendront pas de cette oreille, bien décidés à en connaitre le pourquoi du comment. C’est-à-dire les règles du jeu, celles-là même que personne ne connait... Premier roman et heureux présage. Car sans révolutionner la sf, « Damiers imaginaires » n’en est pas moins un chouette bouquin qu’on lit avec plaisir. De la jungle ballardienne à NIETZSCHE et Marylin MONROE, le voyage ne sera pas de tout repos !

Nuage
[1983, Prix Galaxie]
Foyer, doux foyer est un vaisseau qui passe à coté de la planète Nuage. Un message informe aussitôt notre vaisseau : « Petite planète sans/intérêt touristique. S’y attarder serait ridicule ». Puis Nuage projette des tonnes de confiserie dans l’espace, et fait apparaitre à sa surface une fête foraine ! Le vaisseau en péril est contraint de s’y poser. Dès lors, tous les membres de l’équipage vont se retrouver sur un monde totalement fou. Mais la vraie question est de savoir si, au milieu de toutes les épreuves et les pièges que Nuage réserve à l’équipage, le capitaine Washington arrivera à séduire la très jeune Prune. Roman délirant, échevelé, « Nuage » revisite le planet-opera sous le cousinage de John VARLEY. Tous les personnages, sauf Prune, portent un nom de capitale. La relation entre Washington et cette dernière est accessoirement un beau clin d’œil à Lewis CARROLL, autre ombre tutélaire de « Nuage ». « Nuage » est souvent considéré comme le meilleur roman de JOUANNE. Il est assurément une très bonne porte d’entrée dans l’œuvre jouannesque. Je lui préfère néanmoins « Ici-bas ».

Ici-bas
[1984, Prix Rosny Aîné]
Voici probablement le roman le plus déjanté de l’auteur.
Imaginez une Terre où les femmes ont disparu, remplacées par les monsieurs. A ceci près qu’il n’y a plus de sexualité. Où les enfants sont vendus à l’âge de 10 ans. Car s’ils ne sont pas vendus, ils passent à la casserole. Où tout le monde vit dans des immeubles qui ont des formes d’objets, allant du rasoir à la sucette... Il se trouve donc que notre Mister a gagné à une loterie. Ce qui est logique, puisqu’il n’y a pas joué. Et non content de gagner, il remporte même le gros lot : une femme !
Comme dans La dimension des miracles, l’impérissable chef-d’oeuvre de Robert SHECKLEY, on se soucie d’amener le gagnant au lot, mais surtout pas de son retour !
C’est donc accompagné d’un improbable comédien que notre Mister va essayer de rentrer chez lui. Il fera au passage la connaissance d’une terroriste qui se sert des mots, vivra tout un tas d’aventures absolument délirantes. Mais tout cela n’est pas bien grave car : « Un livre est faux d’un bout à l’autre, n’est-ce pas ? Que je sache, ça n’a jamais empêché personne d’éprouver des émotions en le lisant. »

Dites-le avec des mots [1985] et Cruautés [1987]
Alors les nouvelles.... Comment dire ?
JOUANNE est un auteur singulier en général, et dans ses nouvelles en particulier ! On notera tout d’abord sa propension à mettre en scène des personnages réels, comme NIETZSCHE et CASANOVA. Son goût des images, également, qui rappelle beaucoup la poésie d’André BRETON. A mi-chemin donc, entre la nouvelle et le poème en prose, ses textes courts sont une expérience à tenter pour ne pas mourir idiot !

Rêve de chair
[1988, coécrit avec Jacques BARBERI]
Il s’agit d’un gore, écrit en une semaine avec visiblement une grande complicité et un grand plaisir. L’histoire est celle d’un Allemand, fasciné par le supplice chinois des 100 morceaux. Il va donc ressusciter un cuisinier chinois, et déclencher une série de meurtres particulièrement atroces.
Délirant, joyeux, mais pas inoubliable, Rêve de chair est un livre qu’on lit néanmoins avec grand plaisir.

Le rêveur de chat [1988] et La trajectoire de la taupe [1989]
Il s’agit des deux premiers tomes d’une série qui devait en comporter 3 puis 4. Oserait-on parler de cyberpunk à la sauce JOUANNE ? Il faut dire que l’on y retrouve de nombreux points communs. A commencer par l’informatique (les Anes), le délitement des Etats (remplacés par les Communes, groupes affinitaires). Par contre, nous sommes loin de la noirceur des cyberpunks. Nous avons plutôt une véritable ode libertaire qu’un chaos politique et une économie dominée par les multinationales. Le rêveur est un nouvelliste. Il réécrit les informations, pour en accentuer le coté délirant. Véritable star, il est jalousé par Cavendish. A coté de cela, vous avez Afverdson, un homme tronc destiné à devenir astronaute. Et puis Ariane, la femme-chat qui transforme tout ce qu’elle touche en bois, à commencer par Notre-Dame ! Le rêveur de chat va mourir au début du second tome, laissant le champ libre à Cavendish. C’est aussi dans ce tome que l’on verra Afverdson se détourner de l’espace pour partir au centre de la Terre. Voici donc un très bref apperçu de cette série, qu’il est fort difficile de résumer. Précisons également que les tomes ne sauraient se lire de façon indépendante. Elle constitue néanmoins l’un des sommets de l’œuvre d’Emmanuel JOUANNE, et probablement son livre le plus science-fictif ave « Nuage » et « Damiers imaginaires ».

L’âge de fer [1988] et L’hiver aller et retour [1995]
Néon est un cambrioleur, il vit avec Eau. Un jour, il bouscule une femme et elle se venge immédiatement. Elle le fixe dans un cocon de barbe-à-papa à un panneau de signalisation. Il s’agissait de sa première rencontre avec le Docteur Fer. Il va alors tenter de retrouver sa trace. Pour se faire, il fera appel à un ami informaticien et hacker. Une fois l’adresse en poche, il va monter un raid chez le Dr. Fer en faisant appel à son ancienne équipe. Sauf que la maison en question est plutôt bien protégée...
Il ne s’agit là que de la première partie, véritable bonheur d’humour noir, d’inventivité délirante et déjantée. La seconde met en scène le hacker. Elle n’apporte rien, si ce n’est de l’ennui. Et c’est vraiment dommage.


> A VOIR AUSSI : Bifrost N°43 [2006]
Signalons ce n° Spécial de la revue Bifrost consacré à Emmanuel JOUANNE. Comme c’est la règle, on trouve ici une excellente nouvelle, une interview menée de main de maître, et une bibliographie complète.


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Olivier


NOTES

[1] Buenaventura DURRUTI est l’une des figures marquantes de l’anarchisme espagnol. Il est mort dans des circonstances troubles, à Madrid, le début 1936, pendant la guerre d’Espagne.