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Publié le 15/05/2007

Juillet de sang de Joe R. Lansdale

[Cold in July, 1989]

ED. FOLIO/POLICIER, MAI 2007

Par Ubik

Abattre un homme en pleine nuit dans sa maison, même en état de légitime défense, a de quoi secouer franchement n’importe quel chef de famille débonnaire.
Conformément au cliché couramment répandu, Richard Dane est un bon père et un mari aimant. Citoyen respectueux de la loi, il n’a jamais franchi cette ligne blanche mentale, séparant le bon grain de l’ivraie ; l’individu intègre de la canaille dépourvue de toute moralité. La secousse qui ébranle sa paisible existence a donc de quoi le marquer profondément. Mais rien que le temps ne puisse estomper peu à peu. On s’habitue à tout, aux mauvaises habitudes comme aux souvenirs traumatisants. Et puis, on oublie. Mais, la victime de Dane a elle aussi un père. Un truand notoire qui vient justement de sortir de prison, résolu à renouer avec son fils…


Cet argument de départ — somme toute classique — entraîne assez rapidement le lecteur sur une fausse piste. On croit lire une énième variation sur le thème de la vengeance rythmée à la manière d’un thriller, et c’est en fin de compte une autre histoire qui se dévoile. Par sa thématique, on peut rapprocher Juillet de sang des Marécages, même si le réalisme cru remplace la tonalité légèrement fantastique et empreinte d’une forte dose de nostalgie du petit chef-d’œuvre de Joe R. Lansdale.

Le sujet des rapports père/fils constitue le cœur du propos de Juillet de sang. Le découpage en trois parties [Les fils — Les pères — Pères et fils] est sur ce point transparent. La grande question : qu’est-ce qu’être un bon père ? déjà présente dans Les Marécages, se pose peut-être même avec davantage d’acuité. Ici, la perspective de la narration est simplement inversée : ce sont les pères qui agissent et c’est de leurs points de vue que cette question se pose.
L’image du couple idéal est à nouveau mise en scène par l’intermédiaire de Dane et de son épouse Ann. Cette redite — on trouve le même couple idéal dans Les Marécages — démontre qu’aux yeux de Joe R. Lansdale, l’image paternelle n’est que la composante d’un ensemble dont l’équilibre fragile dépasse le simple résultat de la somme des parties. Au passage, l’auteur dresse un superbe portrait de mère et de femme.

La violence est le second grand thème abordé dans ce roman. Dans Les Marécages, cette violence prend pour cible les enfants, les femmes et la population noire. Ici les personnages passent de la position de victime à celle d’acteur. C’est une violence brute qui explose au cours de courtes séquences visuellement très marquantes, mais dépourvues de tout esthétisme. Cette violence s’impose dans toute sa crudité, humeurs corporelles répandues sur les murs, le sol et le mobilier comprises. La violence fascine et bouscule les repères, notamment ceux de Richard Dane, car comme l’annonce en ouverture du roman la citation de Nietzsche : « Celui qui affronte les monstres devra veiller à ce que, ce faisant, il ne devienne pas lui-même un monstre. »


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Au final, Juillet de sang apparaît comme une étape importante dans l’œuvre de Joe R. Lansdale. La première d’une évolution poursuivie dans ses titres ultérieurs, notamment Les Marécages, mais également la série Hap Collins & Leonard Pine.