EN BREF

 
SYNDICATION


Suivez le Cafard cosmique sur Twitter

Devenez Fan du Cafard cosmique et suivez toute l’actualité du site sur Facebook

Flux RSS 2.0 : pour afficher toutes les nouveautés du site par syndication.

netvibes : cliquer ici pour ajouter le flux RSS à votre page netvibes.


 

A VOIR AUSSI

 
 

A VOIR AUSSI

 
 

Il n’a pas 30 ans, c’est son premier roman. Et il invente, tout simplement, un sous-genre littéraire : le roman de zombie-introspectif. Si ça n’était pas caricatural, on vous proposerait d’imaginer le fils putatif de Marguerite DURAS et de George A. ROMERO. Mais c’est caricatural, alors on vous demande de nous faire confiance : vous aimez les zombies ? Et parfois, ça vous arrive de vous poser des questions comme "mais, putain, pourquoi j’existe ?". Alors « Réveillez-vous » ! Ce roman est pour vous.


Le Cafard cosmique : Pourquoi les zombies ?

Julien MILLANVOYE : Un traumatisme d’enfance. J’avais un grand frère de cinq ans plus âgé que moi, qui était très précoce. C’est comme ça qu’à huit ans j’ai découvert « La Nuit des Morts-Vivants », alors qu’il est interdit au moins de 18 ans [sans qu’il y ait de scènes sexuelles ou particulièrement sanglantes...]
Ca m’a traumatisé.
La nuit même j’ai cauchemardé de zombies... Et ce rêve est devenu récurrent pour moi ! Petit, il m’est arrivé d’élaborer des plans de fuite de ma maison en cas d’attaque de zombies...

Mais j’ai grandi et adoré ce film en tout et pour tout, et suis devenu fan des autres « bobines » de Sieur ROMERO, CARPENTER et d’autres qui ont accompagné mon adolescence. Sans être un spécialiste du genre [je lis régulièrement Mad Movies, qui inspire en la matière l’humilité], je suis, oui, un sacré gros putain de fan ! Il y a même une page de mon livre calqué sur une scène de « Zombie », en hommage... Je laisse les lecteurs découvrir laquelle. Je précise aussi que je suis assez « orthodoxe » sur les zombies : je n’aime pas quand ils courent, ou quand on nous fait passer pour des zombies ce qui sont en réalité des malades [ex dans 28 jours plus tard]

Je suis devenu fan de ROMERO et surtout des « héros » de ROMERO ... Je voulais écrire un livre sur leurs états d’âme. Pas ceux qu’on connaît, mais ceux qu’on aperçoit dans l’arrière-plan... Les figurants... Comme les Mexicains qu’on aperçoit au début de « Zombie ». Je me disais « bon, les héros, ils se battent. Mais les autres, c’est quoi leur vie ? » J’ai essayé de répondre à cette question.

CC : Avez-vous tenté d’expliquer cette fascination pour ce thème de l’invasion des zombies ?

JM : Pas vraiment. Pourquoi ai-je été impressionné par ce film ?... Parce qu’il est terrifiant. Parce qu’il touche à de véritables tabous : le matricide, l’inceste (ce que je vois lorsque Barbara, au prix de sa vie, se jette dans les bras de son frère qui ne veut plus que la dévorer). Ce sont des tabous sans doute très présents dans l’inconscient à l’âge que j’avais... Je me suis souvent demandé comment je réagirais si un de mes proches, devenu zombie, m’attaquait. Si c’est un type inconnu, c’est facile, j’ai plusieurs méthodes, un coup de fusil, quoi que ce soit pour toucher la tête, c’est de la survie, on ne réfléchit pas. Mais si c’était mon frère, par exemple ? Je ne crois pas que je pourrais tirer sur mon frère. Même en sachant qu’il est déjà mort. Il faudrait que j’arrive à me dire que c’est mieux pour lui aussi...
Dans « Shaun Of The Dead », le type garde son copain devenu zombie chez lui. Il l’a enchaîné et ils continuent à jouer à la Playstation ensemble... le côté cool des morts-vivants, c’est que ça force à plonger profondément dans la psyché humaine, dans beaucoup de questions qu’on préfèrerait ne pas se poser. Ce à quoi sert aussi, entre autres, la littérature...

CC : Avez-vous « travaillé » sur le thème avant d’écrire ?

JM : Eh bien oui... Et non. Je n’ai pas fait de recherches spécifiques, car les zombies, c’est en quelque sorte ma passion [l’une de mes passions serait plus juste]. Donc j’en ai bouffé plein : film, livres, Internet, jeux vidéo, comme « Resident Evil », « Forbidden Siren » ou « Project Zero » [là, ce sont plutôt des fantômes... Mais absolument terrifiants].
Cet univers fait partie de moi et j’étais assez armé avant même de commencer à l’écrire. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi d’écrire là dessus : pour un premier roman, j’étais rassuré de me confronter à un univers que je connais sur le bout des doigts.

Différents suppléments de jeux de rôle ont aussi contribué à ma formation. Mes bonheurs principaux de « zombie-fan », outre les ROMERO, c’est bien sûr « Shaun of the Dead » et le « Zombie survival Guide » de Max BROOKS. Un livre hilarant expliquant de façon sérieuse ce qu’il faut faire, et pas faire, en cas d’attaque de zombies. [zombiesurvivalguide.com]

Je suis certain que si les zombies attaquaient demain, on ne s’en formaliserait pas plus que ça. Ca donnerait « Encore une jeune femme attaquée par deux zombies aujourd’hui ». On ne parlerait même pas de zombies d’ailleurs, on appellerait ça autrement parce qu’on y croirait pas tout de suite. Dans le livre, le terme « zombie » n’est jamais utilisé, ni celui de « mort-vivant ».

CC : Pourquoi « Réveillez-moi » se déroule-t-il dans un pays jamais nommé, à une époque inconnue ? Pourquoi les personnages n’ont-ils que des prénoms [comme dans les jeux de télé-réalités] ?

JM : L’absence de nom était au départ faite pour alléger le texte et aider le lecteur à s’identifier à qui il le voudrait. C’est aussi dans cette optique que je ne donne quasiment aucune information factuelle dans la description physique des personnages. Mais si ça fait penser aux jeux de télé-réalité, tant mieux ! Je n’avais pas pensé à ça, mais c’est très pertinent... L’élimination progressive des caractères et tout... Disons que j’ai voulu mélanger plusieurs influences dans ce texte : en plus de celles que j’ai déjà nommées, on peut ajouter comme je le disais les jeux de rôles, mais aussi les jeux vidéo, la télévision... Oui, elle m’a sans doute plus marqué que je l’espérais.

La ville n’a pas de nom pour cette raison d’identification. D’autre part, j’ai écrit ce livre à l’époque de la mode de l’autofiction et du name dropping, dont beaucoup d’auteurs à mon sens abusaient, et j’écris aussi contre cette littérature-là, [ou du moins ses abus]. L’époque n’est pas déterminée, car j’ai horreur des livres ou films genre 2001, ou New York 97, où le temps fait toujours mentir les prospectivistes... Je voulais éviter cela. J’aimais beaucoup, enfin, l’idée de décrire un futur, mais un futur tellement dystopique qu’on ne trouve plus ni Internet, ni téléphones portables [en fait les héros n’ont tout simplement plus le temps de se connecter... Mais qui remarque ça ?]
Parfois, en fait, j’ai l’impression que le sous-titre de mon livre aurait pu être : le XXème siècle raconté à mes enfants...

Je cherchais un côté « désincarné », ce qui est bien le moins pour accueillir des zombies. Je voulais que cette ville, et cette semaine, puisse avoir un côté « emblématique ». En tant que provincial, j’en ai eu plus qu’assez de lire des livres contemporains qui se passaient presque tous à Paris, parce que c’est là bas qu’habitent beaucoup d’auteurs...

J’ai donc gommé au maximum mes propres références, mais la ville m’a été très fortement inspiré par Clermont-Ferrand, où j’ai grandi... C’est entouré de collines et quand je passais par là dans la voiture de mes parents, je pensais systématiquement à des scènes de « shooting » de zombies dans la campagne... Les Clermontois reconnaîtront peut-être d’ailleurs le viaduc Saint-Jacques, qu’un de mes héros gravit avec difficulté au début du roman... Et qui mène au CHU.

CC : « Réveillez-moi » paraît chez un éditeur pas du tout spécialisé dans ce genre de genre... Etonnant, non ?

JM : Oui, assez étonnant mais une bonne nouvelle pour moi. J’ai toujours trouvé lamentable le mépris qui existe encore en France pour la littérature de genre, la science-fiction, l’horreur, l’alternatif. Pour moi ces genres ne sont ni moins, ni plus « nobles » que tous les autres... En écrivant ce livre, je voulais vraiment mêler la littérature classique à la littérature de genre, car j’aime les deux, et je n’aime pas les frontières... J’aimerais vraiment apporter ma petite pierre au décloisonnement de tous les genres...

CC : Mais Hachette Littératures, pourquoi ? Est-ce le premier éditeur que vous ayez contacté ? Quelle est l’histoire de votre manuscrit ?

JM : C’est une longue histoire : j’avais envoyé le manuscrit à quatre éditeurs, mais finalement, par l’intermédiaire d’un ami, c’est Michel BULTEAU, chez Hachette, qui a appris que j’avais écrit un roman. On se connaissait parce que j’ai fait un stage là-bas aussi. Comme beaucoup de gens de mon âge, j’ai fait pas mal de stages... Michel BULTEAU est assez rock, il a vécu à New York dans les années 60-70, croisé Lou REED et GINSBERG, il publie des poèmes et aussi des souvenirs des personnages de cette époque, c’est un type fascinant. Il a lu, et il a dit « ok ».

CC : « Réveillez-moi » a-t-il été facile à écrire ? Rapide ?

JM : J’ai commencé à écrire en 2000 et j’ai fini en novembre 2004. Il m’a fallu beaucoup de temps parce que je manquais de temps libre, et surtout parce que je suis très perfectionniste. Je n’étais jamais content. D’ailleurs aujourd’hui encore, il y a des choses dans le roman que je changerai si je pouvais...
Et puis en janvier 2005 est arrivé un événement, la mort de mon frère... Nous étions très proches, presque jumeaux. Et j’ai mis de côté le roman pendant assez longtemps. J’étais très proche de mon frère. Sa mort et les mois qui ont suivi m’ont changé. Je ne voulais pas revenir au manuscrit, d’autant que mon livre s’ouvre sur une scène où un protagoniste perd son frère... Parce que je voulais commencer fort, et aussi en hommage plus ou moins conscient à « CA », de Stephen KING... Et au fameux Johnny de Barbara dans « La Nuit des Morts-vivants » ; au bout d’un certain temps, enfin, je suis revenu au manuscrit, et je me suis lancé dans une version 2.0, une grande réécriture.
Le titre aussi a changé : au tout début, c’était « Director’s Cut », parce que je voyais vraiment ça comme un truc très cinématographique, des personnages enfermés dans un film... Puis ce fut « Ouvrez-moi ». Et enfin « Réveillez-moi » pour la version réécrite.

CC : Quel est votre rapport à la littérature de genre, en tant que lecteur ? [je pense à l’horreur, le fantastique, la SF, etc.]

JM : Le genre a marqué ma vie. D’abord, « Le portrait de Dorian Gray », d’Oscar WILDE, puis « Ca » de Stephen KING, que je considère comme l’un des sommets de la littérature. Et bien sûr LOVECRAFT. En poésie, j’aime depuis longtemps ce qui est « discordant » : les surréalistes, Lautréamont. Aujourd’hui, je lis surtout beaucoup de SF. Mais j’ai aussi une formation littéraire classique, et j’aime tout autant, par exemple, Marcel PROUST, Albert COHEN... En gros, j’aime tous les génies, quel que soit le style dans lequel ils s’illustrent ! Et, surtout, tout ce qui éveille les sens et fait appel à l’imaginaire.

CC : Quel était votre objectif en vous lançant dans « Réveillez-moi », qui est votre premier roman ?

JM : Mêler ma tradition « classique » et mon amour du genre... Décrire et partager mes cauchemars... Embringuer les lecteurs de toute force... Raconter une histoire... Ecrire un livre comme j’aimerais en lire. Écrire un livre sur un canevas de film... Poser la question : notre monde est-il cauchemardesque ? [Et empoisonner : quand on me dit que mon livre provoque des cauchemars, je le prends comme un compliment !] « Faire un mix de Marcel PROUST et Radiohead » [une pensée que j’avais quasiment en tête, car je crois qu’il faut toujours viser haut, voire l’impossible !]

CC : Quels sont les cinq auteurs de littérature blanche qui définissent le mieux le lecteur que vous êtes ?

JM : Marcel PROUST, Paul ÉLUARD, Haruki MURAKAMI, Albert COHEN, Oscar WILDE.

CC : Même exercice avec la littérature de genre.

JM : Dan SIMMONS, Fredric BROWN, H.P. LOVECRAFT, MAUPASSANT, Stephen KING.

CC : Une rapide googlelisation de votre patronyme renvoie les mots-clés suivants : Blast, Podemus.com, « Lettre d’un enfant mal structuré » et Radio Nova. Pouvez-vous vous expliquer ?

JM : Parce que Google est bâti sur un algorithme formidable ! Nova, Blast, Podemus et cette « Lettre... » définissent assez bien mon univers ; la « Lettre d’un enfant mal structuré de Mai 68 » est une tribune libre que j’avais faite paraître dans Le Monde [page Horizons], en novembre 2004, alors que j’étais rédacteur en chef du magazine BLAST... j’y exprimais mon agacement, ma colère même, à l’égard de certains dirigeants du parti Socialiste qui me paraissaient complètement à côté de la plaque sur les questions altermondialistes et, d’une façon plus générale, la jeunesse. Ce texte est toujours disponible sur bellaciao et kitetoa [NDCC : effectivement, on le trouve ici : http://www.kitetoa.com/Pages/Textes...]... j’espère qu’il parle toujours aux gens en colère !

Depuis que je suis à Paris [j’ai grandi en Auvergne], j’ai travaillé dans l’édition, à Radio Nova, à Podemus [portail de podcasting]... j’ai fait plusieurs métiers en fait, que j’ai eu la chance d’à peu près tous aimer. Il faut dire que j’ai toujours choisi des jobs qui, de près ou de loin, me liaient à mes deux passions : la littérature et la politique.

CC : Savez-vous pour qui vous irez voter en avril prochain ?

JM : J’aimerais beaucoup avoir une réponse nette et tranchée. Mais je ne peux pas...

CC : Revenons à la littérature : d’autres projets en tête ?

JM : Je n’ai pas commencé à écrire autre chose, mais j’ai quelques idées, je fais des plans, je prends des notes... j’aimerais essayer différents registres, le théâtre me tente. En tous cas, j’ai envie de quelque chose de drôle, après « Réveillez-moi »...
Mais pour le moment, je suis en attente du résultat des élections à venir... Suivant que Sarkozy, Ségolène Royal, Bayrou ou Le Pen l’emporte, l’ambiance sera très différente. Et cela influencera forcément le genre d’univers dans lequel j’aurai envie de me plonger lorsque j’écris...

Hors littérature, je participe à un projet de WebTV avec des anciens de Podemus et un ancien producteur du « Vrai Journal » de Canal+, ça s’appelle Le Lab TV. L’idée, c’est de montrer tout ce que les télés ne montrent pas, la culture et les tendances underground. C’est un truc en plein développement la télé sur le Web, c’est maintenant qu’il faut y aller. C’est l’inconnu...



Mr.C