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L’objet s’appelle Chien du Heaume, premier roman de Justine Niogret paru chez Mnémos, avec une grosse hache en couverture. A priori, pas de quoi se lever la nuit, surtout chez les Cafards, où la fantasy reste aussi douteuse que les comptes bancaires de Paul-Loup S. Mais surprise, non seulement Chien du Heaume est épatant, mais en plus, Chien du Heaume est épatant.
De quoi avoir envie de demander à Justine Niogret d’où elle se croit d’écrire des romans épatants.


Dernière minute : Chien du Heaume a reçu le Prix du roman aux Imaginales 2010 et le Grand Prix de l’Imaginaire 2010


Chien du Heaume est votre premier roman... et contient quelques maladresses. Avez-vous déjà un certain recul vis-à-vis du texte ?

Oui et non.
Oui parce que j’ai commencé ce livre en sachant très bien qu’un premier roman est en général une sorte de pomme de terre oubliée au fond d’un placard ; mangeable voire nourrissante, mais avec d’horribles yeux pas forcement très ragoutants qui lui sortent de partout.
Non, car les dernières corrections datent d’il y a très peu de temps, et que donc je n’ai pas eu le temps de les intégrer au texte que je relis. Je pense redécouvrir mon propre livre d’ici quelques mois, j’espère que la nouvelle rencontre se passera bien et que ma honte ne se fera pas trop cuisante, si honte il y a.

Malgré les maladresses évoquées à l’instant, on reste impressionné par la qualité générale du texte, tant d’un point de vue atmosphérique que stylistique. Ce n’est pas une question.

Eh bien merci. S’il faut sonner de son clairon maintenant, je dirais que je suis assez heureuse de la langue, de fait. J’ai tenté d’écrire en « vrai médiéval », mais c’était profondément incompréhensible. Comme je voulais cette ambiance et cette langue, j’ai tenté de la récréer, du moins d’inventer des tournures et des mots qui sentent le médiéval, qui s’entendent comme du médiéval, mais qu’on puisse lire sans briser la lecture, plus rapides à saisir que « Vous alez en esté si joint, et en hyver alez si cranche. Les noires mouches vous ont point, or vous repoinderont les blanches. »

Premier roman et incursion dans une fantasy quasi exempte des canons du genre, du moins dans le traitement. Un commentaire ?

Je n’apprécie pas trop les canons. Si j’aime les lire dans d’autres textes que les miens, je les repousse du mieux que je peux quand il s’agit de mon territoire. Et en terme de machines de guerre, j’en suis d’ailleurs restée aux trébuchets et aux bricoles.
La poliorcétique, c’est la vie.

Votre personnage de Chien est d’une étonnante crédibilité, tout comme certains éléments du décor. On sent la documentation et le travail en amont. Comment s’est passée la préparation du texte ?

Merci pour elle.
Préparer mon texte, non, je ne prends pas plus de notes que je ne fais de scénario. Mon seul écrit hors texte a été une ligne temporelle pour les différents âges des protagonistes, que j’ai violemment chiffonnée et jetée dans les cabinets parce que ne m’étais pas aussi ennuyée depuis l’achat de chaussettes de tennis blanches pour un ami, mais que y’avait pas sa taille.
J’aime ne pas savoir ce que je vais écrire le lendemain, et voyager en même temps que les personnages.

Pour le côté historique de la chose, j’ai quand même ruiné tout mon lycée en séchant mes cours pour lire tout ce que je pouvais trouver à propos de la bulle scandinave de cette époque, recopier des passages entiers d’Eddas, noter dates et blagues vaseuses faites par les Dieux, ou encore me réfugier au CDI pour échapper à mes cours de maths afin de redessiner la silhouette du bateau d’Oseberg. C’est dont tout à fait logiquement que j’ai écrit un livre sur le Moyen Âge français, sans un seul norois, situé juste entre les deux vagues de razzias vikings. D’une logique sans faille, donc.

Pour la crédibilité et si vous parlez de caractère du personnage, disons que je travaille par symboles, qu’une fois que vous savez qui est la personne que vous faites vivre sur le papier, en général les choses se font toutes seules. Tous les personnages du livre ont par exemple un nom qui symbolise leur caractère et leur personnalité profonde, c’est facile.

Chien du Heaume n’est pas drôle, mais vraiment pas drôle. Or, à la fin, dans le glossaire, vous vous livrez à un cassage en règle avec un ton différent et un humour ravageur. Comment soignez-vous votre schizophrénie ?

Assez mal, disons-le, le café et les thés de vieux n’ayant pas encore démontré leur utilité en laboratoire.
Non, je pense que je parle surtout d’exaltation, de ce qui se trouve juste après le « trop », que ce soit dans le drame ou dans l’humour, et que ce ne sont que deux façons d’extérioriser le même genre de choses. Si je voulais être pédante je paraphraserais Pascal Quignard disant de Galilée « qu’il peint dans ses aquarelles ce qui lui est interdit d’écrire dans le cosmos des Chrétiens » en vous répondant que je dis dans mes livres ce dont il est interdit de parler en société. Ce dont j’aime parler, seule cette époque et l’humour s’y prêtent. Sans qu’on vous jette des pierres, s’entend.

D’ailleurs, on se prend à espérer un second roman radicalement différent du premier, plus dans la même veine de ce fameux glossaire. C’est possible ?

J’aimerais beaucoup.
Je recherche en ce moment même un fil conducteur me permettant de parler de tout et de rien pendant 250 pages, mais une fois ceci fait je pourrai me lancer dans l’aventure avec grand plaisir. Par contre je ne pense pas que ce livre en gestation sera moyenâgeux, la couleur de mes textes sur cette époque et mes blagues carambar mises au service d’un même ouvrage auraient sans doute le même effet que les anciennes prédictions concernant le Large Hadron Collider.

Revenons à Chien du Heaume. Le fantastique s’y fait léger, fantasme, rêve. Pourquoi avoir opté pour l’onirisme ?

Parce que je voulais écrire un roman médiéval. Je ne voulais pas trancher d’un côté ou de l’autre, c’est à dire de la magie ou de l’historique « pur », je désirais garder une liberté de ton sans tomber de l’un ou l’autre côté de la barrière.
Au départ je ne voulais même pas aborder le sujet de la magie, des créatures et des songes, j’imaginais juste un roman parlant de guerre et d’une mercenaire solitaire, et puis la Salamandre est arrivée, et on ne dit pas non à ce genre de personnages quand ils débarquent.
À mon sens.

Après lecture, on a l’impression d’avoir assisté à la fin d’un monde. On s’est complètement trompé ou pas ?

Pas du tout, même si ce n’était pas voulu.
Je voulais parler de cette époque pour le nœud fascinant qu’elle représente, la croisée des cultures, des croyances, la disparition de cet esprit qui me tient à cœur, disons celte, que la romanisation avait déjà mis à genoux et que le christianisme tente de décapiter.
Je n’ai de haine envers personne, mais des regrets, oui, quand même. Mon opinion profonde sur cette époque aura sans doute transpiré bien plus que prévu.

Quel regard portez-vous sur la littérature de genre en général et la fantasy en particulier.

Une grande tendresse.
J’ai arrêté de lire des romans depuis que j’écris « sérieusement ». Depuis que je deviens magicien je n’arrive plus à suivre les tours de passe-passe des autres, je m’intéresse trop à la prestidigitation et à la créativité, je ne me laisse plus ébahir par le spectacle. J’y ai perdu quelque chose, comme dans les contes de fées.
De mon adolescence passée le nez dans un livre d’horreur, de SF ou de fantasy, ne me restent que les fous, Silverberg, Donaldson, Crowley, Brussolo, de ces écrivains que je soupçonne d’avoir trouvé un chemin vers un autre quelque chose, de ces gens qui se contentent de raconter ce qu’ils ont vu. Cette dernière phrase n’engage que moi, bien entendu.

Bon, soyons sérieux. Chien et Sanglier, ils couchent, ou pas ?

Je tiens à préciser que mes bêta-lecteurs étaient tous des hommes, tous passionnés par les armes, le corps à corps, le Moyen Âge, bref, des demoiselles en sucre, et que tous m’ont posé cette même question. Donc, mon prochain livre, un roman drôle avec de l’amour dedans. C’est noté.

Votre interview est courte. Vos réponses sont courtes. Votre roman est court. Vous ne faites rien comme tout le monde. Pourquoi pas une trilogie de 1000 pages, hein, pourquoi ?

Dali disait, je crois, qu’il vaut mieux partir avant d’ennuyer. Comme je n’ai pas de voiture et que je n’aime pas prendre le métro, je suis obligée de rester, souvent, donc je préfère me taire. Et puis je trouve, à mon sens, qu’un bon livre est un peu comme un coup de pied dans le ventre, ça coupe le souffle et on s’en redresse avec les joues rouges et les larmes aux yeux. Des coups de pied sur 1000 pages, ça fait trop longtemps mal, en fait.


PAT