EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 01/12/2007

« Kafka sur le rivage » de Haruki MURAKAMI

[« Umibe No Kafuka », 2003]

ED. BELFOND, 2005 - REED. 10-18 / DOMAINE ETRANGER, 2007

Par Mr.C

Un jeune ado se choisit le prénom de Kafka puis fugue, pour tenter d’éviter la réalisation d’une sinistre prédiction de son père. Il échoue dans une étrange bibliothèque.
Un vieil homme qui n’a plus toute sa tête mais qui sait parler aux chats, entame un voyage dont la nécessité lui échappe.
Entre les deux, une chanson mélancolique, Kafka sur le rivage, qu’une jeune femme composa après avoir perdu l’amour de sa vie.

Un voyage au pays où les souvenirs prennent chair.


Dans les romans d’Haruki MURAKAMI, les choses arrivent, voilà, c’est tout. Elles ne sont pas toujours très logiques, non, et parfois on pourrait croire que l’auteur s’est trompé. Ou que son personnage délire.
Mais en réalité, cela arrive vraiment.

Donc, le 7 novembre 1944, pendant la guerre, des élèves d’une classe de primaire sont partis chercher des champignons sur la colline. Leur institutrice est revenue à l’école seule et paniquée quelques temps plus tard, parce que les seize enfants s’étaient tous évanouis sans raison au même moment.
Aucune explication satisfaisante ne fut trouvée à l’époque, ni même deux ans plus tard lorsque des enquêteurs du Military Intelligence Service américain ont interrogé l’institutrice et le médecin qui était intervenu.
C’est arrivé, c’est tout.
Quelle place tient cette histoire dans ce roman ?
Pourquoi faut-il qu’elle est une place ?

Un garçon nommé Corbeau parle à Kafka Tamura dans sa tête. L’ado a quinze ans, il craint son père, sa mère serait partie il y a longtemps. Et Kafka a décidé de partir aussi. Sans doute une quête commence-t-elle. Mais une quête de quoi ?

Pendant ce temps, Nakata est vieux, et il ne comprend pas tout. Il sait qu’il recherche Pompom, ce chat qui a disparu. c’est le genre de mission que le voisinage lui confie souvent parce qu’il semble doué pour cela - personne ne sait qu’il parle avec les chats, ce qui lui simplifie largement la tâche.
D’ordinaire, ça ne lui prend pas plus de temps que ça. Mais cette fois le chat est introuvable. Il semble que Pompom ait été enlevé. Par un type qui porte un grand chapeau.

Je ne peux pas en dire davantage quant au développement de ces intrigues sans en casser la mécanique. Sachez que ce qui, encore une fois, fait la magie de la plume d’Haruki MURAKAMI, c’est cette facilité qu’il a à nous soulager du besoin d’explication.
Je ne parle par des explications sur le "comment" ces choses. Ces explications là ne nous intéressent pas ici - se préoccupe-t-on de savoir "comment" Gandalf parle aux aigles ? Non, je parle des explications sur le "pourquoi", celles qui finissent toujours par surgir dans un récit pour légitimer que l’on se soit focalisé sur tel personnage, ou que tel événement se soit produit.

MURAKAMI n’a pas besoin de légitimer quoi que ce soit : les personnages sont là, et les événements arrivent. C’est tout. C’est ce qui fait qu’il échappe aux règles codifiées du récit.
Cela pourrait être, du coup, très ennuyeux ; gratuit et donc ennuyeux. Sauf qu’il y a astuce : un lien apparaît parfois. Il fait la jonction entre deux éléments. Cette pièce du puzzle, totalement blanche, s’avère donc être un morceau de nuage. [Lecteur rassuré : il "comprend"]. Exemple :Nakata n’est pas sans lien avec ces enfants qui se sont évanouis subitement en forêt dans les années 40. Le destin de Kafka est noué à celui de Nakata.
Alors on poursuit la lecture, hypnotisé par cette apparence d’un shéma logique. Alors qu’en réalité, la pièce du puzzle ne rentre nulle part. Ou alors, était-ce un morceau de neige ?

Il y a cette femme dans la bibliothèque étrange, la directrice, mélancolique, et son deuil éternel. Il y a ces personnes croisées qui participent de la quête, comme le brave Hoshino, le routier sympa qui se laisse porter par les événements les plus irrationnels, comme Oshima, secrétaire ambïgu aux conseils avisés. Il y a ces êtres cruels, démons ou cauchemars, qui ont endossé l’habit et la face d’icônes publicitaires usées pour jouer aux poseurs d’énigme cruels.
Et il y a ce puzzle a assembler, qui passe par la bibliothèque, une maison très isolée et une lourde pierre, pour que, dans un autre monde, une ville endormie au coeur d’une forêt sauvage, les souvenirs s’accomplissent.


COMMANDER

Ceux qui ont déjà lu MURAKAMI savent déjà ce que péniblement j’essaie d’exprimer : la beauté onirique de ces pages est indescriptible, et leur charme opère en dépit du bon sens, comme on regarde fasciné un dessin élégant mais abstrait. Un puzzle jamais terminé qui possèderait une troisième dimension dans l’imaginaire.

J’espère que les autres n’auront pas crû qu’il s’agissait là d’un roman incompréhensible : Kafka sur le rivage, comme La course au mouton sauvage ou La fin des temps, parle du sentiment de perte, et si les métaphores y prennent vie sans crier gare, et jamais complètement décryptées, elles y sont d’autant plus violentes, d’autant plus belles, et d’autant plus difficiles à oublier.