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Publié le 03/03/2006

"Kathleen" de Fabrice COLIN

EDITIONS L’ATALANTE, FEVRIER 2006

Par Daylon

C’est une quête de sens que semble avoir entamé Fabrice COLIN depuis « Or Not To be », l’incroyable « Dreamericana » ainsi que le plus récent « Sayonara Baby ». Cette identité ambiguë de chercheur, d’expérimentateur, s’enrichit aujourd’hui d’un nouvel opus : « Kathleen ».


« Roman, [...] maladie grave, subjectivité, que du mensonge [...] : jamais écrire roman, complète merdité. »

Recadrons tout d’abord le débat : COLIN fait partie de cette [microscopique] poignée d’auteurs [lire : son alter-ego David CALVO, Alain DAMASIO et heu... c’est tout] à remettre en question le support même de leur écriture. Certains les qualifieront d’obscurs élitistes, d’autres de créatifs hermétiques. Vous en verrez même remettre en question l’utilité de leur démarche.

Au Cafard, on les qualifiera d’avant-gardistes. On les apprécie, on défend leur démarche [que nous aimions ou pas leurs œuvres] parce qu’ils repoussent les limites, cherchent à explorer les possibilités offertes par l’acte d’écriture ; explorent les représentations possibles de l’imaginaire. La transmission d’un univers vers un public, via l’auteur.

Bref : conservateurs s’abstenir.

Oui, mais bon, c’est bien gentil, tout ça... Mais quid de « Kathleen » ?

« L’amour, dit-elle, c’est transformer personne en quelqu’un / et j’ai découvert que je n’étais personne. »

COLIN nous conte une histoire d’amour. Un amour conquis, perdu, retrouvé. Un amour volatil, quasi irréel [factice ?]. COLIN nous conte une histoire sur une recherche de bonheur. Sur les relations filiales, sur la fascination des icônes et le combat contre la fatalité. C’est le récit croisé de mémoires apocryphes, de la douleur d’un fils et d’un cheminement le long des rivages de la Mort.

Ces intrigues forment une suite bien particulière dans l’œuvre de Fabrice COLIN : chacune s’imbrique dans la précédente et défriche de nouveaux territoires. Chacune des trois trames présente sa propre structure, adaptée à sa narration. Tandis que nous parcourons les mémoires d’un vieil homme malade, atteint d’Alzheimer ; nous suivons Charles, son fils, perdu et désespérant de comprendre cette étrange fascination pour Kathleen.

Kathleen ? Kathleen Beauchamp, écrivain et poète plus connu sous le nom de Katherine Mansfield ; étoile filante de la littérature de la première moitié du XXè siècle, morte de la tuberculose à 35 ans. Cette femme, fantôme, phantasme, souvenir, cristallise tout le récit autour de sa présence.

« Où veux-tu en venir ?

Au fait que tuer mon père ne présenterait pas de difficulté majeure. »

« Kathleen » propose tour à tour des extraits d’un journal écrit par Louis Pardieu [le père], la déconstruction / reconstruction mnésique de ce personnage, ainsi qu’une chronique subjective de Charles, tentant de recoller les morceaux de cette vie si incompréhensible.

Et cela fonctionne : on suit ces souvenirs, aidés par les outils développés par l’auteur. On ne manifestera de la réserve que sur deux points : 1 - La description de l’univers intérieur de Louis Pardieu et ses textes en vis-à-vis ; inutile et gênants à la lecture ; 2 - Les détours qui auraient peut-être mérités d’être écrémés pour concentrer le récit. Passé ces détails, c’est un texte extraordinaire que nous propose Fabrice COLIN. Dense, hanté par la douleur de la perte. L’auteur montre qu’il est toujours au-dessus du lot grâce à cet excellent récit.

« Martha lui annonça qu’elle... »

Excellent, et vain à la fois. « Kathleen » n’est définitivement pas le roman que nous conseillerions aux nouveaux lecteurs.

Finalement, cette histoire ne va nulle part. Plus un exercice, voire une démonstration ; mais qui ne pourra satisfaire qu’un public à même d’accepter cette littérature pour ce qu’elle est : une magnifique expérimentation s’inscrivant dans la continuité de l’oeuvre de l’auteur.

Peu de défaut, mais le parti pris COLIN le pénalise : car là où le lecteur serait tolérant sur la soupe écrite par le premier quidam venu ; il ne peut que cristalliser la vacuité de l’entreprise et menacer de faire tomber l’intégralité de l’entreprise.

À ceux là, nous indiquerons « Sayonara Baby », voire, pour les plus téméraires [n’étant plus disponible en-dehors des circuits spécialisés], « Dreamericana ». Oui. Et là, j’insiste.


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Si nous devions rechercher un auteur francophone emblématique de la démarche post-moderne, nous choisirions Fabrice COLIN. Ces artistes [n’ayons pas peur des mots] sont encore aujourd’hui trop rare.

« People say that you’ll die faster than without water. But we know it’s just a lie, scare your son and scare your daughter. People say that your dreams are the only things that save ya. Come on baby in our dreams, we can live our misbehavior. » The Arcade Fire - Rebellion (lies)