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C’est le roman qui a révélé Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui s’est depuis développé sur quatre romans.
Se plonger dans Vurt, c’est donc assister à la naissance d’un monde glauque et superbe. L’expérience est intense car l’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer ces dix dernières années.
Vurt a reçu le Prix Arthur C. CLARKE 1994
La critique de Vurt

Par PAT
Si la recette est savoureuse, elle n’est toutefois pas exempte de défauts [style exécrable, traduction fidèle, donc délicate, scénario parfaitement linéaire et parfois ridicule], mais ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que de cacher l’immense bonheur de lecture procuré par "L’écorcheur". Rapidement transformé en gamin de 12 ans, captivé dès les premières pages par une planète aussi abracadabrante que géniale, le lecteur dévore le pavé en quelques jours, sans jamais s’ennuyer une seconde.
Via une trame narrative tortueuse [mais prévisible et somme toute banale], ASHER campe des personnages bizarres, extrêmes et simples, mais systématiquement attachants [qu’ils soient gentils, méchant ou électroniques]. Dès lors, "L’écorcheur" se lit tout seul, fait plaisir et sourire. Une vraie réussite et un auteur de plus à suivre de très près.
Entièrement située sur la planète Spatterjay, l’intrigue fait la part belle aux locaux, humains modifiés par un virus fibreux endémique de ce monde océan [seuls quelques îlots émergent de ci de là]. La très grande originalité du roman réside cependant dans la faune de Spatterjay poissons généreusement pourvus en dents, saletés visqueuses et voraces, mollusques semi-rigides capable d’arracher une main en moins d’une seconde, crustacés variés et variables, parfaitement content à l’idée de bouffer tout ce qui passe à leur portée, sangsues à la dentition rotative vertigineuse, rien ne manque à un un bestiaire aussi monstrueux qu’agressif...
Mais cette liste ne serait pas complète sans LA star du livre, le virus lui-même, jolie petite chose dont la particularité est de pousser le parasitisme très très loin : intégré au métabolisme humain, remplaçant peu à peu la quasi totalité du sang [par de curieuses fibres aussi inventives que peu crédibles], il protège son hôte au point de le rendre quasiment immortel. Longévité exceptionnelle [jusqu’à plusieurs siècles, tout de même], cicatrisation quasi systématique [un bras arraché ? Pas grave, suffit de le remettre en place, bon c’est vrai que ça picote], le corps des Hoopers [les locaux, donc, du nom de Jay “Hoop” Spatter lui-même, contrebandier sans scrupule qui a donné son nom à la planète] est une source d’émerveillement permanent.
Mais si le virus rend son hôte littéralement indestructible [noter au passage l’hilarante scène de catch entre hoopers, où les lutteurs s’éventrent joyeusement sans la moindre gène...], il est toutefois nécessaire de le contenir [avec de la nourriture strictement humaine, c’est-à-dire non infectée] pour bénéficier de ses avantages et éviter de légers désagréments. Comme perdre toute humanité et se transformer en monstre abruti et sanguinaire, par exemple. En d’autre terme, devenir l’écorcheur...
Ce cadre idyllique posé, ASHER passe aux personnages, à savoir trois visiteurs différents dans leur motifs comme dans leur connaissance de Spatterjay. Une femme ethnologue qui recherche un Capitaine [les capitaines des bateaux de pêche sont la figure patriarcale et dominante du roman] avec laquelle elle s’est liée lors d’un premier voyage sur la planète, un flic mort [mais ressuscité via un système mi-organique, mi-robotique] depuis 700 ans à la poursuite d’une bande d’assassins sanguinaires, ainsi qu’un touriste humain en liaison permanente avec un Esprit de Ruche [explications : deuxième espèce intelligente terrestre, les frelons ont essainé sur plusieurs mondes et développé leur intelligence collective dont chaque élément est ce charmant insecte que nous aimons tant]. Rassemblés par Neal ASHER, ces trois personnages mènent leur propre quête en commun, mais vont découvrir de surprenantes vérités sur Spatterjay [tout en révélant leur motifs réels, comme le lecteur s’en doute]. L’ensemble sous la bienveillante mainmise du Gardien [référence explicite aux tout-puissants Mentaux de BANKS] et de ses drones facétieux [Douglas ADAMS n’est pas loin, et l’on pense évidemment à Marvin, célèbre androïde dépressif s’il en est]. Car si Spatterjay est encore une planète sauvage, elle intéresse pourtant la grande confédération humaine et ses mille mondes. Mais pas qu’elle...
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Extrêmement prometteuse, l’intrigue de "L’écorcheur" se révèle [hélas]] assez vite et ne surprend vraiment plus personne à l’arrivée. Malgré cet énorme défaut, le roman est tout simplement excellent, grâce à l’étonnante inventivité dont fait preuve l’auteur. Festival de délires aussi absurdes qu’intelligents, références permanentes aux meilleures trouvailles de BANKS [les dialogues entre drones, par exemple, particulièrement réussis], le texte fourmille de créativité. Sa lecture est donc un immense plaisir, même si tout ça ne va somme toute pas très loin. De quoi patienter en attendant les prochaines oeuvres d’ASHER qui, si elles se révèlent aussi bonnes que "L’écorcheur", rassurent grandement sur l’avenir de la SF. |
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