EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 25/04/2010

L’Essence de l’art de Iain M. Banks

[The State of the Art, 1991]

ED. LE BÉLIAL’, AVR. 2010

Par Soleil vert

Connu essentiellement pour le cycle romanesque de la Culture, Iain M. Banks a publié quelques nouvelles regroupées pour la plupart dans un recueil paru en 1991, L’Essence de l’art, traduit aujourd’hui aux éditions du Bélial’. Deux d’entre elles, « Un cadeau de la Culture » et « L’Essence de l’art », ont fait l’objet d’une première parution dans la revue Galaxies n°1 et chez DLM.


Les deux tiers des récits de cet ouvrage, comme le souligne l’éditeur, peuvent se rattacher à la Culture. Ceci devrait combler un lectorat exigeant et attentif, dévoreur insatiable des nouvelles productions de Banks.
À l’inverse, « Fragment », « Curieuse jointure » et « Éclat » jouent dans des registres thématiques différents et ne participent pas à cette féerie théâtrale caractéristique de la Culture. Le plus intéressant des trois récits cités, « Fragment », propose un débat entre foi et raison, sur la liberté d’expression. Mais Banks introduit en sous-main une réflexion sur le destin, à l’origine d’une chute inattendue clôturant abruptement la nouvelle.

Deux pièces maîtresses émergent de L’Essence de l’art : la novella homonyme qui occupe la moitié du volume et surtout « Descente », histoire d’un membre de la Culture éjecté avec son scaphandre d’un module sur une planète proche. S’ensuit un épuisant combat pour la survie, une longue marche rythmée par les conversations entre l’IA de l’équipement et l’humain. Mais s’agit il d’un dialogue ou d’un monologue ? Récit fantastique, sturgeonien, maccarthyen, « Descente » marque les esprits.
« L’Essence de l’art » met en scène une Unité de Contact Général de la Culture investie ou auto-investie (avec les Mentaux on ne sait jamais) d’une mission d’observation de la Terre. Une façon pour Banks de confronter deux sociétés, l’une hédoniste, l’autre auto-destructrice. Le scénario pivote autour d’un membre de la Culture épris de l’humanité, qui décide de larguer les amarres. Ce récit inspiré du film de Nicolas Roeg L’Homme qui venait d’ailleurs balance entre émotion et satire sociale.

On retrouve dans le recueil, la plupart des composants narratifs et thématiques qui constituent la marque de fabrique de l’auteur. En premier lieu la production de space opera assimilée à de vastes dispositifs scéniques, un concept partagé avec John Varley. Le court texte « La Route des crânes » en constitue le squelette. Quelques personnages installés dans une carriole tirée par un cheval parcourent une route interminable. Impromptu, intermède échappé d’un des vastes opus romanesques de Banks, pas d’intrigue, de quoi s’agit il ? Surprise, le cheval n’est pas un cheval, la route n’est pas une route. Le récit, construit comme un mouvement de caméra, dévoile deux procédés à l’origine de la théâtralité d’un texte : le Masque et le Décor. Dans « Un cadeau de la Culture », l’auteur y ajoute une composante féerique de son cru : un objet, un pistolet, bavard, insupportable.

Ce mécanisme théâtral trouve son point d’orgue avec la mise en place de personnages en retrait de la Culture comme dans « L’Essence de l’art » ou « Un cadeau de la Culture ». Ils y assument en quelque sorte le rôle du spectateur, procédé d’autant plus efficace que Banks sait épaissir humainement et moralement les personnages en question. Dans le dernier texte cité, par exemple, des individus sans scrupule essayent de contraindre un ancien membre de Contact d’abattre un vaisseau. Comme dans Le Sens du vent, celui-ci, à la fois acteur et spectateur de sa déchéance morale, affronte un terrible dilemme.

L’humour de Banks vient tempérer ce panorama un peu sérieux. Dans « Nettoyage » des objets extra-terrestres pleuvent de façon aléatoire sur la Terre. Après quelques essais, les humains parviennent à faire fonctionner ces fantastiques machines, mais au prix de quelques surprises… Une fable écologique hilarante dans la lignée des productions des regrettés Brown et Sheckley. Un ton en dessous, « Curieuse jointure » illustre les difficultés de communication entre un bipède et un végétal.


COMMANDER

Plus à l’aise, ou en tout cas plus attendu par ses lecteurs dans la forme longue, Iain M. Banks surprend agréablement avec « Descente » et confirme le bien que l’on pensait de lui avec la novella « L’Essence de l’art ». Ce recueil assez inégal bénéficie d’une présentation soignée, mais tout le monde a déjà les yeux braqués sur Transition.