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en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

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Première publication le 01/06/2006
Publié le 12/11/2007

« L’Eté-machine » de John CROWLEY

[« Engine Summer », 1979] 1ERE publication en France, ED. BELFOND, 1981

REED. LES MOUTONS ELECTRIQUES, MAI 2006 - REED. POINTS FANTASY NOV. 2007

Par Shinjiku

Voici une histoire poétique et post-cataclysmique. Roseau qui parle, le narrateur, conte les événements qui jalonnèrent sa vie, depuis les étranges histoires que lui racontait sa "Mbaba" [grand-mère] lorsqu’il était enfant jusqu’à sa rencontre avec son âme-soeur puis son voyage initiatique pour percer les secrets du monde et devenir un Saint.


La fin de printemps 2006 avait été placée sous le signe de l’américain John CROWLEY dans le petit monde de la réédition de SF. CROWLEY reste un auteur relativement confidentiel en France [et discret dans l’absolu], mais - à défaut d’une résurrection totale et subite de ses œuvres - il fallait compter coup sur coup avec Le parlement des fées, en deux tomes, chez Terres de Brume, et avec L’été-machine aux Moutons Electriques.
Les éditions Points Fantasy ressorte L’été-machine en poche en cette mi-novembre 2007.
Le déroulement de l’intrigue est plutôt classique. Le postulat de départ, également, n’est pas neuf, même à l’époque de la publication du livre [1979] : en France, le récit initiatique autour d’une figure enfantine dans un univers post-apocalyptique, a déjà donné Niourk de Stephan WUL [1957].

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L’édition des Moutons Electriques [Mai 2006]

Le procédé qui consiste à deviner la nature et les conséquences du cataclysme à travers les résidus en ruine de la société passée est d’ailleurs [involontairement, sans doute...] similaire. Là où on avait une ville inhabitée et une Statue de la Liberté chez WUL, on trouve ici une autoroute sinueuse et de vieux produits de consommation qui ont résisté à l’épreuve du temps.

Néanmoins les ressemblances s’arrêtent là. L’œuvre de CROWLEY, classée aux Etats-Unis parmi les 100 plus grands romans de SF, a une forte personnalité : elle est réellement rafraîchissante, fine, subtile. Le rapport du personnage principal avec un « narrateur externe » mystérieux, signalé par des phrases en italique, qui l’encourage à parler, pose immédiatement l’histoire comme un conte formé d’anecdotes dont on ne saisira l’importance qu’en toute fin d’ouvrage.

Le décalage créé entre ces anecdotes, parsemées de dialogues sans emphase branchés directement sur le quotidien [avec de nombreuses expressions familières et un ton très naturel, pas ampoulé pour un sou] et la minutie lyrique des descriptions rendent l’univers narratif particulièrement attachant.

De plus, ce monde fictif dont on picore chaque élément, doucement guidé par la narrateur, est riche en inventions. On y goûte vraiment avec plaisir, tant l’auteur a su détourner avec finesse, et non sans humour, des objets, des expressions, des attitudes de notre présent, pour les recycler dans cet avenir incertain où tout est à la fois si proche et éloigné de ce que nous connaissons.

Mais, très clairement, l’auteur s’est attaché et a pris plaisir à relater les relations du quotidien entre les différents habitants des différentes congrégations, ou « chaînes », qui forment une société complexe dont il a accentué la cohérence. Non pas en lui forgeant une historiographie complexe comme a pu le faire TOLKIEN, mais plutôt en détaillant le réalisme décalé des comportement humains.

Cela ne l’a pas empêché d’établir une mythologie dont la résonance est importante mais qui, comme toute chose dans ce livre, n’est pas assenée... mais parsemée. Cela donne un texte qui paraîtra peut-être très sensible à certains, voire très collégial, et pourtant si subtil, si léger et dense à la fois...


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Si l’intensité du récit connaît des hauts et des bas, avec des épisodes parfois attendus ou plus convenus, l’essentiel est de se laisser charmer par la plume légère de CROWLEY. Intelligemment, elle met en valeur une intrigue qui nous parle du sens de la mystification [les contemporains de Roseau qui parle considèrent que leurs ancêtres "disparus", les hommes, sont des anges].

Ce récit à mi-chemin entre fantasy et science-fiction se révèle donc envoûtant, déroutant, très attachant pour peu qu’on prenne la peine de suivre l’auteur là où il veut nous mener.
Une bouffée d’air frais...