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Publié le 06/12/2009

L’Homme qui s’est retrouvé
de Henri Duvernois

ÉDITIONS DE L’ARBRE VENGEUR, NOV.2009

Par Tallis

Les éditions de l’Arbre Vengeur ont le don de dénicher l’auteur ou le texte rare. Après avoir remis en lumière des petites merveilles comme Quinzinzinzili, L’Œil du purgatoire ou Les Ruines de Paris en 4908, les voilà qui débusquent un roman fantastique oublié : L’Homme qui s’est retrouvé.
Auteur éclectique, Henri Duvernois a publié nouvelles, romans et opérettes. Il a rencontré à la fois succès public et reconnaissance critique de son vivant mais a disparu au fil des ans des tablettes littéraires depuis sa mort en 1937.
Le roman exhumé par L’Arbre vengeur, écrit en 1936, reste sa seule incursion dans la littérature de genre.


Maxime-Félix Portereau, riche et oisif parisien, porte avec morosité sa cinquantaine. Seule Georgette, sa coquette maîtresse, lui apporte plaisir et réconfort. Mais sa lucidité et sa nature désabusée ne se satisfont plus d’une vie monotone et d’une relation amoureuse qu’il devine guidée par l’appât du gain. Les souvenirs d’une jeunesse gâchée malgré des talents artistiques évidents achèvent d’assombrir ce qui pourrait être une retraite dorée.

L’irruption d’un jeune savant fantaisiste nommé Varvouste va donner à cette existence morose un virage inattendu. Ce dernier propose en effet à Portereau de financer dans le plus grand secret un projet de voyage spatial qui doit le mener vers une planète voisine de Proxima du Centaure. Portereau accepte à la condition express de piloter lui-même l’engin. Au bout du voyage, le voilà qui atterrit, à son plus grand ébahissement… sur une Terre plus jeune de près de quarante ans !
Et que peut faire notre héros dans cette situation des plus insolites, sinon essayer de se rencontrer dans une vie antérieure et tenter de corriger ce qui peut l’être ?

Élégance et lucidité caractérisent ce magnifique récit de genre. Élégance du style tout d’abord. La plume d’Henri Duvernois n’a pas pris une ride à plus de soixante-dix ans de distance. La justesse et la concision des descriptions, la finesse psychologique, flattent l’œil et réjouissent l’esprit.

La suite ne déçoit pas. L’auteur retrace le parcours d’un homme qui court après sa jeunesse, se confronte à ses souvenirs et lutte contre l’inéluctable. Et il le fait avec un mince sourire désabusé aux lèvres. On imagine notre homme exhumant ses propres souvenirs, disséquant ce que la jeunesse peut contenir de bêtises et analysant comment ceux qui vous aiment le plus finissent par vous écraser de leur trop-plein de sollicitude.

L’angoisse de Portereau devant sa mère ressuscitée, la lucidité et l’intransigeance dont il fait preuve face à un lui-même décidément plus bête qu’il n’imaginait, le désespoir qui l’étreint devant les opportunités gâchées forment autant de scènes d’une universalité de propos bouleversante. Et ce malgré l’inévitable parfum rétro né d’une époque révolue.

Le pessimisme du propos rapproche également Duvernois de Spitz et Messac. L’humanité dépeinte ici n’y est guère plus réjouissante. On devine assez vite que le périple de Portereau ne se déroulera pas sous les meilleurs auspices. Mais là où Spitz apparaît désabusé et Messac nihiliste, la vision de Duvernois est toute empreinte de nostalgie et de mélancolie, nimbée d’un humour et d’une élégance admirables.
Cette réédition se révèle donc d’une pertinence redoutable : l’univers de Duvernois se montre très proche d’autres auteurs remis en lumière par l’Arbre Vengeur avec, toutefois, un style et une atmosphère résolument personnels.

La modernité de ce livre, publié en 1936, émerveille également. Ecrit près de quarante ans après La Machine à explorer le temps de Wells mais antérieurs à des ouvrages aussi célèbres que Le Voyageur imprudent de Barjavel ou La Planète des singes de Pierre Boulle, ce texte apparaît comme un chaînon manquant dans la longue tradition des romans traitant du voyage temporel.
L’angle de traitement choisi par Duvernois, axé sur l’approche psychologique et le roman de mœurs, reste également tout à fait d’actualité. Il n’est qu’à voir les similarités offertes avec un roman comme L’Échange d’Alan Brennert pour s’en convaincre.


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Roman sur nos rêves brisés offrant une étonnante vision du passage à l’âge adulte, L’Homme qui s’est retrouvé se parcourt de bout en bout avec le sourire aux lèvres. Mais un sourire bien près de se lézarder sous le poids de l’émotion et des illusions perdues.