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Publié le 01/02/2010

L’Infante du Rock de Romain Slocombe

ÉD. PARIGRAMME, COLL. « NOIR 7.5 », NOVEMBRE 2009

Par Ubik

Alain Gluckheim a vécu des jours plus excitants, une jeunesse passée à 100 km/h, au son des guitares saturées, la drogue et l’alcool en abondance. Des années d’excès, des souvenirs à foison. Depuis, l’ex-parolier des Mona Toys, Glucose pour les intimes, celui que les fans surnommaient le crazy poet du Trocadéro, goûte la tranquillité d’une vie rangée, écrivant des polars et ployant l’échine devant les diktats de son éditeur. Il faut bien que jeunesse se passe. Partageant les maux de nombreux citadins – stress, neurasthénie, hypocondrie – la quarantaine, de petite taille, il subit plus qu’il ne vit. Son quotidien s’organise autour de deux pôles : son appartement et une épouse japonaise internée en hôpital psychiatrique pour y soigner une dépression aigüe, nommée syndrome de Paris par les spécialistes. Bref, les perspectives d’avenir apparaissent bouchées. Restent les souvenirs, la nostalgie et quelques fâcheux pour vivre à son crochet, voire pour l’embarquer dans des plans foireux. Et l’ombre de Mona Granados...
L’égérie du groupe hante, pour ainsi dire, Alain depuis son séjour au Japon et depuis que l’on a retrouvé le cadavre de la jeune femme dans la Seine. Un corps dépourvu de tête, de mains et de pieds. De quoi donner de la substance aux rumeurs qui la prétendent vivante. De quoi renouer avec le passé.


Graphiste, dessinateur, photographe, réalisateur et écrivain, Romain Slocombe cumule les talents d’un touche-à-tout et un goût affirmé pour les déviances. Publié à la « Série noire » en 2000, il se fait connaître du public accoutumé au polar avec la série de La Crucifixion en jaune. Passé chez « Fayard noir » en compagnie de Patrick Raynal, il y entame un nouveau cycle : L’océan de la stérilité. Entretemps, il contribue au Poulpe et publie de nombreux livres, romans pour la jeunesse et albums de photographies.

Dédié au groupe Bazooka auquel il a collaboré, et à Jean-Pierre Dionnet, L’Infante du Rock rend aussi hommage à Paris. Le roman peut se lire comme une déclaration d’amour pour la capitale. Ses places, ses boulevards, ses quartiers animés, ses lieux de convivialité servent de cadre aux pérégrinations de Glucose, et l’on sent poindre l’affection – qui sait, le vécu – de l’auteur pour tous ces lieux. Ce Paris n’est pas celui que photographient les hordes de touristes, harcelées par les rabatteurs et en proie aux plaisirs vulgaires. Ce n’est pas davantage celui des beaux quartiers sécurisés. C’est un Paris des marges, ou plutôt en marge, historique, connu des seuls habitués ou de ceux qui l’ont gravé dans leur mémoire. Pourtant cette acception de la capitale prévaut, gâtant le paysage d’Alain Glukheim.

Bâtie à la manière d’un puzzle, l’intrigue alterne le présent – l’incertitude demeurant sur l’année exacte – et le passé intime de Glucose, déroulé comme le fil d’une pelote. L’atmosphère oscille entre noirceur et humour amer, ultime politesse rendue par un narrateur désabusé. Toutefois, c’est bien la nostalgie qui imprègne le récit, faisant de Alain Glukheim un personnage attachant, souvent pathétique, mais au final humain.

Au fil de l’histoire, on retrouve les thèmes habituels de Slocombe. Sa grande connaissance du Japon et de sa culture – un peuple d’une gentillesse désarmante – de l’art contemporain, de la musique et de l’Histoire, nourrissent le roman, lui conférant un parfum d’authenticité. Son sens du rythme et de l’intrigue contribuent à rendre l’enquête et l’errance de Gluckheim passionnante de bout en bout.


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On nous dira, à juste titre, que tout ceci n’est pas très science-fictif. Certes, mais tout ceci est bon et il serait dommage pour les amoureux de Paris comme pour les amateurs de polars de négliger ce titre. Et puis, science-fiction et rock sont issus des mêmes foyers de la contre-culture, quant ils ne sont pas parfois intimement liés.
Aussi, ne soyons pas sectaires.