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Première publication le 02/04/2004
Publié le 12/11/2007

L’Oecumène d’or de John C. Wright

[The Golden Age]

ED. L’ATALANTE, 2003 - REED. LE LIVRE DE POCHE, OCT. 2007

Par Ubik

Le premier volume du cycle de John C. Wright paraît en France précédé d’une réputation flatteuse. En effet, The Golden Age, qui sera suivi par The Phoenix exultant, a été comparé outre-atlantique à l’œuvre de William Gibson et à celle de Gene Wolfe. Mais, John C. Wright reconnaît également être redevable à Jack Vance et Alfred Van Vogt pour cet opéra de l’espace sophistiqué.


Dans la mythologie grecque, Phaéton est le fils d’Hélios, le dieu du soleil. Lorsque celui-ci emprunte le char de son père, [le char du Soleil], il manque de calciner la Terre et celle-ci ne doit son salut qu’à Zeus, qui foudroie l’imprudent.

De nombreux personnages et motifs du roman de John C. Wright découlent de ce mythe. A l’instar de son homonyme grec, le Phaéton de L’Oecumène d’or a commis par le passé un acte menaçant l’harmonie de la société. Cependant, au lieu de la foudre, il a encouru un effacement de sa mémoire, le condamnant pour le bien de tous à l’oubli. Quel est ce passé ? La réponse figure dans un enregistrement mnémonique qu’il a effectué et qu’il ne peut consulter sous peine de bannissement par ses pairs. En effet, dans la société hédoniste de l’Oecumène d’or, la liberté est considérée comme un droit absolu tant qu’elle ne menace pas l’équilibre de l’ordre idéal établi.

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L’édition de L’Atalante, 2003

En situant son récit très loin dans l’avenir, John C. Wright se dégage des contingences matérielles de l’immédiate anticipation. Il met en scène une utopie baroque, codifiée et extrêmement complexe.
Grâce à la mentalité nouménale, l’humanité jouit de l’immortalité et vit à l’abri de la guerre et des crimes. Il est désormais possible de sauvegarder sa psyché et de la télécharger dans un autre réceptacle biologique ou mécanique, voire de vivre éternellement dans un oniromonde ou au sein d’un esprit de masse. L’ubiquité n’est plus impensable grâce à la téléprésence via des mannequins ou des partiels que l’on peut émanciper, créant des doubles incomplets de sa personnalité.
A tout cela, s’ajoute la possibilité d’améliorer les capacités de son cerveau en allant jusqu’à la reconfiguration totale afin de percevoir la réalité autrement.

Dans ce meilleur des mondes, où les humains classés par neuroformes côtoient pacifiquement des sophotechs [des I.A.], tout est possible, à la condition de payer, car l’utopie n’est pas égalitaire. L’auteur préfère la qualifier de libertarienne, proposant un bonheur sans propriété publique. De plus, l’harmonie utopique repose sur un consensus qui ne tolère les utopies personnelles que dans de strictes limites. C’est là d’ailleurs, l’interdit que semble avoir franchi le personnage de Phaéton.


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Passé une période d’adaptation aux codes singuliers de cet univers et à la sophistication stylistique de l’écriture, qui ne facilitent pas la lecture, la richesse et la profondeur de ce roman se révèlent peu à peu.
John C. Wright a créé un monde original qui sort des sentiers battus de l’anticipation. Il ne faut pas s’attendre à un feu d’artifice d’action, le summum de l’inaction étant atteint dès le deuxième chapitre au cours de la rencontre avec un Neptunien, et le récit ne démarrant vraiment qu’à la toute fin du livre [ que le chemin est long d’ailleurs jusqu’à la décision prévisible de Phaéton ].

L’Oecumène d’or n’est ni plus ni moins qu’un long texte d’exposition de ce monde que l’on peut qualifier, en osant une formulation sans doute forcée, d’utopie post-cyberpunk, ce qui réjouira les amateurs de ce courant.

Avant Le Phenix exultant qui poursuit cette geste d’un avenir lointain.