EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 03/10/2006

L’algébriste de Iain M. Banks

[The algebraist, 2004]

ED. BRAGELONNE / L’OMBRE, SEPT. 2006

Par PAT

Il y a le Banks mainstream, le Banks SF Culture et le Banks SF non Culture. Publié récemment au Royaume-Uni, The algebraist fait assurément partie de la troisième catégorie, avec un univers parfaitement nouveau, du moins dans l’œuvre de cet auteur si singulier. Nouveau, certes, mais en y regardant de près, les situations, les ambiances, les organisations politiques et les fracas guerriers qui les accompagnent n’ont au contraire rien de bien original pour un lecteur de SF, même novice.


Après quelques pages, on comprend que L’algébriste [au sens de "celui qui fait de l’algèbre"] est avant tout une parodie. Une parodie somme toute assez classique du Space Opera et de ses canons esthétiques, narratifs et scientifiques. Nous avons donc affaire à un empire galactique [le "Mercatoria"] étendu sur une échelle hallucinante grâce à la technologie des trous de vers.

Via ces autoroutes spatiales somme toute bien commodes, les problèmes de transport, d’exploration, de communication et d’organisation gouvernementale sont réglés une bonne fois pour toutes. Tout ne serait qu’ordre et beauté si d’affreux rebelles, aussi stupides que violents, ne se livraient de temps en temps à des attaques terroristes du fond de leurs banlieues galactiques crasseuses.

Bien entendu, on apprendra sur la fin [mais sans vraiment aborder le problème en profondeur, un défaut que l’on appliquera d’ailleurs à l’ensemble du livre] que ces fameux rebelles ne sont en fait pas si méchants et que l’empire galactique n’est pas que calme et volupté.

Bref, ces dangereux activistes se font une spécialité d’effectuer quelques raids éclairs sur les systèmes isolés, détruisant au passage les portails des trous de vers, condamnant de fait lesdits systèmes visés à une isolation autarcique souvent catastrophique et parfois étalée sur plusieurs millénaires. Car oui, effectivement oui, détruire un portail implique que le centre galactique en achemine un nouveau, à une vitesse certes proche de celle de la lumière, mais qui ne la dépasse en aucun cas.
Si vous habitez à 3000 années lumière du centre, you are screwed [pour faire court].

C’est ce qui arrive à un petit système dont tout le monde se fiche éperdument, et dont l’organisation vire au chaos total avant de sombrer dans une sorte d’âge sombre spatio-médiéval. L’archimandrite Luciferous, potentat local assoiffé de sang et de pouvoir [ce qui donne lieu à quelques scènes de tortures fort réjouissantes et toujours subtilement drôles dans leur démesure], décide d’envahir le système presque voisin, ce dernier ayant lui aussi subi une destruction de son portail quelques décennies auparavant. Système solaire assez classique avec géante gazeuse et nombreuses lunes en orbite, ‘Glantine [c’est son nom] est comme un doigt coupé de l’empire. Toujours politiquement stable malgré une isolation forcée qui ne sera pas rompue avant plusieurs décennies, le gouvernement cohabite pacifiquement avec les habitants de la géante gazeuse Nasqueron.

Formes de vies profondément étrangères et flottantes, les Dwellers [les "Habitants", littéralement. Un terme à rapprocher des "êtres humains" des indiens d’Amérique du nord] incarnent un monde à part à eux seuls. Espèce pan-galactique dont la lente et incroyable diaspora les a fait coloniser quasiment chaque géante gazeuse de l’univers connu, ils ont toujours été, et, manifestement, seront toujours là. Intelligents, organisés dans une sorte de douce anarchie individualiste et édoniste, leur durée de vie atteint plusieurs milliard d’années, et leurs connaissances semblent sans limites. Aussi amusés qu’agacés par les formes de vie rapides [dont les humains] qui vivent, se développent, grandissent et meurent le temps d’un battement d’oeil [à leur échelle], les Dwellers sont étudiés de près par les humains, via un ordre particulier [les “ seers ”], chargé de collecter des informations les concernant.

Plutôt à l’aise avec ces curieuses créatures, Fassin Taak est un Seer comme les autres, menant une existence agréable [malgré quelques souvenirs douloureux magistralement racontés par l’auteur] sur l’une des lunes de Nasqueron. Sans le savoir, il met le doigt sur un petit [mais vraiment petit] bout de piste qui pourrait éventuellement conduire, avec beaucoup de si, peut-être, ça n’est pas si sûr, à ce qu’on appelle la liste des Dwellers, information secrète et mythique qui recense les trous de vers cachés et mis au point par les Dwellers eux-mêmes, à l’abri du regard cupide des autres races galactiques.

Pour le Mercatoria, récupérer ce secret permettrait de régler définitivement le problème des rebelles, tout en empêchant l’invasion du système de ‘Glantine par le maléfique Luciferous. Chargé par une instance bureaucratique exotique de trouver cette fameuse liste, Fassin Taak s’embarque pour une aventure qui l’entraîne vers le secret le mieux gardé de l’univers, vers une révélation qui pourrait bien changer le monde à jamais...

Toujours superbement écrit et maîtrisé, le texte de Banks contient, on le voit, tous les ingrédients du bon vieux Space Opéra, ridicule compris. La bonne nouvelle, c’est qu’il les distors discrètement, rendant l’ensemble assez crédible, malgré un asburdus général plutôt gratiné.


COMMANDER

Cependant Banks se perd en route, s’embarque dans d’inutiles explications, charge l’histoire de longueurs parfois insupportable, livrant un roman inégal de bout en bout. On a , bien sûr, droit à quelques passages sublimes, mais l’ensemble est irrégulier. Oscillant entre récit ethnologique, space opera déjanté, textes à plusieurs voix et grand n’importe quoi, Banks ne trouve ni rythme ni vitesse de croisière.

Au final, c’est difficile à admettre, mais il faut bien l’avouer, The algebraist est un roman tout simplement ennuyeux. Long, beaucoup trop long, bancal et fatiguant, ce roman est la preuve que l’erreur est humaine, et que même les très grands auteurs ne sont pas à l’abri.