EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 05/06/2010

L’ange des larmes de Jean-Claude Bologne

ED. CALMANN-LEVY/INTERSTICES, AVRIL 2010

Par K2R2

Poursuivant son petit bonhomme de chemin, la collection « Interstices » continue de proposer une littérature de la marge, à la fois indéfinissable, terriblement familière et résolument originale. Se réclamant d’une double filiation, celle de Boulgakov et de la Nouvelle fiction, le roman de Jean-Claude Bologne surfe également sur la vague du thriller historico-mystique ; un genre qui nous a habitués au pire (Le Da Vinci code, de Dan Brown) comme au meilleur (Pardonnez nos offenses, de Romain Sardou).


Pour avoir contrarié l’une des prophéties du Christ (« Celui qui use du glaive périra par le glaive »), l’archange Cassiel est condamné à errer muet parmi les hommes. Surnommé l’ange des larmes, il tente depuis des siècles de contrecarrer les plans machiavéliques des incarnations successives de Satan. Au cœur de cette lutte séculaire, un couteau, celui qui tua Henri IV et fut à l’origine de bien d’autres meurtres. Cette arme fut pourtant pour son propriétaire initial un instrument de travail, celui de Pierre, apôtre de Jésus qui, pour son geste au Mont des oliviers, aurait dû périr par le glaive, mais fut crucifié par la faute de Cassiel.

Transmis comme une malédiction depuis l’Antiquité, le couteau échoue un jour entre les mains de Pierre de Mousquy, jeune aristocrate français en froid avec sa famille en raison de ses sympathies pour la République. Le jeune homme, qui se pique d’être poète, vit en concubinage avec Marie, jeune femme de basse extraction qui lui inspire une véritable passion.
Sans ressource, le couple survit difficilement et Pierre ne peut assurer le train de vie propre à sa condition. Acculé par sa situation financière désastreuse, Pierre dérobe la relique maudite à l’un de ses oncles, espérant en tirer bon prix. Mais le piège se referme sur le jeune homme, qui devra accomplir sa destinée ou périr. Désormais, il est le centre d’une machination qui vise à déstabiliser la Troisième République, car le couteau, jusqu’à ce qu’il accomplisse son cycle et retrouve son fourreau, devra à nouveau tuer et seul Cassiel est en mesure de protéger Pierre.

Affublé d’une intrigue un poil tirée par les cheveux, L’ange des larmes parvient à ne pas sombrer dans le ridicule et à éviter la boursouflure mystico-littéraire. C’est tout à l’honneur de Jean-Claude Bologne, qui fait preuve d’une érudition sans faille mâtinée de trouvailles personnelles parfaitement intégrées à la trame historique et religieuse.
On est loin de la somme ahurissante que constitue Le Nom de la Rose (Umberto Eco), mais L’ange des larmes n’en est que plus digeste. L’écriture est plutôt soignée et l’auteur s’autorise même quelques passages d’une rare fulgurance stylistique, de quoi clouer le bec aux admirateurs de Dan Brown, car la construction narrative est ici bien plus originale et tout aussi maîtrisée.

Si la filiation avec Le Maître et Marguerite est clairement assumée, Jean-Claude Bologne ne prétend pas pour autant boxer dans la même catégorie que Boulgakov. Alors que le roman de l’écrivain russe relève de la parabole aux multiples facettes (conte philosophique, roman d’amour, critique sociale et politique), L’ange des larmes est un roman à l’ambition plus mesurée, qui interroge la notion de bien et de mal (en cela il rejoint le roman de Boulgakov) et brouille le sens moral, tout en relevant clairement du divertissement. Mais en dépit de ses qualités, le roman de Jean-Claude Bologne laisse comme un petit goût d’inachevé, l’intrigue ne convainc hélas pas totalement et l’on peine à comprendre les motivations de certains protagonistes, de quoi sans doute chiffonner les lecteurs les plus cartésiens. L’auteur tente de se rattraper lors de la résolution du roman, mais son ouvrage aurait certainement gagné en profondeur et en clarté avec quelques chapitres de plus à son compteur. En moins de 230 pages, venir à bout d’une telle densité narrative relevait de toute façon de l’exploit.


COMMANDER

D’une lecture fluide et, sur le fond comme sur la forme, réellement maîtrisé, L’ange des larmes ne souffre une fois n’est pas coutume que de sa brièveté. On aurait aimé que l’auteur prenne le temps de dérouler un peu plus longuement son intrigue et s’épargne ainsi quelques raccourcis de narration. Le pari n’était pas gagné d’avance et d’autres s’y sont cassés les dents, mais L’ange des larmes est un roman de qualité, qui ne se prend pas au sérieux et s’autorise une certaine profondeur de propos.