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Publié le 01/04/2006

"L’anniversaire du monde" de Ursula LE GUIN

["The Birthday of the World", 2002]

EDITIONS ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, FEVRIER 2006

Par Soleil vert

Etant revenue sur le cycle de Terremer en 2003 ["Contes de Terremer"] et 2005, Ursula LE GUIN ajoute quelques chapitres à son autre grand cycle, celui de l’Ekumen, dans un nouvel opus « L’anniversaire du monde » .

L’ouvrage, préfacé par l’auteur, comprend huit nouvelles dont 6 sont rattachées explicitement au cycle de l’ Ekumen, cycle illustré, rappelons le, par les célèbres « La main gauche de la nuit », « Les dépossédés », « Le nom du monde est forêt »...


Une remarque pour commencer : on conçoit que dans un texte publié l’essentiel de l’activité éditoriale se concentre autour de la traduction et du soin apporté à la typographie. Mais pourquoi diable ne pas ajouter une table des matières à un recueil de nouvelles ?

Lors de la parution française de « La main gauche de la nuit », Jean-Pierre ANDREVON avait écrit « la vie sociale, sentimentale, psychique des Géthéniens, si elle donne lieu à quelques développements anecdotiques, n’est pas véritablement étudiée en profondeur ».Et bien c’est chose faite dans « Puberté en Kharaïde » ou nous assistons au rite d’initiation sentimentale et sexuelle d’un jeune Géthénien [pour mémoire les Géthéniens sont androgynes].

Dans les récits suivants Ursula LE GUIN poursuit dans la même veine ethnologique cette approche sociale et culturelle de divers peuples de l’Ekumen, parfois au détriment [à mon avis] de l’intérêt de l’intrigue.

« La question de Seggri » présente la caractéristique d’offrir plusieurs minis récits enchâssés dans une nouvelle. Il s’agit d’une société ou hommes et femmes vivent séparés, les femmes ayant le privilège du Savoir alors que les hommes parqués comme des étalons se livrent aux seules activités du sport et de la reproduction. Jusqu’ à la révolte... Ici LE GUIN chasse sur les terres de Tiptree

Les deux nouvelles suivantes [« Un amour qu’on n’a pas choisi », « Coutumes montagnardes » ont pour cadre la planète O ou se pratique le « sedoretu » c’est-à-dire le mariage à 4. Les règles très compliquées [et que les personnages vont bien entendu transgresser] autorisent deux relations hétérosexuelles, deux relations homosexuelles et... deux relations interdites. Plus fort que DELANY !

Le récit « Solitude » pose la question suivante : jusqu’ou peut on aller dans la compréhension de l’Autre sans se perdre soi-même. C’est la situation qu’affronte une ethnologue de l’Ekumen qui partie étudier de longues années la population de Onze-Soro est confrontée à l’altérité de sa propre fille. Un texte vertigineux de subtilité et d’intelligence, typique d’Ursula LE GUIN.

« Musique Ancienne » évoque la fin d’une société esclavagiste à laquelle est mêlée un représentant de l’ambassade Ekuménique de Werel. Un beau texte. « L’anniversaire du monde » a été publié dans « Fiction 1 » et décrit une de ces société antiques ou « le roi et le dieu ne font qu’un et le sacré est aussi proche et banal que la pain ou l’air qu’on respire. Et il se perd aussi facilement »

Enfin « Paradis perdu » clôt le recueil ; longue histoire de vaisseau spatial ou se succèdent plusieurs générations, dans la lignée de « Pour une autre Terre » de VAN VOGT ou « Croisière sans escale » de Brian ALDISS, et d’où j’extraie pour terminer, cette magnifique réflexion sur l’Histoire et l’Art :

« ...qu’en était il du comportement simplement normal habituel des êtres humains ? Qu’est ce qui est aberrant ? Qui est sain d’esprit ? Lisez l’Histoire, disent les professeurs. L’Histoire nous enseigne qui nous sommes comment nous nous sommes comportés et par conséquent comment nous nous comporterons.

Vraiment ? L’Histoire qu’on lit dans les livécrans, l’Histoire de la Terre ce passé effrayant d’injustice, de cruauté, d’esclavage de haine de meurtre - ce passé justifié et glorifié par chaque gouvernement et institution, ce gâchis de la vie humaine, de la vie animale, de la vie des plantes, de l’eau, de la planète ? Si c’est là ce que nous sommes quel espoir nous reste t’il ? L’Histoire doit être considérée comme ce à quoi nous avons échappé. C’est ce que nous étions, et non pas ce que nous sommes. L’Histoire est ce que nous devrons désormais ne plus être.

L’écume de l’océan salé a fait remonter une bulle. Elle flotte à la surface. Pour apprendre ce que nous sommes, ne regardons pas l’Histoire mais plutôt les arts, les traces de ce qu’il y a de meilleur en nous, notre génie. Les visages hollandais, vieux et tristes, nous regardent depuis la pénombre d’un siècle perdu. La magnifique tête solennelle de la mère est penchée sur le fils mort étendu sur ses genoux .Le vieux roi fou crie devant le corps de sa fille assassinée « Jamais, jamais, jamais ». Avec une infinie douceur, le Compatissant murmure « Cela ne dure pas, cela ne peut satisfaire, cela n’est pas » « Dors, dors » chantent les berceuses et « Délivre-moi ! » crie les chansons d’esclaves... »


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Même si l’arc électrique de l’émotion ne m’est pas toujours parvenu à la lecture de cet ouvrage, force est de reconnaître que le propos de Ursula LE GUIN est d’une intelligence et d’une liberté pratiquement sans égal en SF.