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Publié le 01/07/2007

« L’arc-en-ciel de la gravité » de Thomas PYNCHON

[« Gravity’s rainbow », 1973]

REED. DU SEUIL / FICTION & CIE, MAI 2007

Par Soleil vert

Précédemment paru en 1975 chez Plon puis en 1988 au Seuil, « L’arc-en-ciel de la gravité » de Thomas PYNCHON est réédité aujourd’hui chez ce même éditeur dans une quasi indifférence générale, à l’exception du Web ou l’auteur fait figure d’icône.
Il faut dire que la discrétion légendaire de PYNCHON et le caractère hors norme de sa production ne contribuent pas à son exposition médiatique. Mais le 4ème de couverture nous invitant à un voyage « post apocalyptique », quoi de plus naturel que le Cafard y mette son grain de sel ?


A la lecture de « l’arc en ciel de la gravité », un pavé de 700 pages, une citation en tête de la 3ème partie du roman revient constamment à l’esprit :
« Toto, j’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas... » [Dorothy, en arrivant à Oz.]

Les codes de lectures sont en effet dynamités ici : difficile de s’appuyer sur une intrigue ou une continuité narrative, les lieux sont esquissés, évènements, considérations historiques et scientifiques en tout genre, poèmes, jeux de mots se succèdent dans un délire permanent.
Robert SILVERBERG dans « Le fils de l’homme » avait poussé jusque dans ses retranchements le concept de la métamorphose corporelle. PYNCHON reprend ici ce concept et l’applique à la narration. Le lecteur est constamment désarçonné, au point d’être parfois tenté par des lectures aléatoires...
Les parentés de cet objet littéraire non identifié se situent du côté de DON DELILLO [« L’étoile de Ratner »] ou l’oeuvre de [Kurt VONNEGUT]. On pourrait aussi le considérer comme une suite de « V. »

Essayons donc d’accrocher quelques branches.

Le titre du roman « L’arc en ciel de gravité » évoque la trajectoire parabolique des fusées V1 et V2 qui s’abattent sur Londres à partir de 1944 - donc la frappe de la Mort.
Le personnage principal, le lieutenant Slothrop, présente une particularité intéressante : il connait de formidables érections aux endroits où des explosions vont avoir lieu. A Londres, dans les années 40, cela revient à une sorte de prescience des cibles des V2... En conséquence, il est surveillé de près par un expert militaire au nom impossible de Roger Mexico qui s’efforce lui, par des moyens plus mathématiques, de prévoir la topographie de la chute des fusées.
Après Londres, Slothrop poursuit ses pérégrinations dans le sud de la France, à Zurich puis en Allemagne ou sévit un certain Weissmann lanceur de fusées, non loin du sinistre camp de Dora.

La symbolique sexuelle [et d’ailleurs la sexualité tout court] est omniprésente dans ce livre. Rarement l’obscur aphorisme « L’Histoire c’est le retour du refoulé » aura trouvé pareille illustration. La guerre y est présentée comme une perversion [cf. la théorie de Pavlov sur « L’inversion des contraires »] au même titre que les jeux de Katje, espionne et nymphomane, ou les fringales du général Pudding, grand amateur d‘étron.

L’image du V2 s’abattant sur la cité est aussi symbolique d’une anti-résurrection. L’être humain est renvoyé à la Terre, les Anges ne nous entendent pas [référence aux Elégies de Duino de RILKE] et tout ce que nous pouvons attendre de notre condition est une transfiguration, peut être par l’écriture. PYNCHON exprime ceci par un texte extrait d’un code de kamikazes :

« Hi wa Ri ni katazu

Ri wa Ho ni katazu

Ho wa Ken ni katazu

Ken wa ten ni katazu

L’injustice ne peut vaincre les principes

Les principes ne peuvent vaincre les lois

Les lois ne peuvent vaincre la puissance

La puissance ne peut vaincre le ciel »

Autrement dit tout vient du Ciel y compris l’injustice.

Que cachent au final cette prose luxuriante, cette intertextualité, ces énigmes, ces images ?
Tout symbole dissimule une absence, un vide. Or le Vide est évoqué à de multiples reprises dans « Gravity’s Rainbow ». Par exemple PYNCHON établit un parallèle saisissant entre le pays natal de BORGES, l’Argentine du début du XXème siècle, ses pampas gigantesques, désolées, et l’oeuvre de l’auteur de « Fictions » peuplée de labyrinthes.

Les romanciers ont horreur du vide ; c’est pour cela qu’ils écrivent.


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Sans rentrer dans la polémique de la traduction, cette édition souffre d’un cruel manque de paratexte [préface, notes de bas de page..] tant le roman se prête à l’intertextualité [jeux de mots, références en tout genre...].

La lecture de ce livre hors norme en serait facilitée.