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Publié le 01/11/2004

L’archipel du rêve de Christopher Priest

[An Infinite Summer, 1979]

ED. DENOEL / LUNES D’ENCRE, SEPT. 2004

Par Mr.C

Publié aux éditions Lunes d’encre [sous une couverture parfaitement inadaptée et, pour tout dire, un peu ridicule], L’archipel du rêve est l’occasion idéale d’aborder Christopher Priest dans ce qu’il a de plus délicat, de plus douloureux et de plus difficile à cerner.

Si L’archipel du rêve est à mettre en rapport avec La fontaine pétrifiant [en Folio SF], ce recueil n’est pas non plus étranger aux autres romans parus également chez Lunes d’encre [Les extrêmes et l’extraordinaire Le prestige]. On y retrouve le perpétuel décalage des personnages par rapport à une existence souvent subie, une douleur existentielle bien difficile à exprimer et une étrangeté générale à la fois inquiétante et curieuse.


Cet ouvrage mérite d’abord un coup de chapeau éditorial. Il est en effet sans équivalent en langue anglaise car contenant une nouvelle de plus que l’édition anglaise de 1999 de même nom. De plus l’ouvrage est suivi d’une bibliographie extrêmement précise. Les sept nouvelles qui composent le recueil ont paru pour la plupart entre 1978 et 1981.Une partie d’entre elles avait fait l’objet d’un recueil sous la direction de Marianne Leconte en 1981.

L’Archipel du rêve s’étend entre deux continents qui se livrent à une guerre immémoriale. Les récits se déroulent soit sur les continents [La négation et en partie La libération] soit sur l’archipel qui est un terrain neutre.

S’il n’est évidemment pas question de résumer ici les sept nouvelles du recueil, il n’est pas inutile de préciser qu’il s’agit de la peinture d’un monde hors du temps, un archipel aux frontières peu définies qui sépare deux continents en guerre perpétuelle [celui-là même qui fait figure de construction mentale névrotique dans La fontaine pétrifiante].

Sexuelles, violentes, subtiles et magnifiques dans l’art de l’ellipse, les nouvelles de L’archipel du rêve relèvent de l’attente comme du changement. Attente de ce qui vient quand on décide de passer à l’acte [La négation, texte imposant dans lequel un jeune soldat apprenti poête finit par déserter dans la neige et le froid, lassé par une existence absurde et des patrouilles inutiles au pied d’un mur très kafkaien, censé protèger la région d’une hypothétique invasion ennemle. Une nouvelle à mettre en rapport avec un certain Désert des tartares de D. Buzzati].

Attente encore du voyeur fasciné par la sexualité d’une peuplade mystérieuse dont il cherche à percer le secret [dans le très percutant Le regard], changement de la jeune femme venue régler les différentes formalités suite au décès d’un oncle éloigné, et qui finira par vivre une aventure avec la policière chargée de sa surveillance [La cavité miraculeuse], changement d’un déserteur ou d’un visiteur, attente des uns, des autres et de ceux dont on a peur, L’archipel du rêve est une étonnante invitation au voyage.

Un voyage difficile d’accès, à réserver aux plus motivés, mais dont la profondeur et la puissance descriptive livrent un Christopher Priest dans sa nudité crue.


L’archipel du rêve participe au cycle du même nom, un cycle qui, à ce jour, comporte trois volets :

  • L’Archipel du Rêve [An Infinite Summer, 1979]
  • La Fontaine pétrifiante [The Affirmation, 1981]
  • Le Don [The Glamour, 1984]

TROIS QUESTIONS A... GILLES DUMAY [DIRECTEUR DE COLLECTION DENOEL / LUNES D’ENCRE]

- La parution de L’archipel du rêve est d’abord un évènement éditorial. Cet ouvrage est pour l’instant sans équivalent en langue anglaise, car il rassemble l’intégralité des nouvelles du cycle. Comment l’ouvrage est-il né ?

- Gilles Dumay : J’aimerais que la seconde édition de L’Archipel du rêve soit un événement éditorial, je doute que ce soit le cas. Pour le moment le livre passe complètement inaperçu.
Je suis à l’origine de cette publication française. Après Le Prestige et en attendant La Séparation j’ai signifié à l’auteur et à son agent mon grand intérêt pour cette oeuvre [c’est ce qu’on appelle faire une offre]. Ne restait plus qu’à faire les contrats.

- Cet ouvrage parait tenir une place majeure dans l’œuvre de Priest, car les premières nouvelles datent de 1978. Qu’en pensez vous ?

- C’est en effet quelque chose de central dans l’oeuvre de Christopher Priest ["La Fontaine pétrifiante" se rattache à ce cycle]. L’Archipel du rêve est une vision, une réflexion sur le pouvoir et le sexe que Chris affine et affûte sans cesse. Son prochain roman devrait faire partie de ce cycle.

Quels sont les auteurs auxquels Priest se réfère ? Ballard entre autres, j’imagine ?

- Je ne sais pas trop. Le seul auteur dont Chris m’ait parlé en bien, c’est Keith Roberts. Je sais qu’il regrette que Philip K. Dick se soit "perdu" dans la SF plutôt que de faire son truc. C’est quelque chose qui revient souvent dans la conversation avec Priest : la nécessité, pour ne pas dire l’obligation de "faire son truc".


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Au finale, si l’auteur invite ainsi le lecteur dans son intimité, le procédé est tout sauf impudique. C’est là un recueil d’une puissance littéraire inhabituelle qui mérite non seulement d’être lu mais exige d’être relu.

On sort dérouté et envoûté du recueil, à l’’image de ces personnages présents dans leur absence, et dont on a bien du mal à se défaire une fois la dernière page tournée.