Publié le 03/02/2008

« L’automate de Nuremberg » de Thomas Day

ED. FOLIO "2€", JANV. 2008

Par Mr.C

La vie et le destin incroyable de Melchior, l’automate joueur d’échec du tsar Alexandre Ier, dans un XIXème siècle uchronique où l’épisode de la Bérézina n’empêche pas Napoléon de conquérir la Russie.
Un court roman de Thomas Day publié dans la collection blanche-et-pas-chère de Folio, réécriture d’une novela autrefois publiée dans la revue Bifrost.
Court mais superbe.


Melchior n’est pas un simple automate. Création d’un inventeur génial et fou, il possède une conscience. La question qui l’obsède est "suis-je une machine" ? Pour tenter d’y répondre, il profite de la débâcle russe face aux armées napoléoniennes pour partir à la recherche de son créateur.

On voit comment le sujet de Thomas Day rejoint ici une thématique récurrente de la science-fiction : celle de l’intelligence artificielle. L’avoir posée au XIXème siècle, à propos d’un automate en bois renouvèle le thème. Car les limitations physiques de Melchior sont nombreuses : mains à quatre doigts incapables de porter de lourdes charges [après tout, il a été conçu pour jouer aux échecs], champ de vision limitée, mémoire réduite [gravée sur des cylindres amovibles], mécanisme à ressort qui l’oblige à être "remonté" régulièrement... on est loin des androïdes rêveurs de moutons électriques : Melchior est faible et son questionnement métaphysique a d’autant plus d’acuité. Son corps n’étant pas grand chose, il est essentiellement un esprit, un esprit qui doute, observe et s’interroge.

IA dépourvue d’émotion, Melchior a tout de même un sens de la justice marqué et une intelligence hors norme, qui lui permettra lors de ses pérégrinations d’accéder à la citoyenneté britannique puis de faire une carrière d’ingénieur brillante.
Mais le roman ne se cantonne pas à cela : Melchior n’est pas fils unique, et les expérimentations de son "père" ont abouti à d’autres résultats bien différents, deux frères qui ont tous deux moins bien réussi... le premier, l’aîné, dysfonctionne gravement [et Thomas Day s’est approprié ici avec brio la mystérieuse et véridique histoire de Kaspar Hauser, l’enfant perdu de Nuremberg], le second, le cadet, patauge dans une folie métaphysique et meurtrière qui confine au délire.

En dire davantage serait trop en dire car L’automate de Nuremberg ne pèse qu’un peu plus de 100 pages. L’intensité des thématiques, la puissance de l’intrigue, l’arrière-plan uchronique, auraient poussé d’autres auteurs a écrire 6 fois plus long. Thomas Day a toujours opté pour le plus court - on l’avait encore récemment fait remarquer à propos de l’épatant Trône d’ébène.
On ne peut s’empêcher de le regretter encore : en SF&F, il y a trop de pavés qu’on eut rêvé de dégraisser pour ne pas s’attrister de romans brefs qu’on eut rêvé plus longs.


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L’avez-vous remarqué, c’est dans la collection à "petits prix" des Folio blancs que paraît cet intelligent automate.
2 € pour une poupée de bois capable de philosopher, y-a-t-il meilleure affaire ?