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Publié le 01/05/2008

« L’enfant de cristal - Une histoire de la vie enfouie » de Theodore ROSZAK

[« The Crystal Child », 2007]

ED. LE CHERCHE MIDI / NEO, FEV. 2008

Par Ubik

Les éditions du Cherche Midi poursuivent leur politique de publication des œuvres de l’écrivain et essayiste Theodore ROSZAK. Après son contre-classique Les Mémoires d’Elisabeth Frankenstein, voici son plus récent roman L’enfant de cristal, une réflexion intelligente sur la vie, la science et les mythes, deux ans après son best-seller La conspiration des ténèbres.


Aaron Lacey est un jeune garçon. Jeune n’est cependant par le terme qui vient à l’esprit lorsqu’on l’observe. Petit, voûté, la vue faible, le crâne chauve, Aaron offre tous les signes de la vieillesse alors que son acte de naissance témoigne de neuf années d’existence. L’enfant est en fait atteint de cette terrible maladie génétique que l’on nomme la progéria. L’organisme d’Aaron est acculé à un vieillissement accéléré. Le temps s’est - semble-t-il - définitivement emballé pour lui, l’emportant inexorablement vers une mort prématurée, car il n’existe pas de remède connu.

Lorsque ses parents le confie à la clinique du Docteur Julia Stein, la brillante gérontologue ne pense pas qu’elle puisse offrir davantage qu’un bref répit à Aaron. Pourtant, la scientifique ne se décourage pas. Elle multiplie les traitements et ne délaisse aucune piste, mêmes les plus hétérodoxes. Régime hypocalorique, cocktails médicamenteux et hormonaux, stimulation par les jeux vidéos, tout est bon afin de redonner à Aaron l’envie de vivre, au moins jusqu’au terme de son existence.
Bientôt une relation d’amitié se noue entre le médecin et son patient car l’enfant est particulièrement attachant et intelligent. Et puis, miracle ! Après un coma alarmant, Aaron revient à la vie. Les traces de sénescence s’effacent peu-à-peu et il entame un processus de métamorphose qui suscite incompréhension et convoitise.

La première bifurcation de l’intrigue survient une fois passé l’étonnement de la rémission d’Aaron [la seule explication que nous aurons sur le miracle c’est que Aaron « n’est pas retourné en arrière, il a continué d’avancer »]. Commence alors une histoire d’amour entre l’enfant, désormais plus vieux que son âge en esprit, et Julia, bien incapable d’expliquer sa guérison. Un amour évidemment contre tous les codes moraux. Mais Aaron est-il encore un enfant ? Son corps est devenu une chrysalide fascinante qui exsude littéralement l’amour par tous les pores. Eros plus fort que Thanatos ? Pas si simple puisque cette passion qu’il inspire, et l’assouvissement sexuel qu’il laisse espérer, il ne l’éprouve pas lui-même. « Dire que la vie, c’est le sexe, c’est vraiment marcher à reculons. Le sexe permet de continuer à fabriquer de nouveaux corps. Mais ce n’est pas pour ça que les gens vivent. Le sexe est ce que les gens ont à la place de l’immortalité. » Quant au tabou moral qui pèse sur les relations sexuelles entre enfant et adulte, il ne le comprend plus. Comme finit par le deviner Julia, Aaron est devenu le puer aeternus, un mythe ancien réincarné.

Julia est donc condamné à une peine de prison qu’elle purge comme une paria, mise au ban de l’ensemble de la société y compris celle des hors-la-loi. Séparée de son mari, bannie de sa profession, elle rejoint Aaron à sa libération, dans la retraite où celui-ci vit caché après avoir fugué. Et une nouvelle fois, le récit bifurque abandonnant l’embryon de drame personnel que l’on sentait poindre. L’action se fixe au Mexique dans l’opulente et extravagante villa de Peter DeLeon, un gourou mégalomane et inquiétant qui se trouve placé à la tête d’une fructueuse entreprise qui fait le commerce de la jeunesse éternelle par le sexe. La petite mort plantureuse plutôt que la grande mort squelettique.
Pendant qu’Aaron poursuit son dialogue avec Julia, désormais promue au rang de confidente et de protectrice, il devient l’enjeu d’une lutte entre deux forces antagonistes qui souhaitent tirer profit de lui. D’une part le roublard DeLeon, personnage malin et calculateur, qui joue sur tous les tableaux afin d’accroître sa fortune, et d’autre part le généticien Kevin Forrester, tiraillé entre son ambition personnelle et ses soucis pécuniaires. Et pendant que les corps s’ébattent et que les personnalités se jaugent et s’affrontent, les symboles resurgissent. Tlaloc, la résidence surveillée de DeLeon, apparaît comme un microcosme partagé entre le haut - l’Olympe -, où se trouvent les appartements d’Aaron et le bas - l’enfer - où DeLeon cache dans une crypte son trésor. Un lieu labyrinthique à la hauteur de la personnalité fantasque de son propriétaire qui emprunte autant à Hermès qu’à Pan ; le bouffon et le satire, le charmeur et le faiseur de chaos, réunis dans un seul corps. Quant à Julia, elle fait désormais figure de pythie vouée à déchiffrer l’énigme que pose Aaron.

L’enfant de cristal est un roman au cheminement inattendu et aux réflexions posées sans aucun manichéisme malvenu. On y retrouve les thèmes habituels de l’auteur, sa grande érudition et son attachement à l’humain dans sa plus sensible et fragile acception. Les thématiques classiques de la SF que sont l’immortalité et le plus qu’humain, ne servent finalement que de points d’appui à celui-ci car, très rapidement, le lecteur se rend compte que Theodore ROSZAK oriente son propos dans une toute autre direction. En effet, les apparences sont trompeuses et ce qui s’annonce comme un thriller avec en ligne de mire le secret de l’immortalité, s’avère une réflexion sur la vie, perçue au travers du regard de la science, mais également des mythes. Mais s’en tenir aux idées serait réducteur car L’enfant de cristal est également un roman chaleureux, profondément humain, attaché aux psychologies et qui recèle néanmoins de zones d’ombre, celles portées par le pouvoir et l’hubris.


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L’enfant de cristal est donc un roman humaniste, porteur d’espoir et d’optimisme qui ouvre les perspectives au lieu de les clôturer définitivement.

« La science est contrainte, par nature, d’ignorer l’unique et l’exceptionnel.
Mais une fois que tu as vu de tes yeux l’unique, tu ne peux oublier que cette possibilité existe.
 »