EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 01/11/2005

"L’enfant de la prophétie" [Le livre des mots - Tome 1] de J.V. JONES

["The baker’s boy", 1995 ]

EDITION CALMANN-LEVY, OCT. 2005

Par Ubik

Parmi les trois romans parus dans la nouvelle collection dédiée à la Fantasy chez Calmann-lévy, j’ai sans doute tiré le mauvais numéro... Le titre additionne un enfant et une prophétie [c’est la traduction française, la V.O. rappelant trop une pagnolade], cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. De surcroît, l’illustration de couverture ne suscitait pas chez moi une attraction irrésistible. Bref, tout concourait à me faire rejeter le choix de ce genre de lecture. Pourtant, un concours de circonstances [merci qui seul AK le sait] et surtout une bonne volonté inébranlable [la mienne ; des fois je me mettrai des claques], se sont conjugués. L’espoir m’a effleuré pendant un moment. Les apparences sont peut-être trompeuses. Et bien non ! « L’enfant de la Prophétie » est bien ce qu’il semble être. Désolé, ce qui va suivre est le compte rendu d’un lecteur à qui ne s’adressait surtout pas ce roman.


D’entrée de jeu, résumons l’évolution de mon état mental au cours de cette lecture en un seul mot : calvaire. Intrigué par l’ouverture de l’histoire [une scène de viol, mais que les esprits chastes se rassurent, rien de trop gore], je suis ensuite passé par plusieurs stades. D’abord, l’assoupissement, le vrai, celui fourbe qui vous cueille au détour d’une page et qui vous fait relire dix fois la même phrase. Je suis sûr que tout le monde l’a connu au moins une fois celui-là. Conséquence logique et inévitable, le lendemain, je reprends le livre en ne me rappelant strictement rien de ce qui a précédé le point où je me suis arrêté la veille.

Puis, l’agacement, car au bout de onze relectures, je souhaiterai avancer dans ce foutu bouquin. Ce n’est pas que l’impatience me taraude mais j’ai tellement d’autres ouvrages alléchants en attente. Cependant, l’E-zine est un sacerdoce et Mr Cafard est son prophète, donc je persévère. Les stratégies pour éviter l’endormissement ayant toutes échouées, je me décide à sauter une page sur deux. Pas d’inquiétude pour la compréhension de l’histoire, de toute façon l’intrigue est téléphonée.

Il est peut-être temps d’en dire un mot - tout de même - de cette histoire : Au château de Harvell, situé sur le territoire très médiéval des Quatre Royaumes [voir la carte], le jeune mitron Jack est la victime malheureuse des brimades et des moqueries de tout le monde. Quand on est né sans père reconnu et d’une mère que la rumeur qualifie de volage, c’est ce qui arrive souvent [soupir]. Pendant ce temps dans les hautes sphères de l’Etat, le chancelier Baralis [un parvenu de la pire espèce] et le riche seigneur Maybor complotent avec assiduité et s’affrontent pour être roi à la place du roi.

Pendant ce temps à L’ouest chez le vieux guérisseur Bevlin [voir encore la carte] le jeune et courageux chevalier Taol est informé de l’existence d’une prophétie dont la réalisation risque d’imprimer un tournant capital à l’univers tout entier : « Quand les hommes d’honneur négligeront leur cause, Quand trois sangs seront savourés le même jour, Deux maisons uniront leurs lignées et leur or Et sèmeront les germes de la ruine. Alors viendra un homme sans père ni mère, Dont l’amante sera la sœur Et qui retiendra la main du destin. Les pierres seront brisées, le temple s’effondrera La marche du sombre empire s’interrompra, Mais c’est le fou qui détiendra la vérité. » Vite ! Il faut retrouver cet enfant avant la réalisation de la prophétie ci-dessus mentionnée ! Cinq ans plus tard, les événements se précipitent. Jack a mal à la tête car il a, par peur, restauré une fournée de pains dont il avait gâché la cuisson. Stupeur : il a donc des pouvoirs magiques cachés ! Il lui faut vite fuir car le chancelier, sorcier retors lui-même, n’aime pas la concurrence. Pendant ce temps, Taol croupi dans les geôles de l’archevêque de Rorne [voir la carte], un autre méchant cruel. Et puis, il y a la fille de Maybor qui s’enfuie car elle ne veut pas être mariée de force par son père. etc, etc, etc. Je m’arrête là pour épargner au lecteur la poursuite d’un récit où est convoqué toute la grosse artillerie [je devrais plutôt dire la poliorcétique pour faire d’époque] habituelle de la high Fantasy.

Après l’agacement, l’accablement a fini par conquérir mon intellect. On pourrait résumer la situation dans laquelle je me trouve par cette formule familière : « il y a un truc forcément qui va m’amener à reconsidérer mon point de vue. » Donc, je poursuis la lecture en quête, moi aussi, du déclic, de l’éclair qui va me transcender et me faire porter aux nues J. V. JONES. J’aurais dû me fier davantage à la lecture de la quatrième de couverture : « L’enfant de la Prophétie inaugure un remarquable cycle de high Fantasy initiatique aux personnages hauts en couleurs, un récit plein de complots, de suspense et de magie, non dénué d’humour, qui a rencontré un immense succès aux Etats-Unis. » Je passe sur l’immense succès et ne revient pas sur l’aspect initiatique [déjà abordé] pour me concentrer sur le reste du contenu de cette alléchante invitation.

D’abord, évoquons les « personnages hauts en couleur ». J. V. JONES convoque une galerie de joyeux drilles, tous plus ridicules les uns que les autres. Entre le petit mitron qui se découvre magicien, le sorcier concupiscent et voyeur qui connaît tous les passages secrets du château, le riche seigneur paillard et avide de pouvoir, le cruel archevêque qui passe son temps à se délecter à table* [*authentique] des brimades puériles qu’il exerce sur son subordonné, le noble et courageux chevalier, la donzelle libérée qui succombe à la première possibilité de bain venue, l’auteur ne fait pas que me gâter. Elle comble mes désirs les plus secrets en matière de clichés éventés et réduit la psychologie à un tour de passe-passe.

Côté « complots » .Là aussi, nous sommes particulièrement choyés. Les complts sont égrainés de manière besogneuse et se résument en tentatives d’assassinat par poison, poignard, jet d’urine [non, là je débloque], épée et tous, bien sûr, échouent [il ne faut pas tuer le suspense, je vais y revenir]. Le comble du navrant est atteint lorsque le seigneur Maybor, qui a échappé à la mort par robe empoisonnée de justesse, peste contre son ennemi Baralis car il va être obligé de détruire toute sa garde-robe classieuse. La honte, se retrouver à la Cour sans tenue décente. Heureusement que la maisonnée ne manque pas de servantes à la croupe accueillante* [*authentique] pour le réconforter.

Le « suspense » maintenant. Codifié n’est pas le mot le plus seyant pour le qualifier. Pathétique convient mieux tant les effets d’annonce sont grossiers. « Avec un sourire de satisfaction, il [Baralis] songea à Maybor ; dommage, sa mort prochaine allait l’empêcher d’assister à sa propre déconfiture. » Ces formules [ou leur équivalent] se répètent inlassablement jusqu’à la nausée toutes les deux pages. Ce n’est plus du suspense mais du harcèlement.

J’allais oublier les moments magiques de ce mémorable roman. La magie, c’est un artifice capital dans un roman de Fantasy. Ne faisons pas durer le suspense car le lecteur pourrait par mégarde cliquer la page et prendre connaissance de la réponse. [Ciel, je fais mon J. V. JONES]. Pour la magie donc, c’est un peu surfait [boule de feu, altération des objets et du temps et manipulation d’êtres vivants]. On frôle même l’escroquerie lorsque l’on lit [p. 131] « Ma foi Jack, tu me fais rougir. Tu donnes librement ton nom à un étranger qui te cache le sien. Bon nombre de gens croient qu’en apprenant le nom d’une personne, on obtient du pouvoir sur elle. » A ce moment-là, je n’ai pu m’empêcher de songer à Ursula Le GUIN.

Quant à l’humour dont n’est pas dénué le roman, il se situe fréquemment en dessous de la ceinture [qui n’est pas de chasteté] ou alors il est parfaitement involontaire [mais là, j’ai pitié].


COMMANDER

Pour faire acte utile quand même, je recommande vivement la lecture de « L’enfant de la Prophétie » à tous les amateurs de comique troupier, notamment je les invite à ne lire que les passages hilarants entre La Bousille et Finaud. De vrais morceaux de bravoure humoristiques.

Arrivé au terme de cette interminable chronique, un doute m’étreint subitement. Et si, J.V. JONES avait écrit cette histoire ridicule à dessein. Et si, à l’instar de Terry PRATCHETT, mais de manière fort différente, elle avait fait le choix d’user de tous les clichés les plus miteux, de tous les archétypes les plus éventés pour s’en moquer... Hum ! Cet argument ultime afin de sauver ce roman du naufrage est-il tenable ? Je sais que l’humour est une bonne excuse pour faire avaler des couleuvres. Cependant si cela était le cas ici, je proclamerais aussitôt que J.V. JONES est l’auteur de high Fantasy le plus tordu que j’ai lu. Et encore, je suis bon prince, Madame.