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Publié le 28/08/2010

L’enfant sorcier de Ssinahan de Georges Foveau

ED. FOLIO SF / INEDIT, MAI 2010

Par Tallis

En contant les pérégrinations de l’Enquêteur Impérial Soze depuis ses premiers pas (La Marche du Nord) jusqu’à son ascension à la tête de l’empire CamDlée (Les Mines de l’Est), Georges Foveau a bâti en quelques années un univers de fantasy des plus personnels.

Après la réédition révisée de ce cycle en 2006, Folio SF fait paraître un roman inédit qui vient se greffer tel un surgeon à l’ensemble.


La tétralogie initiale de Georges Foveau était centrée sur le personnage de Soze : confronté au mythe du « bon sauvage » dès sa première enquête, il se voyait ensuite plongé dans les méandres politiques d’une cité méridionale (Un port au Sud) avant d’affronter directement le terrible Mogart Priack, entité maléfique décidée à asservir l’Empire.
Sur la base de schémas traditionnels déjà maintes fois exploités, l’auteur imposait sa patte par le biais d’une plume très imagée. Non pas en faisant preuve d’originalité dans la narration (les ressorts scénaristiques de La Marche du Nord ou le combat final des Mines de l’Est ont déjà beaucoup servi par ailleurs…) mais en intégrant des éléments annexes tout à fait passionnants. La fascination de Georges Foveau pour le chamanisme ou pour les traditions orales à l’origine des contes et légendes infusaient chacun de ses romans et donnaient une indéniable fraîcheur, voire un charme presque naïf à son univers.

L’enfant sorcier emprunte dès le départ des chemins de traverse et commence là où finissait le premier roman, au sein de la nature primale de Ssinahan. Écorce de bouleau voit partir l’enquêteur principal Soze alors qu’elle se sait enceinte de lui. Elle pressent très vite que le destin de l’enfant peut se révéler exceptionnel et permettre de sauver la Marche du Nord. À condition toutefois de repousser les assauts des entités maléfiques envoyées par Mogart Priack.
Année après année, Écorce de Bouleau et son père, Lounx Noir, s’attellent donc à la tâche écrasante de protéger et d’éduquer le jeune Réveil du Cœur afin de le préparer aux épreuves futures.

Ce dernier roman du cycle de l’Empire renferme, en plus exacerbés encore, les mêmes défauts et qualités que les ouvrages précédents. Les amateurs de suspense échevelé et de rebondissements à répétition peuvent d’ores et déjà passer leur chemin : cette histoire d’éducation initiatique emprunte une trame balisée pour ne plus la quitter jusqu’à la fin. Les familiers de l’univers de Georges Foveau devineront très vite vers quelle conclusion le récit va les amener et reconnaîtront en filigrane des éléments des précédents romans.
Du coup, L’enfant sorcier fait office de trait d’union entre La Marche du Nord et Les Mines de l’Est, tuant tout suspense pour les lecteurs avertis mais devenant probablement trop cryptique pour les néophytes. Avec un récit s’étendant sur près de cinq cents pages, l’absence cruelle de climax s’accompagne de longueurs assez pesantes. La fin, laissant la porte ouverte à une suite éventuelle, clôt même l’ensemble sur une impression plutôt moyenne…

Cela se révèle d’autant plus dommageable pour les moments forts. Plaçant la totalité de son histoire au cœur de la Marche du Nord, Georges Foveau en profite pour donner libre cours à sa passion pour le chamanisme et la magie. Cérémonies d’initiation, scènes oniriques, rites de purification grouillent au sein d’une nature originelle. De même la description des communautés vivant en symbiose avec la faune et les divinités permet de toucher du doigt à de nombreuses reprises l’altérité de ces modes de vie. À ce titre, le trop court passage traitant de la société matriarcale des Aragnes se révèle fascinant.
Lorsqu’il décide de passer outre le caractère archétypal de certains personnages, Georges Foveau parvient également à frapper très fort. Le destin de Folie de Lounx – véritable trait d’union entre l’homme et la bête sauvage – génère des scènes absolument bouleversantes. La figure de Glouton Vorace qui n’apparaît pourtant que très épisodiquement pique fortement la curiosité. À se demander si l’auteur n’aurait pas mieux fait d’excentrer complètement son angle de vue et de se focaliser sur ces figures secondaires.


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Avec L’enfant sorcier de Ssinahan, Georges Foveau enrichit son univers de l’Empire CamDlée et laisse parler sa passion pour la nature et le chamanisme. Dommage que la trame romanesque ne se détache pas plus de la tétralogie originelle et que l’auteur n’ait pas cherché à développer les idées fortes et les personnages peuplant les chemins de traverse du récit.
Du coup, en lieu et place de ce roman décevant, on se prend à imaginer ce qu’un recueil de nouvelles sur le monde de Ssinahan aurait pu donner.