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Publié le 15/05/2007

« L’ensorceleuse » d’Elizabeth HAND

[« Mortal Love », 2004]

ED. DENOËL / HORS COLLECTION, AVRIL 2007

Par PAT

Injustement méconnue en France, Elizabeth HAND fait enfin parler d’elle avec son très joli et très particulier « Mortal Love », curieusement traduit en « L’ensorceleuse », mais que voulez-vous ma donne dame.
L’occasion de découvrir une plume poétique, décalée et parfois douloureusement précise. Qu’attend-on ?


Publié sous une couverture ridicule et totalement inadaptée [ah, ce magnifique ruban bleu vif qui rend si bien justice à la subtilité du texte...], « L’ensorceleuse » fait pourtant partie de ces livres qui envoûtent leurs lecteurs aussi sûrement qu’une pipe à opium. Elizabeth HAND y déploit sans vergogne son talent de styliste en petites touches impressionistes qui brossent peu à peu un tableau des plus curieux et des plus intéressants. Servi par une traduction de très haute tenue, le texte abonde en circonvolutions dérangeantes, en ellipses parfois hallucinatoires et possède le don à la fois magnifique et/ou énervant de ne jamais trop en dire. Les amateurs de fantasy gothique en seront pour leurs frais et ceux qui cherchent de la bonne vieille hache peuvent rentrer chez eux. Ici, on louche plus du côté d’André-François RUAUD et d’Ellen KUSHNER.

Mais si HAND ne révolutionne rien [empruntant même la "présence physique tangible" du surnaturel à Robert HOLDSTOCK, odeur comprise], elle détourne avec bonheur les codes du merveilleux, de la Fantasy à l’anglaise et de son sempiternel petit peuple. Car si le royaume des fées n’est jamais loin de l’Angleterre actuelle, ses habitants sont discrets, légers, éthérés et... remarquablement dangereux...
C’est le cas de Larkin Meade, femme magnifique qui hante, obsède et rend fou un journaliste américain venu à Londres travailler sur le mythe de tristan et Yseult. Larkin Meade est certes bien réelle, mais son ombre semble avoir dérangé pas mal de peintres à la fin du dix-neuvième siècle, au point d’être reconnue comme une muse par des hommes beaucoup trop humains pour comprendre réllement sa vraie nature. Qui est-elle ? Et surtout, que cherche-t-elle ?

A travers le destin de plusieurs personnages développés sur deux unités temporelles distinctes [très fin de siècle, évidemment, le dix-neuvième comme le vingtième], « L’ensorceleuse » nous conte la banale histoire de l’art et de ceux qui se perdent en l’écrivant. Car l’art est un don de soi, un don qui peut vous pousser au suicide. L’art peut vous faire plonger dans la démence aussi sûrement que le sourire de Larkin Meade vous fascine. L’art nous rappelle l’histoire du lapin hypnotisé par les phares qui se rapprochent très très [vraiment très] vite. L’art est dangereux. Et le diable vous emporte si vous vous y brûlez les ailes.


Elizabeth HAND est américaine, née en 1957, et la créatrice de la BD post-punk culte Anima chez DC Comics, et l’auteur multi-primée de plusieurs nouvelles et romans de Sf&F.
Côté romans, on peut citer, outre « Mortal Love » [2004] :

  • « Waking the Moon » [1994], James Tiptree Jr. Award et Mythopoeic Society Award
  • « Black Light » [1999].

Elle a aussi publié plusieurs recueils de nouvelles :

  • « Last Summer at Mars Hill » [1998] dont la nouvelle titre a reçu les prix Nebula et World Fantasy
  • « Pavane for a Prince of the Air » [2002]
  • « Cleopatra Brimstone » [2001], International Horror Guild Award
  • « Bibliomancy », World Fantasy Award en 2004.

Elizabeth HAND vient de recevoir, le 12 mai 2007, le Prix Nebula de la Meilleure Nouvelles pour « Echo » [F&SF, Oct/Nov05], un texte à paraître prochainement dans l’anthologie périodique « Fiction » n°6.


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Bien vu, suffisamment obscur pour être dérangeant et assez limpide pour ne pas trop frustrer un lecteur avide d’en savoir plus, « L’ensorceleuse » est l’une des bonnes surprises du printemps.

Elizabeth HAND n’a rien à prouver outre-Atlantique et se confronte désomais au lectorat français. Si la lecture du roman est parfois déstabilisante [pour ne pas dire frustrante], le voyage mérite largement le détour et prouvera à ceux qui en doutent encore que l’imaginaire féérique n’a vraiment rien à voir avec Walt Disney.

Ne reste plus qu’à se précipiter vers les autres romans dont... Ah zut, aucun n’est encore traduit [si on oublie « L’éveil de la lune », aujourd’hui indisponible]. Les lecteurs anglophones seront ravis, les autres seront patients.