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Publié le 05/04/2009

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman

[The Graveyard Book, 2008]

ED. ALBIN MICHEL / WIZ

Par Shinjiku

Publié dans la jeune collection Wiz des éditions Albin Michel, (qui nous a déjà fourni La Malédiction d’Old Haven de Fabrice Colin entre autres), L’étrange vie de Nobody Owens surfe sur la vague de Coraline, précédent succès de Gaiman en jeunesse.
Ce "Livre-cimetière" (d’après le titre original) a provoqué un buzz médiatique autant outre-Atlantique qu’outre-Manche. Justifié ou ... pas ?


Récapitulons : Nobody Owens est un bambin tout ce qu’il y a de normal, jusqu’au jour où sa famille est décimée par un mystérieux assassin, "le Jack". Réfugié dans un cimetière, il sera élevé par une bande de spectres, notamment les défunts Mr et Mrs Owens ; son mentor Silas tentera de le protéger du meurtrier qui le recherche toujours, mais aussi de toutes les vicissitudes et tentations du "monde extérieur", celui des vivants.
Si vous avez l’impression d’avoir lu le pitch du prochain film de Tim Burton, tout va bien : l’univers du roman est étonnamment proche de films comme L’étrange Noël de monsieur Jack ou Les Noces funèbres. Du reste le "vrai" réalisateur de ces deux films en motion picture, Henry Selick, a d’ores et déjà signé une adaptation de Coraline, tandis que Neil Jordan, réalisateur irlandais de, notamment, Entretien avec un vampire, est en train de tourner celle de Nobody Owens...

L’originalité est donc de convoquer occultisme et ésotérisme, ambiance néo-gothique satirique exigée, tout en proposant un récit initiatique très classique tendance teenager, dans un Londres contemporain où l’on s’envoie des mails, où les jeunes filles veulent des téléphones portables, et où des créatures terrées dans des caveaux font office de psychologues occultes.

" L’homme à la barbe et au turban, celui qui ne croyait pas aux fantômes, jetait des regards nerveux autour de lui. "

Nobody Owens, le Casper moderne, échappera-t-il à son poursuivant, et parviendra-t-il à s’intégrer au monde des vivants aussi facilement qu’à celui des morts ? Tels sont les enjeux de l’intrigue. Au-delà, ce sont évidemment les thèmes de l’éducation et de l’épanouissement de l’enfant qui sont traités : en bon apprenti de Lewis Carroll et de Rudyard Kipling [reconnu comme maître en fin d’ouvrage], Gaiman apprécie les gamins imaginatifs, débridés et anti-conformistes. Mais aussi ce sous-sous-sous genre que l’on pourrait appeler low fantasy ou fantasy urbaine : un monde imaginaire alternatif enclavé dans le monde réel. Il a lui même déjà exploré ce principe intéressant, dans Neverwhere et Coraline, et on le retrouve dans Le Parlement des fées de John Crowley (qui fut un des conseillers de GAIMAN pendant l’élaboration de Nobody Owens) ou plus simplement dans Harry Potter.
Du reste, le schéma narratif est très "rowlingien" : un garçon bascule dans un neverland, s’y forme et s’y fond grâce à des professeurs, et évolue ensuite en s’habituant toujours davantage à des valeurs et des principes magiques qui nous sont à la fois familiers et étrangers ; enfin il doit surmonter les tracas quotidiens tout en affrontant une menace bien plus pesante et dangereuse.

Sauf qu’ici, à la place des 7 tomes de Harry Potter, il n’y a que quelques chapitres, d’où un certain manque d’épaisseur.
C’est là que va peut-être se poser le problème : l’intrigue met du temps à devenir intéressante, et le style à trouver son rythme de croisière, disons cent pages au bas mot (mais tout s’explique : en fin d’ouvrage, Neil avoue avoir démarré l’écriture par le chapitre IV ; ah bon ouf tout va bien, ce qui précède est juste du remplissage niark niark) Et même là, l’usage de la nomenclature "jeunesse" (où le truc "d’aborder le thème de la mort" est très tendance), qui ne cessera jamais de m’intriguer, va obliger Gaiman à passer un temps fou à expliciter, montrer les choses trois fois au lieu de les suggérer, alors même que le vocabulaire employé et les références proposées ne sont pas moins "adultes" que dans un Neverwhere pourtant bien plus fouillé et abouti, et probablement tout aussi lisible par la même tranche d’âge que le public visé par Nobody Owens.
Les personnages secondaires ont du mal à exister, trop courts ou trop expédiés, malgré des personnalités sympathiques : la petite amie Scarlett avec ses parents de science-fiction [l’une est prof d’anglais, l’autre de physique des particules], Miss Lucescu la loup-garoute... L’humour reste gentillet, sans jamais atteindre celui d’un Muerto Kid ou d’un Pierre Tombal.
Dave Mc Kean, le dessinateur complice de Gaiman, modèle de toute une génération de graphistes, contribue à ce sentiment de trop peu : sa collaboration à Nobody Owens se résume à quelques dessins illustratifs, à des années-lumières de ses réalisations les plus abouties - songeons par exemple à Mr Punch ou Violent Cases.


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Des personnages qui ne semblent pas s’embarrasser de démêler le vrai du faux, des croyances ouvertes aux quatre vents, la mort qui s’ouvre à toutes sortes de fictions et de mythes modernes... cela reste du Gaiman dans la lettre.

L’étrange vie de Nobody Owens est sans doute de la très bonne littérature jeunesse, même si l’on est à mille lieux d’un Neverwhere ou même d’un bon vieux conte anglais du point de vue de l’épaisseur et de la maturité.