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Publié le 01/06/2008

Conan, l’Intégrale 2/3 - L’heure du Dragon, 1934 de Robert E. Howard

[The Bloody Crown of Conan, 1934]

ED. BRAGELONNE, 2008

Par paul muad’dib

L’heure du Dragon est le deuxième volume de l’intégrale de Conan qui parait chez Bragelonne, avec rappelons-le, la particularité de présenter les écrits de Robert E. Howard dans leur version d’origine non retouchée par Sprague de Camp.


Bien sûr le premier réflexe du fan que je suis est de lire le sommaire de ce livre tant attendu et de rapidement survoler l’introduction écrite par Patrice Louinet. A remarquer : ce volume ne compile que trois textes contrairement au premier volume qui lui, en présentait une bonne dizaine. Il s’agit de deux nouvelles et d’un roman [qui au passage correspond au titre de ce recueil] que Howard aurait écrit au cours de l’année 1934, année qui, selon notre préfacier, est celle de l’excellence pour l’écrivain texan.

Patrice Louinet annonce d’emblée la couleur : ces trois textes composent l’apogée créative de Howard vis à vis du Cimmérien cher à notre cœur. Reste à les lire et à vérifier s’il a raison.

Le Peuple du Cercle Noir

Le premier texte est une longue nouvelle Le Peuple du Cercle noir. Je remarque au passage que le titre de cette nouvelle ne m’est pas inconnue, car, étant en train de relire l’intégrale des comics "Savage Sword of Conan", je constate qu’elle a fait l’objet d’une adaptation par le tandem Thomas-Buscema, considérés comme les animateurs de la période faste des comics du cimmérien.

Dans cette nouvelle, Conan est le chef d’une bande de pillards d’une contrée hyborienne proche d’Afghulistan, d’Iranistan... Le roi de Vendhya meurt dans des circonstances étranges, laissant à sa sœur le soin de gouverner le royaume. Conan lui, ne souhaite que faire libérer sept de ses meilleurs hommes, retenus en captivité par ce royaume. Il se retrouve malgré lui impliqué dans une sombre histoire mêlant complots politiques et sorcelleries.
Alors qu’il vient dans la nuit négocier la libération de ses hommes, il enlève la Devi Yasmina venu chercher quelqu’un capable d’enquêter sur la mort du roi, son frère. Bien entendu, il ne se doute pas que son chantage le conduira au repaire des mystérieux et terrifiants Prophètes Noirs de Yimsha.

L’histoire est assez complexe, et débute formidablement bien. Conan va croiser une multitude de personnages plus fouillés que d’habitude, ainsi il coitoira des espions, sorciers dissidents, rebelles et bandits, qui ont tous leur intérêt scénaristique. La Devi Yasmina, vêtue par la force des chose d’une petite tenue et malmenée par des brutes épaisses, n’a rien des vierges effarouchées rencontrées dans la moitié des nouvelles du volume précédent. On notera surtout l’apparition de seconds rôles intéressants : Khemsa et Gitara, qui forment un joli couple de traîtres.

Outre ces aspects intéressants et sa lecture fluide, cette nouvelle n’est pas très convaincante, faute de cohérence. Les pistes ouvertes sont nombreuses, certaines sont peu exploitées, la formidable mise en place du début de la nouvelle contraste énormément avec la précipitation du récit sur la fin, qui se transforme assez vite en une course poursuite effrénée sans beaucoup de réflexion de la part des personnages. De même, l’évasion finale parait relativement aisée et soudaine alors qu’elle aurait pu constituer un atout de taille à faire pâlir les auteurs des meilleurs scénarios de "donjons et dragons".

L’Heure du dragon

Le roman L’Heure du dragon a été écrit dans des circonstances particulières. Robert E. Howard désirait être publié en Angleterre, mais il devait pour cela fournir un roman à l’éditeur britannique qu’il avait contacté. N’ayant jamais tenté l’expérience mais fort du succès du Peuple du cercle noir qu’il venait de terminer, tout semblait montrer qu’il était capable de produire un roman qu’il livre assez vite après s’être rapidement mis au travail. Ce roman sera également publié dans Weird Tales en plusieurs épisodes. Chaque parution du magasine ou presque durant l’année 1934, comporte une aventure de Conan qui trône la plupart du temps en page de couverture [accompagné d’une jeune fille systématiquement dénudée].

Ce roman prend place alors que Conan est Roi d’Aquilonie et qu’il est vers la fin de sa carrière. Une nouvelle fois le Roi Conan fait l’objet d’un sinistre et machiavélique complot. Quatre protagonistes pensent avoir trouvé un moyen imparable à l’aide d’une mystérieuse relique, le Cœur d’Ahriman. Le prêtre de Mitra Orastes ressuscite le cruel et terrifiant sorcier Xaltotun de Python, mort il y a de cela plusieurs siècles. Les pouvoirs diaboliques du sorcier sont en mesure de placer l’ambitieux Tarascus sur le trône de Némédie, et de déclencher ainsi une guerre contre l’Aquilonie afin de renverser Conan et de le remplacer par Valerius, noble décadent et dément, déshérité il y a bien longtemps par le prédécesseur de Conan.

L’instigateur de ce plan machiavélique est Amalric, fort de sa fortune personnelle, qui entend ainsi obtenir les deux puissants royaumes. Sauf que le sorcier Xaltotun possède ses propres ambitions et désire ardemment ressusciter le défunt Empire d’Acheron détruit depuis des siècles. Effectivement, Tarascus prend place à la tête du royaume de Némedie suite à la mort du roi légitime dans de mystérieuses circonstances et s’arme en vue de conquérir l’Aquilonie, afin de la rendre à Valérius. Grâce aux pouvoirs de Xaltotun, Conan est remplacé par un sosie à la tête de l’armée Aquilonienne qui tombe sous les assauts de la Némedie. Ainsi tout le monde est persuadé de la mort de Conan qui est en vérité prisonnier du sorcier.

Celui-ci parvient néanmoins à s’échapper et se met en quête du Cœur d’Ahriman, artefact capable de lui permettre de triompher de Xaltotun. Quête qui lui fera arpenter notamment les terres Stygiennes.

Le roman, globalement réussi, se lit très bien. Certains passages sont même particulièrement épiques comme par exemple le récit de l’écuyer de la dernière bataille au roi Conan exténué de rage. Toutefois, on dénote clairement que Howard est plus un écrivain de nouvelles, parce que malgré les forces manifestes de ce roman celui-ci possède de nombreux passages faiblards ou malvenus qui font que le récit pourtant épique est plutôt en forme d’accordéon avec des hauts et des bas. Xaltotun est ainsi plus ou moins exclu de toute une partie du récit alors que c’est l’un de ses principaux protagonistes. On a parfois ainsi l’impression que le roman est une suite de courtes nouvelles. Toutefois, l’exploitation de l’épique, de l’horreur, de magistrales scènes de bataille notamment au début et à la fin montrent paradoxalement qu’Howard possède un énorme talent narratif.

On notera au passage la rencontre avec la vampiresse au sein du temple stygien qui n’est pas s’en rappeler celle du film de John MILLIUS.

Une sorcière viendra au monde

Autre nouvelle qui a eu la chance de connaître une magnifique adaptation de la part de nos deux compères du monde des comics, Une sorcière viendra au monde est le dernier récit de ce recueil.

Et il s’agit une nouvelle fois d’un complot basé sur une ambiance prophétique : Salomé, une sorcière que l’on supposait morte accapare l’identité de sa sœur jumelle, la reine du Taramis ; Conan, alors capitaine de la garde, comprend qu’il y a quelque chose qui cloche et déclenche l’insurrection contre l’usurpatrice. Ecarté, laissé pour mort, Conan vit un temps dans le désert avec une bande de pillards des steppes puis revient libérer Taramis avec l’aide d’un jeune et fidèle chevalier.

Ce récit est particulier car Conan, bien que héros de la nouvelle n’y présent qu’occasionnellement. On notera une scène d’anthologie pleine de sadisme et complètement surréaliste à la fois symboliste et terriblement réaliste : la crucifixion de Conan [qui a une nouvelle fois justement inspiré Millius et Oliver Stone].

Suite à ces trois textes sont jointes un certain nombre d’annexes composées d’ébauches de récits et autres synopsis qui n’ont pour seule valeur que le ravissement des fans.

La post-face de Patrice Louinet est particulièrement intéressante et nous permet de mieux appréhender le personnage qu’était Robert E. Howard. A lire sans modération.


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Pour ce qu’il me concerne, j’ai préféré le premier recueil, où l’art du récit d’Howard était mieux maitrisé lors de nouvelles courtes que sur des longs récits. Néanmoins, ce volume est très intéressant pour le fan que je suis, ne serait ce que par la possibilité qu’il offre de relire les écrits concernant mon cimmérien préféré sans retouches ou rajouts malheureux tels qu’ils existaient dans l’ancienne édition.

Sachez qu’en ce qui me concerne j’attends avec impatience le troisième tome des aventures de Conan, par Crom !!...