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Publié le 02/11/2008

« L’homme dans la Lune » de Francis GODWIN

[« The man in the Moone », 1638]

RÉÉD. L’INSULAIRE, MARS 2007 - [1ERE TRADUCTION, 1648]

Par Pegase

Auteur peu connu du grand public, guère plus des lecteurs de science-fiction, GODWIN délivre une oeuvre ambitieuse pour l’époque - première moitié du XVIIème siècle - qui mérite qu’on s’y arrête étant donné que l’utopie "L’homme dans la Lune" est un des textes précurseurs du genre, et de manière plus générale de la Littérature de L’imaginaire.


L’aventurier de ce formidable [et improbable] périple est un espagnol, Dominique Gonzales. Sans prévenir quiconque, le jeune homme abandonne ses études universitaires pour se consacrer à sa passion : les voyages et tout ce qu’ils apportent. Rencontrer d’autres personnes et découvrir des cultures très diversifiées. Il se rendra à l’île Sainte-Hélène, aux Indes et pour finir après son retour de la Lune, il atterrira en Chine.

Pour se déplacer par voie aérienne, Dominique a l’idée de faire un dressage de gansas (oiseaux). Il entraîne avec des poids des oies sauvages. L’essai concluant avec un agneau, il expérimente à son tour l’embarcation.

Bientôt, l’attelage prend de l’altitude. Encore et encore. Le vol durera douze jours, durant lesquels il n’éprouvera ni l’envie de boire ni le besoin de manger. Il explique cela « soit par la pureté de l’air ou de l’eau, pour n’être imbue d’aucune vapeur terrestre, me fournit alors d’une nourriture suffisante, soit qu’il le fallut attribuer à une autre cause que je confesse m’être inconnue ». Une fois sur la Lune, l’appétit revient. Les oies et lui-même se nourrissent de feuilles d’arbres.

Là-bas, le jeune homme rencontre une civilisation extraterrestre, scindée en trois sous- espèces en fonction de leur taille et de leur longévité. Certains d’entre eux mesurent le double d’un Homme et vivent un millénaire. Les extraterrestres, nous rapporte Dominique, sont très cultivés. Ils sont dirigés par un prince et au sommet de la hiérarchie se trouve le souverain seigneur Irdonozur. L’étranger est chaleureusement accueillit et la communication s’opère malgré la barrière du langage. Il prend succinctement connaissance des us et coutumes, rencontre le souverain seigneur furtivement puis repart sur la Terre...

Ce récit d’une centaine de pages est très instructif, agréable à lire bien que parfois désuet. Commençons par les points négatifs. En premier lieu, GODWIN est peu prolixe en matière de détails, notamment pour les paysages et la description des sociétés « lunaires ».

Deuxièmement, un passage de quelques lignes m’a singulièrement fait grincer des dents. Cette société extraterrestre se veut utopique, en particulier avec l’absence de heurts, encore moins de meurtres. Et pour cause : les individus auraient des dispositions décelables dès la naissance, identifiables grâce à des indices corporels essentiellement. Ceux qui seraient « naturellement enclins au vice, ils les envoient à la Terre [...] avant qu’ils n’aient le pouvoir de faire du mal ». Ils sont tous envoyés (Dominique ignore par quel moyen) sur une montagne au Nord de l’Amérique. A défaut d’être un génocide « physique », c’est un génocide « symbolique », à savoir le bannissement programmé et délibéré d’une partie de leur race. Cette odieuse idée a réellement été analysée par le médecin italien Césare LOMBROSO à la fin du XIXème siècle. A partir d’une étude des crânes humains, il détermina des caractéristiques physiques de la criminalité qui serait, selon lui, quelque chose d’innée.

On trouve en dehors de cet écart beaucoup de bonnes choses. En effet, GODWIN s’appuie sur les découvertes scientifiques de son époque. Il prend position, via son personnage, pour le paradigme héliocentrique ainsi que sur les forces de gravitation qui expliquent les trajectoires elliptiques des planètes autour du soleil (NEWTON). Il prône, à travers le concept de voyage, ses bienfaits initiatiques. GODWIN imagine également de mettre en place une langue universelle artificielle basée sur des tonalités et des notes, à l’instar des extraterrestres. Ainsi toutes les barrières linguistiques seraient annihilées. Plus tard, le philosophe allemand LEIBNIZ tentera en vain de formuler la characteristica universalis. D’autres s’y risqueront avec plus ou moins de réussite. Par exemple, le polonais ZAMENHOF qui construisit l’esperanto ou encore la volapuk de l’allemand SCHLEYER.


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L’homme dans la Lune est une curiosité historique et intellectuelle. Il est évident qu’avec les connaissances technologiques actuelles, ce texte est scientifiquement improbable. Mais, recontextualisé, il impose le respect. Une imagination débordante ; une communication, certes utopique, enrichissante entre les peuples ; la question de la place de l’Homme dans l’univers ; le progrès scientifique ; l’indépendance de l’esprit, etc.
Sans être incontournable, ce livre aura une place de choix dans votre bibliothèque, notamment pour son aspect patrimonial et pour la porte qu’il a ouvert à ses nombreux successeurs.