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Publié le 04/04/2013

L’homme illustré de Ray Bradbury

[Illustrated Man, 1951]

REED. FOLIO SF, 2005

Par Olivier

L’oeuvre de Ray Bradbury, vieux briscard de la SF, a conservé une fraîcheur qui lui fait traverser les époques et les courants sans encombre. Ses "Chroniques martiennes" n’ont pas fini d’enchanter les générations de lecteurs passées, présentes et à venir. Et Ray Bradbury n’est pas l’homme de ce seul livre, aussi mythique soit-il.
Pour preuve, le présent recueil, publié à l’origine il y a plus d’un demi-siècle.


Le narrateur fait une randonnée, au cours de laquelle il rencontre un homme au corps couvert de tatouages. Chaque tatouage raconte une histoire, soit en tout 20 histoires pour ce recueil. Si l’on commence sur les chapeaux de roue avec un très bon récit oscillant entre fantastique et sf [« La brousse »], le reste du recueil est incontestablement estampillé sf pure et dure. L’influence de l’Age d’or [période où fut publié le présent recueil] y est prépondérante, comme en témoignent les nombreuses nouvelles sur les périples spatiaux ; mais l’espace et sa conquête restent anecdotiques. Ce qui intéresse l’auteur, c’est l’humain.

Pour preuve, l’un des plus beaux textes du recueil, « Comme on se retrouve ». Les Noirs ont fuit les USA et le régime raciste de la ségrégation qui y sévissait, pour coloniser et faire fructifier Mars. Mais voilà qu’un jour circule une folle nouvelle : un astronaute blanc doit venir se poser sur la prospère et pacifique planète. Les blessures du racisme sont encore vives, et la rancœur reste tenace. Comment sera-t-il accueilli ? Voici un texte vraiment magnifique, superbe coup de pied au cul à la ségrégation, et aux lynchages alors courants.

Les relations humaines sont aussi au cœur du récit, en l’occurrence celles d’un équipage après l’explosion de leur fusée, quand les hommes dérivent en attendant la mort. Quels sont les derniers mots à se dire, tandis que l’éloignement réciproque des membres brouillent les messages radios ? On retrouve encore ce traitement émouvant des ratages spatiaux, avec le très beau « L’homme de l’espace », un texte sur la fascination d’un enfant pour son spationaute de père, et surtout pour l’espace.

Un autre thème récurant est celui de l’apocalypse nucléaire et de la guerre, car à cette époque, la question n’était pas de savoir s’il y aurait une guerre nucléaire, mais quand elle aurait lieu, et accessoirement qui la déclencherait. Bradbury peut le traiter d’une façon absolument glaçante, avec « La grand-route », ou « La nuit dernière », mais aussi parfois avec un peu d’espoir, dans une nouvelle qui traite surtout de la guerre, « Le renard et la forêt ». Mais l’humour n’est pas absent non plus, avec « Automates, société anonyme », où un robot qui vous ressemble en tout point peut vous rendre de nombreux services. A moins que ce ne soit l’inverse ?

Les invasions ET sont aussi de la partie, avec « La ville », où l’on apprend que l’ET, c’est l’autre, dans un très beau texte sur les horreurs de la guerre. Mais l’une des meilleures réussites reste « L’heure H », où les enfants jouent à l’invasion martienne, et affirment que les Martiens vont venir et leur donner le pouvoir, afin de renverser la société des adultes. Que n’inventeraient pas les enfants pour s’amuser, diriez-vous ?


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Nous avons donc là au final un recueil absolument splendide. S’il est marqué par les thèmes de son époque, mais il va bien au-delà, car ce qui intéresse vraiment Bradbury, ce sont les turpitudes de l’homme et sa bouillonnante nature. Ray Bradbury sait vous toucher au coeur, et tant que l’homme sera et aura un coeur, Bradbury restera un auteur incontournable.

Je profite de cette chronique, pour vous signaler que si l’oeuvre a bien vieilli, il en est de même avec l’auteur, qui a encore du talent à revendre et des choses à dire, comme en témoigne son dernier recueil en date, Les garçons de l’été [One more for the road]. C’est un recueil de magnifiques nouvelles sur la nostalgie et la vieillesse. Ne passez pas à côté.