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Publié le 01/03/2008

L’homme qui parlait aux araignées de Jacques Barbéri

ED. LA VOLTE, AVRIL 2008

Par Tallis

L’année 2008 avait sonné le grand retour de Jacques Barbéri. Parallèlement à la réédition de Narcose, La Volte regroupait au sein de L’homme qui parlait aux araignées un florilège de ses meilleures nouvelles. Une belle occasion de découvrir toute la richesse des mondes oniriques orchestrés par l’auteur.


Première constatation, l’univers de Jacques Barbéri se montre ici tout aussi dense et perturbant que dans ses romans : sous de faux airs décontractés — voire foutraques — les constructions se révèlent diaboliquement agencées, même dans les délires les plus enlevés.

Et justement, ici les délires ne manquent pas. Le clou du spectacle revient sans conteste aux Amants du paradis artificiel qui se permet le luxe d’inviter Philip K.Dick himself et d’enchaîner sur un rythme infernal coups de théâtre et univers enchâssés pour laisser le lecteur totalement épuisé et désorienté.

Difficile de savoir également où nous emmène Mystérieuses chrysalides : le médecin légiste qui se perd dans un cet étrange hôpital pénètre très vite dans un paysage à la logique proprement démente – mais la démence n’est ici qu’une question de point de vue…

Quant à cette curieuse ville d’Isanve, décalque déformée d’une Venise décadente, elle regorge à la fois d’horreurs et de merveilles : des créatures chimériques, fruits d’expériences maudites hybrides entre l’animal, la machine et l’humain y guident de curieux savants et des musiciens obsédés par des morceaux mythiques (Isanve, Cadences).

On suit également les aventures d’un étrange vaisseau spatial : le Kynsos Marcusbi prend des allures de véritable Hollandais volant le temps de trois aventures très éloignées d’un point de vue temporel (In the court of the Lizard King, Mission Marcusbi, L’âme des sondeurs). Qu’il poursuive une créature mythique ou héberge un couple devenu légendaire, ses pérégrinations restent longtemps en mémoire.

Au milieu de tout cela, on croise bien entendu les petites( ?) araignées chères à l’auteur, engagées dans une guerre millénaire contre des mouches (Seigneur de la guerre, Mission Marcusbi, La stratosphère…), colonisant l’espace (L’homme qui parlait aux araignées) ou peuplant les cauchemars de bon nombre des héros rencontrés en chemin. Jusqu’à déborder sur la couverture…

Les hommages sont également nombreux. Alice en verres miroirs démonte l’histoire de Lewis Carroll et fait s’affronter Alice et le Jabberwock. Freud fait subir une thérapie de choc à Jules Verne dans The Incredible Dream Machine. Le fantôme de Jim Morrison habite longtemps In the court of the Lizard King. Quand à Philip K.Dick, en bon maître spirituel, son esprit hante quasiment tous les textes du recueil.

L’ensemble apparaît au final d’une cohérence redoutable sous ses abords parfois intimidants : les univers se rejoignent, se répondent, s’entremêlent avec une logique étonnante au regard des multiples visions oniriques peuplant l’ouvrage. Les seules nouvelles originales du recueil (Seigneur de la guerre et Mission Marcusbi) s’intègrent d’ailleurs de façon très élégante dans la tapisserie tissée par l’auteur et permettent à la fois de compléter et de lier deux des space opéra apparaissant en fil rouge dans le recueil.

Revers de la médaille, un univers aussi personnel risque d’intimider un certain nombre de lecteurs : les hallucinations permanentes qui habitent des textes comme Mystérieuses chrysalides ou les Amants du paradis artificiel génèrent un fracas d’images qui pourra lasser les amateurs de rationalité. De même, certaines expérimentations littéraires à la lisière de l’abstraction (notamment le texte paru dans l’anthologie Limite) laissent froid et empêchent de se familiariser pleinement avec les mondes parallèles de l’auteur.


Jacques Barbéri s’affirme tout au long de ce recueil comme un fils spirituel de Philip K.Dick. Un fils parfois effronté, qui joue sans complexe avec l’image du père mais qui possède également un univers très personnel. Un monde parcouru par d’étranges araignées où les visions oniriques laissent dans la rétine du lecteur une empreinte très particulière.

A la condition expresse de ranger toute rationalité au vestiaire et d’accepter de se perdre dans des brouillards constitués de bien étranges substances psychotropes…