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C’est le roman qui a révélé Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui s’est depuis développé sur quatre romans.
Se plonger dans Vurt, c’est donc assister à la naissance d’un monde glauque et superbe. L’expérience est intense car l’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer ces dix dernières années.
Vurt a reçu le Prix Arthur C. CLARKE 1994
La critique de Vurt

Par Soleil vert
Exploitant le filon du terrorisme, les éditions Actes Sud rééditent par ailleurs Les noms du même auteur, avant de s’attaquer à une compilation de ses oeuvres romanesques dans la collection Thésaurus.
Voilà donc un écrivain choyé.
Keith Neudecker est dans la tour sud du World Trad Center lorsque l’avion contenant Mohamed Atta, un des terroristes identifiés par la suite, percute le gratte-ciel. Couvert de cendres, Neudecker se réfugie chez son ex-femme. Dans ses bagages, une mallette qui ne lui appartient pas, dont il s’est emparé par pur réflexe.
La recherche du propriétaire de cette mallette, qui s’avère être une autre rescapée de l’effondrement des tours, constitue l’une des vaines tentatives de catharsis de Keith.
Les fils renoués avec sa femme, les parties de poker, rien n’ y fait, à l’image des ateliers d’écriture que celle-ci anime pour des malades d’Alzheimer : l’espace intérieur des protagonistes disparaît.
En effet ce roman est d’abord celui d’une dissolution du monde.
« Ce n’était plus une rue mais un monde, un espace-temps de pluie de cendres et de presque nuit ». Don DE LILLO a divisé son récit en trois parties ; cependant la chronologie des événements s’estompe au profit du ressassement d’un choc traumatique. Les souvenirs de la journée du 11 Septembre se mélangent aux gestes quotidiens, aux images ou actes symboliques - qui sont la marque de fabrique de l’auteur. Ainsi l’homme qui tombe, cet artiste qui mime inopinément au coin des rues une chute d’un des occupant d’une tour. Ou cette manie du héros de corriger systématiquement l’orthographe de son nom sur les enveloppes des courriers reçus.
A cette dissolution de l’âme Don DE LILLO oppose, en de courtes et denses pages qui clôturent chacune des trois parties du roman, le monde sans ombre de Hammad [Mohamed Atta] : foi inébranlable, haine de l’Amérique, souvenirs des enfants iraniens déployés dans les champs de mine irakiens, préparatifs de l’attentat... Mais bourreaux et survivants new-yorkais ont un point commun : la négation du monde.
« Puis il vit une chemise descendre du ciel. Il marchait et la voyait tomber, agitant les bras comme rien en ce monde. »
Perte des identités, pertes des corps, le thème de la désincarnation, souvent repris par DE LILLO dans ses ouvrages récents tels Body Art ou Cosmopolis trouve ici un aboutissement.
Le 11 Septembre Keith Neudecker couvert d’un sang qui n’est pas le sien, est évacué dans un Centre de soin. Le médecin, tout en retirant des éclats de verre fichés dans sa peau, évoque les shrapnels organiques que laissent les attentats suicides chez les survivants proches des lieux des explosions. Des morceaux de chair étrangère poussent dans leur corps.
Etrange pied de nez à la transsubstantiation [l’auteur emploie ce mot] que l’on pourrait formuler ainsi : « ceci n’est pas mon sang, ceci n’est pas ma chair » et que Don DE LILLO résume brutalement ; « Dieu est la voix qui dit, je ne suis pas là »
La lente réappropriation de leur corps par les survivants est d’ailleurs la seule lueur de ce livre. La narration comme ramassée autour de la douleur passe à côté de développements intéressants. Ainsi le trop court dialogue entre le père et la mère de Lianne sur l’ambiguïté des rapports entre européens et américains, fait ressurgir un non-dit : l’imposture de la guerre irakienne, ce détournement de la douleur et de la peine que certains concitoyens de Georges Bush ont dénoncé.
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De ce long et noir récit sans réel développement romanesque, le lecteur sort asphyxié, malgré les fulgurances de style de l’écrivain new-yorkais. Sur le thème du travail du deuil on préférera du même auteur Body Art avec sa coloration fantastique, sur le terrorisme Les extrêmes de Christopher PRIEST et sur la guerre l’indépassable Abattoir 5 de Kurt VONNEGUT. |
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