On l’aura compris, on se situe là à l’opposé des éternels récits d’envahisseurs belliqueux. Newton a d’ailleurs l’apparence d’un humanoïde ordinaire et se comporte comme un humanoïde ordinaire... il y a bien une différence avec nous, mais on ne la découvrira qu’à la fin du récit.
Premier roman de
Walter TEVIS,
L’homme tombé du ciel, s’il n’est peut-être pas aussi abouti que
L’oiseau d’Amérique, possède les qualités qui font de cet auteur une espèce rare : une idée de départ forte et évocatrice, une écriture impeccable et un récit qui ne tombe jamais dans le pathos - alors que le sujet s’y serait prêté.
Et, surtout, cette particularité qui rend ces deux romans de TEVIS si attachants : un personnage central [le robot suicidaire de
L’oiseau d’Amérique, l’extra-terrestre du présent roman], profondément inspiré par la mélancolie éthylique de son auteur - Walter TEVIS avait... un gros problème de boisson.
À l’instar des personnages de STURGEON, les créatures de TEVIS sont des parias, des idéalistes à leur manière. Sans se presser, elles tentent de changer le monde et/ou de trouver une solution à leur impasse existentielle. Ensuite, c’est la dramaturgie qui opère. Un certain penchant pour les coups de théâtre cruels rapproche TEVIS d’un auteur plus contemporain :
Orson Scott CARD.
La stratégie Ender ou
Les maîtres chanteurs sont des chefs d’œuvres incontestables de cette SF dramatique, au sens « shakespearien » du terme.
Dans le même esprit, on remarquera une similitude frappante entre le Spofforth de
L’oiseau d’Amérique et Newton : tous deux disposent de possibilités exceptionnelles. Le premier « contrôle » une partie de l’humanité, le deuxième est détenteur d’un savoir technologique qui dépasse de loin celui des humains et démontre une maîtrise assez étonnante dans la gestion des brevets... C’est, disons-le en passant, une des faiblesses du roman : on ne croit pas vraiment à cette histoire de brevets qui permettent à Newton de construire la fusée censée le ramener chez lui. Je n’ai aucune connaissance en la matière, mais l’épisode de transition qui narre les miracles de la W.E Corporation, dépositaire des inventions de Newton, et la facilité avec laquelle ces inventions semblent validés par les scientifiques terriens, me rappelle les surprenantes fulgurances du héros du
Je suis une légende de
Richard MATHESON, qui parvient à découvrir le virus « vampirique » par le seul miracle de ses cellules grises...
Malgré leur pouvoir apparent, Newton comme Spofforth cachent un talon d’Achille qui les rend éminemment vulnérables : Spofforth cherchait à se suicider mais sa programmation le lui interdisait ; Newton n’est pas habitué à la pesanteur terrienne et sa vue, d’une extrême sensibilité, supporte mal la lumière. A l’instar des super héros les plus intéressants de Marvel, ils sont aussi victimes de leur nature hors du commun.

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L’homme tombé du ciel fait partie de ces livres susceptibles de convertir les réfractaires au genre, en partie grâce à sa puissance allégorique proche du mythe d’Icare. TEVIS a imaginé un personnage très emblématique, « l’homme-oiseau. ». Les « ailes brisées » de Newton [et celles de son peuple, condamné à s’éteindre sur Anthéa, faute de pouvoir s’envoler vers les étoiles] est une métaphore convaincante du manque de carburant, « denrée » qui n’existe presque plus sur Anthéa mais qui aura permis à Newton son ultime voyage vers la Terre.
Au-delà du plaidoyer contre la guerre nucléaire et le gaspillage des ressources énergétiques de notre planète, L’homme tombé du ciel raconte le destin tragique de Newton et sa folle tentative pour sauver l’humanité.
Un classique qui, avec L’oiseau d’Amérique, forme un des diptyques les plus séduisants et les plus accessibles du genre.
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