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Publié le 06/11/2008

« L’île au trésor » de Pierre PELOT

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, OCT. 2008

Par K2R2

Après s’être quelque peu éloigné des rivages de la science-fiction pour s’illustrer dans d’autres genres littéraires, Pierre PELOT revient sur le devant de la scène, tout d’abord grâce à la réédition chez Bragelonne de trois de ses romans [Orages mécaniques], mais aussi et surtout grâce à la publication chez Interstices de L’île au trésor, une réécriture du célèbre roman de R. L. STEVENSON.
A vrai dire, PELOT n’est pas le seul écrivain dont l’imagination s’est enflammée à la lecture des aventures de Jim Hawkins ; Bjorn LARSSON, avec son Long John Silver avait déjà proposé une relecture des aventures du plus fameux des pirates, tandis que dans le domaine de la BD, Xavier DORISON et Mathieu LAUFFRAY viennent tout juste de publier le second volet de leur tétralogie intitulée, elle aussi, Long John Silver. Autant dire que le roman de PELOT arrive tout à fait à point nommé.


L’originalité du projet de Pierre PELOT relève d’un principe finalement simple, mais diablement stimulant : transposer le roman de STEVENSON dans un contexte science-fictif, celui d’une Terre dont la surface a totalement été remodelée à la suite d’une brusque montée des eaux liée au réchauffement climatique.
A priori, l’auteur aurait pu librement adapter son récit et ne s’en tenir qu’à ce principe de transposition, mais son roman va plus loin et propose rien moins qu’une réécriture complète, moyennant quelques modifications à la fois cosmétiques et factuelles. Pour autant, il ne s’agit pas d’un plagiat, Pierre PELOT ne s’est pas contenté de changer vaguement le nom des personnages et les lieux de l’action et l’on sent bien qu’il s’agit à la fois d’un hommage, mais également d’une appropriation bien personnelle de l’œuvre originale.

Alors que la planète a connu d’incroyables bouleversements climatiques et que sa géographie a profondément été redessinée par la brusque montée des eaux, l’échiquier géopolitique a lui aussi fait les frais des caprices du climat. Redécoupage des frontières à coup de conflits armés, disparition de menus Etats, qui avaient eu l’outrecuidance de résider sur des terres désormais recouvertes par les océans, l’instabilité de fait s’est emparé d’une grande partie du monde ; ce qui n’est pas sans faire la joie de quelques mercenaires, dont les affaires sont pour le moins florissantes. Flint est l’un de ces soldats de fortune, c’est même l’un des meilleurs, et en quelques années d’exercice il a accumulé une fortune colossale ; un magot qu’il s’est empressé de soustraire à la sagacité des banquiers, pour le planquer quelque part au beau milieu de la forêt amazonienne.
Oui mais voilà, Flint n’a pas que des amis en ce bas monde, et quelques-uns aimeraient bien lui planter une lame entre les omoplates. Et c’est fatalement ce qui finit par arriver, de la main même de son plus fidèle lieutenant. L’ennui, c’est que plus personne ne sait où se situe désormais le trésor, jusqu’à ce que la carte [une sorte de PDA doté d’un GPS] échoit entre les mains de Jim Hawkins, un jeune orphelin qui habite une petite île des Caraïbes. Plutôt débrouillard le Jim, qui a la chance d’être élevé par un oncle [Sean Trelaway] et une tante [Sally-Sea] du genre aventuriers. Ni une ni deux, le trio organise un petit voyage d’agrément du côté du Brésil, histoire de suivre la piste du trésor de Flint. Evidemment, ils ont la bonne idée de s’acoquiner avec quelques malandrins de la pire espèce, dont un certain Johnny Jump Silver, chargé de guider tout ce petit monde au coeur de la forêt équatoriale. Mais à ce jeu de dupe, bien malin qui pourra deviner celui qui remportera la mise.

Evidemment, dans ce genre d’exercice le lecteur a tendance à essayer de repérer les similitudes et les clins d’œil que l’auteur est censé avoir disséminés à travers son roman. Honnêtement, cette fois il s’agirait plutôt de faire la chasse aux points de divergence, étant donné que Pierre PELOT reste très près du texte original. Le ton, le style et la narration sont en effet assez proches de l’oeuvre de STEVENSON, et il faut bien tout le talent de PELOT pour donner une coloration nouvelle à cette chasse au trésor. Cette appropriation passe par le nouveau cadre imaginé pour cette aventure, par une modification légère mais révélatrice du nom des personnages [Long John Silver devient Johnny Jump Silver et ce n’est plus une jambe qu’il a d’amputée, mais deux, montées sur des prothèses en matériaux composite], mais aussi et surtout par une tonalité résolument plus moderne donnée à l’ensemble.
Tout ceci participe d’une certaine manière au jeu qui s’instaure immanquablement entre l’auteur et le lecteur. Une fois le principe fondateur mis en place, dès les premières pages du récit, c’est avec une certaine impatience que l’on guette les scènes clés du roman initial afin d’apprécier de quelle manière Pierre PELOT réussit à les faire siennes. La rencontre avec Billy Bones, l’arrivée des anciens "pirates" de Flint, la rencontre avec Johnny Jump Silver, la scène du tonneau de pommes sont évidemment des passages essentiels que Pierre PELOT a su à la fois préserver et colorer de manière très personnelle. Pour autant, les lecteurs qui ne sont pas familiers de l’œuvre originelle, pourront parfaitement goûter tout le sel de ces aventures quelque peu rocambolesques.

Malgré toute la réussite que l’on peut accorder à Pierre PELOT, car l’exercice de la réécriture est sans doute bien plus périlleux qu’il n’y paraît, on pourra regretter qu’il sous-exploite un cadre science-fictif qui paraissait alléchant ; car finalement, les implications du réchauffement climatique et de la brusque montée des eaux n’ont qu’une incidence fort limitée sur le contenu du récit. Tout ceci relève essentiellement du décorum, bien ficelé, mais un poil vain. Les amateurs de science-fiction resteront quelque peu sur leur faim.


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Il serait cependant fort dommage de rester sur cette impression mitigée, car L’île au trésor est un formidable roman d’aventure, bien rythmé, bien écrit et diablement intelligent.
Assurément, voilà encore une réussite à mettre au crédit de Pierre PELOT et de la collection Interstices, qui décidément se construit un très beau catalogue.