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Publié le 05/06/2010

L’île habitée de Arkadi et Boris Strougatski

[Обитаемый остров, 1971]

ÉD. DENOËL/LUNES D’ENCRE, 2010

Par Soleil vert

Traduit en 1971, L’île habitée appartient à la « trilogie des pèlerins », à laquelle se rattachent Le Scarabée dans la fourmilière et Les Vagues éteignent le vent. À l’image des autres opus des frères Strougatski, le thème de l’intrusion constitue le fil conducteur de l’ ouvrage à tel point que le lecteur découvre ou redécouvre, comme dans le précédent Il est difficile d’être un dieu, réédité par « Lunes d’encre », un cycle de la Culture avant la lettre.


Maxime, un Terrien membre du Groupe de Recherche Libre, débarque sur une planète inconnue en massacrant son vaisseau à l’atterrissage. Il découvre un monde délétère : « L’air était brûlant et dense. Cela sentait la poussière, le fer rouillé, l’herbe piétinée, la vie. » Des hommes y vivent dans un pays nommé « l’île habitée », sous le joug d’une dictature qui entretient un état de guerre permanent contre des ennemis extérieurs et intérieurs. Les Pères inconnus annihilent toute velléité de résistance en balançant quotidiennement des électrochocs sur la population. Maxime, archétype de super-héros tout en candeur, doté de capacités psychiques et physiques hors normes, décide bien malgré lui de s’intégrer à ce monde.

Roman après roman, Arkadi et Boris Strougatski élaborent des récits sur le thème de l’intervention extra-terrestre dans une société rétrograde. Cependant on est loin de l’hédonisme de la Culture, et le peu d’importance accordé aux éléments science-fictifs rattache ces textes à des contes philosophiques.

Dans Il est difficile d’être un dieu, les dieux en question se cantonnent à un rôle d’historien et d’observateur, au prix de douloureux débats moraux et du renoncement. À l’inverse L’île habitée raconte l’itinéraire spirituel d’un personnage qui passe du rôle de spectateur à celui de rebelle. Cet univers de rouille, de radioactivité, de soldatesque aux cerveaux cramés évoque à la fois Stalker et 1984, à ceci près que le célèbre roman de Orwell décrit une oppression vécue de l’intérieur.

Enrôlé dans la Garde, au début du récit, Maxime se lie d’amitié avec le caporal Gaï et sa sœur Rada. Leur compagnie traque les opposants au régime. À l’occasion d’une arrestation, il intègre sans hésiter un groupe de résistants dont l’objectif est d’abattre l’une des tours émettrices des rayons dépressifs. Personnage sans regrets avec un profil de meneur, électron libre à la manière des agents de « Circonstances spéciales » de la Culture, tout entier tendu vers les objectifs qu’il se fixe au fur et à mesure de sa progression dans la connaissance de son environnement, le héros de L’île habitée semble tout aussi mystérieux aux yeux du lecteur que les Pères inconnus. À l’inverse, comme d’habitude, les frères Strougatski agrémentent le récit de personnages secondaires hauts en couleur, profilés comme des maniaco-depressifs, bref, typiquement russes.


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Des Pères inconnus au Petit Père du peuple, le pas est vite franchi. À la fois roman politique et d’aventure, très linéaire dans sa construction, L’île habitée se lit sans déplaisir, si ce n’est une pointe d’austérité qui l’apparente aux contes philosophiques.