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Publié le 01/07/2006

L’invasion divine de Philip K. Dick

[Valis regained, 1982]

ED. DENOËL / PDF, 1982 - REED. FOLIO SF, 2006

Par Shinjiku

Deuxième volet de la Trilogie divine qui regroupe les dernières œuvres de Philip K. Dick, L’invasion divine se veut la suite directe de SIVA, surtout si l’on en croit le titre original [Valis regained soit SIVA « retrouvée »].

Il n’est pas indispensable d’avoir lu SIVA pour comprendre le second tome, mais ce serait un tort pour deux raisons : d’abord parce que certaines allusions d’ordre théologique [notamment à propos de la religion judaïque] et narratif [un certain rayon rose] y font directement référence ; ensuite parce que c’est un bien meilleur livre que L’invasion divine.


Pour qui est déjà habitué aux récits et aux thèmes chéris de Dick, il n’y aura en effet pas un grand sentiment de nouveauté. En atteste l’histoire : un homme placé en suspension cryonique, Herb Asher, fantasme sur son passé, notamment sa rencontre avec sa femme Rybys et avec le vieux Elias Tate [qui se trouve être en fait un ersatz de Saint Jean Baptiste - ou Elie dans la religion juive].

Dans le temps « réel », par opposition aux résurgences fantasmées par ledit Herb, le jeune Emmanuel, fils de Rybys, s’apprête à entrer dans une école spécialisée. La première moitié du roman va tranquillement amener ces deux temps à se rejoindre une fois qu’ils auront livré toutes leurs clés symboliques [il se trouve, simplement, que l’on reforme le carré Marie - Joseph - Jésus - Elie]. Par la suite, l’intrigue se fait plus concrète et l’on assiste au retour de Yahweh (Dieu) sur Terre et à sa lutte contre Bélial [Satan], aidé - ou pas ? - par une mystérieuse fillette, Zina.

C’est une œuvre à la fois classique pour Dick, dans son déroulement et son mécanisme rodé, et déroutante. Certains passages restent, comme dans "SIVA", très explicitement documentaires [avec des éclairements parfois très scolaires sur certains aspects de la Bible ou de la Torah], d’autres font preuve d’une réelle originalité avec des associations parfois audacieuses entre des personnages et des concepts. Ainsi le personnage de Zina [dont on se gardera de révéler la nature car il s’agit, en gros, du seul fil rouge intéressant de ce roman] parient-il à nous questionner et garde notre intérêt en éveil pour la suite. En effet, la maigre intrigue ne semble être au mieux qu’une simple illustration manichéenne de la cosmologie établie dans "SIVA".

On retrouve sans peine le thème central de DICK : la superposition d’un monde illusoire et fantasmé à celui d’un autre monde réel, tangible et dur, sauf qu’ici ils se trouvent davantage colorés : le premier est un monde « bon », l’autre un monde « mauvais » ; faut-il y voir un jugement de la société du spectacle permanent ?

Ce thème trouve, il est vrai, sa plus superbe matérialisation dans l’opposition entre un Dieu ombrageux mais miséricordieux et un Satan mystificateur. Même chose en ce qui concerne les deux amours de Herb Asher, l’une avec sa femme Rybys - relation cruelle, tendue, exigeante - l’autre avec Linda Fox la diva de la télévision - relation illusoire, fantasmée, trop facile.


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Ce qui aurait pu constituer un aboutissement final de la pensée dickienne est desservi par une mécanique trop bien huilée, une histoire prévisible, et surtout un style d’une rare fadeur chez cet auteur. L’intéressant procédé de réflexion sur soi-même opéré dans "SIVA" et qui en faisait tout le sel n’a pas trouvé son équivalent ici.

C’est donc une oeuvre mineure de DICK, fugitivement touchée par la grâce mais beaucoup trop expédiée pour faire un grand roman. Les bonnes intentions que l’on perçoit ça et là, ne laissent finalement qu’un sentiment de gâchis.