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Publié le 03/10/2006

"L’invité malvenu" de Barbara HAMBLY

["Stranger at the wedding", 1994]

ED. LES MOUTONS ELECTRIQUES, SEPT 2006

Par K2R2

Essentiellement connue en France pour ses novellisations de licences à succès [Starwars, Star trek] et ses romans de fantasy, Barbara HAMBLY est en réalité un auteur protéiforme, qui s’est essayée à de nombreux genres, avec un succès modeste mais non sans intelligence. Après la réédition chez Terre de brume de son cycle de Darwath, celle de « Fendragon » chez Points fantasy, voici que Les moutons électriques, qui avaient déjà publié HAMBLY avec « La fiancée du dieu rat », nous proposent un roman indédit, qui reflète bien les qualités mais également les petits défauts de cette californienne de 55 ans.


Ceux qui ont déjà eu entre les mains une publication des Moutons électriques savent que l’éditeur apporte un soin tout particulier aux livres qu’il publie. Cette édition ne fait pas exception à la règle, que l’on aime ou pas l’illustration de couverture [de Daylon s’il vous plait], reconnaissons tout de même un souci de qualité, avec à la clé un objet qui respire le produit bien fini et l’amour du travail bien fait. C’est assez classe et agréable au touché, un premier contact qui donne immédiatement envie d’ouvrir le livre et d’entamer la lecture du roman. Ceci étant dit, intéressons nous au contenu.

Kyra, jeune femme d’une vingtaine d’années, est sur le point de passer son examen de sorcellerie. C’est alors que sa magie est troublée par de sombres présages qui semblent annoncer un danger imminent. Troublée, la jeune femme comprend rapidement que sa jeune soeur, sur le point de se marier avec un riche marchand, est victime d’une malédiction qui s’abattra sur elle le jour de ses noces. Kyra décide alors d’ajourner ses études et de se rendre chez ses parents, avec qui elle est en froid, pour veiller sur sa soeur et lever le maléfice avant que la cérémonie n’aie lieu. Kyra devra pourtant affronter plusieurs obstacles. D’une part le mariage est avancé de plusieurs semaines, ce qui lui laisse peu de temps pour trouver la nature du maléfice, d’autre part elle devra faire face à l’hostilité de son père, qui ne lui a jamais pardonné son départ pour la citadelle des sorciers et lui reproche d’avoir jeté l’opprobe sur la famille.

Le roman de Barbara HAMBLY est habilement construit ; sur le mode d’une enquête policière l’auteure développe son intrigue est distille progressivement quelques éléments de la vie de ses personnages sous forme de flashbacks. Rien de bien nouveau, mais la narration est suffisamment bien maîtrisée pour susciter rapidement l’adhésion du lecteur. Surtout que sous cette apparente banalité du discours et du décor se cache en réalité une vérité bien plus complexe qu’il n’y paraît. Le drame familial, qui demeure en toile de fond, est une mosaïque que l’on reconstitue peu à peu pour en découvrir toute l’horreur à mi parcours. Cette abomination, c’est la pédophilie. Non vous ne rêvez pas, Barbara HAMBLY a osé aborder un thème que l’on aurait cru réservé à une littérature moins tournée vers l’imaginaire et plus en phase avec les préoccupations du monde réel. L’auteure a cependant le bon goût de ne pas tomber dans l’excès, évitant les détails sordides et le côté un peu scabreux d’une telle entreprise. Sans s’apesantir sur le sujet, HAMBLY ose donner à son histoire et à ses personnages une véritable profondeur, une dimension supplémentaire qui lui permet d’échapper [un peu] à l’étiquette « divertissement ». D’autant plus que son univers recèle d’autres caractéristiques originales.

Rappelant étrangement, toutes proportions gardées, certains romans victoriens par sa déscription minutieuse, à travers la structure familiale, d’une société très hiérarchisée et régie par des codes sociaux stricts, « L’invité malvenu » se garde bien de tomber dans le manichéisme de bas étages. Dans cet univers, la magie est très fortement présente, mais le lecteur n’y rencontrera pas pour autant dragons, trolls, guerriers barbares armés jusqu’aux dents et autres créatures exotiques. Le décor est soigné, bien loin d’un quelconque merveilleux, rappelant un XVIIIème siècle pré-industriel où l’économie commence à jouer un rôle prépondérant, où la magie est mise à l’index car vécue comme une hérésie religieuse passable du bûcher et où les considérations amoureuses sont sacrifiées sur l’autel des convenances et du mariage d’intérêt.

Barbara HAMBLY nous propose avec « L’invité malvenu » une fantasy qui ose s’affranchir du schéma classique de la fantasy héroïque, dont les techniques de narration sont héritées directement du roman d’avenure et ne s’en écartent guère. Son roman, à l’instar de ses précédentes publications, recèle quelques traits d’originalité, qui, s’ils ne révolutionnent en rien les codes du genre, sont suffisamment intrigants pour mériter un coup d’oeil.

A ceux qui attendraient une fantasy épique, pleine de bruit et de fureur, HAMBLY offre une oeuvre plus intimiste, habile mélange entre roman sentimental, roman psychologique et roman policier mâtiné d’ambiance victorienne. L’histoire rebutera probablement les machistes dopés aux stéroïdes et à l’adrénaline, qui ne jurent que par une bonne baston à coup de hache et qui s’enfuient à la vue d’un bouquet de pâquerettes. Non pas que le roman de Barbara HAMBLY soit particulièrement fleur bleue [bien que l’amourette entre deux des personnages principaux soit un peu convenue], mais son univers reste néanmoins très féminin.


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Sans être une oeuvre d’une profondeur abyssale, "L’invité malvenu" est un roman de fantasy de qualité, qui sous un apparent classicisme traite de sujets pour le moins inédits dans ce type de littérature.

Seul défaut à mon goût, une écriture un peu trop relâchée qui manque singulièrement de tranchant et de mordant. Un défaut malheureusement récurrent chez HAMBLY, mais qui se ressent d’autant plus dans ce roman. Ma foi, c’est finalement bien peu au regard des autres qualités de cette oeuvre.