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Publié le 01/09/2007

L’oiseau Impossible de Patrick O’Leary

[The Impossible Bird, 2002]

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, SEPTEMBRE 2007

Par PAT

Et de 5 pour Interstices... Inconnu sous nos longitudes, Patrick O’Leary fait dans le subtil, l’élégant et l’intelligent. L’oiseau impossible a tout de l’OVNI. La beauté, la portée angoissante et la lumière.


A mi chemin entre Matrix [mais un Matrix intelligent, c’est dire] et Howard Buten, avec un zest de M. John Harrison et une vision existentialiste à la Iain M. Banks, Patrick O’Leary livre un roman exceptionnel sur bien des points. Aussi drôle que tragique, aussi violent que délicat, L’oiseau impossible est probablement l’une des meilleures histoires de réalité virtuelle jamais couchées sur le papier.
Rarement ennuyeux, parfois difficile à suivre mais toujours rythmé [et donc vendeur], ce roman est un petit bonheur de lecture, aussi difficile à lâcher qu’un excellent polar, l’intelligence et la subtilité en plus.

Principalement axée sur l’existence de deux frères auparavant très liés, mais différents et rapidement séparés par la vie [au sens le plus large], l’histoire oscille entre onirisme et réalisme cru dans son premier tiers : Mike est réalisateur de pubs, avec tous les clichés qui vont avec.
Rythme de vie trépidant, argent facile, liaisons courtes sans lendemain, vie entre deux hôtels, sain rejet du genre humain en général et du conformisme en particulier, rien ne manque.
Aux antipdes, il y a son frère Daniel, professeur de littérature, marié à une jolie femme qui s’ennuie, père d’un pré-ado bien sous tout rapport, la petite famille vivant dans une de ces banlieues résidentielles mortelles de non-vie.
Les choses se compliquent quand l’auteur applique la règle du renversement, un point crucial dans le roman, un point qui revient d’ailleurs souvent, pour le plus grand bonheur du lecteur qui aime se faire balader.

Intrus débarquant soudain dans deux existences plutôt réglées, de prétendus agents gouvernementaux rendent simultanément visite à Mike et Daniel. Point principal de l’entretien : « trouve ton frère ou crève ». Apeurés, angoissés ou fous de douleur [Daniel subit le chantage classique du On a ton fils, alors...], les deux frères vont donc tout faire pour reprendre le contact et se retrouver l’un l’autre...
Voilà pour la partie polardeuse.

Ah oui. Au tout commencement, il y a aussi ce souvenir commun : Daniel et Mike enfants, allongés dans un champ de blé pour contempler les nuages et soudainement immobilisés sur place à la vue d’un objet volant rond pas facile à identifier, qui semblent les... cibler. Puis disparaît aussi vite.

ATTENTION au paragraphe suivant, du SPOILER dedans - et désolé, impossible de chroniquer sérieusement ce livre sans évoquer la suite. Si vous désirez préservez la surprise, sautez au dernier paragraphe.
Les choses se compliquent un peu plus quand on apprend [en fait, on le sait dès la page 4, mais par un procédé assez subtil de noyade poissonnière, le lecteur n’y voit rien ou, pire, n’y fait pas attention] que les deux frères sont en réalités morts. Oui, morts. Dead. Mais réincarnés numériquement dans un réseau géré par des extraterrestres et dont la partie physique se trouve dans le cerveau du cheptel mondial des colibris [le pire, c’est qu’on y croit !]. Tiraillés entre des factions rivales, Mike et Daniel apprennent avec stupeur la nature réelle de ce monde parallèle, un monde parfait, sans mort, sans douleur, sans passion, un monde conçu pour coller parfaitement à l’être humain, mais insupportable... Un enfer, en quelque sorte, dont chaque frère va tenter de s’extraire, quitte à subir quelques révélations déplaisantes, tragiques et parfois nostalgiques...

Vraiment bon, vraiment bien, vraiment écrit, vraiment conçu et vraiment réfléchi, L’oiseau impossible cumule bien des superlatifs, pour une œuvre originale et audacieuse.


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S’affranchir du syndrome Matrix avec autant de légèreté et d’intelligence force le respect, et l’on se prend à rêver d’un film enfin poétique calqué sur cette histoire aussi abracadabrante qu’enivrante.

Poésie, le mot est lâché, car L’oiseau impossible pourrait bien être un poème en prose, un de ceux qui célèbrent la mémoire, le deuil et tout bêtement l’amour.
Beau et bon.